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    Piotr Potochenko et combattants de la garde nationale (archives)

    Ukraine : halte aux fous !

    Service de presse du président ukrainien
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    Les faits en attestent de plus en plus, entre les Etats-Unis et le Royaume-Uni d’une part, la France et l’Allemagne de l’autre, une fracture diplomatique ne cesse de se creuser sur le dossier ukrainien.

    Alors que François Hollande et Angela Merkel plaident en faveur d'une application des accords de Minsk-2, la Chambre des représentants américaine a voté lundi à une large majorité une résolution demandant à Barack Obama de livrer des armes lourdes aux autorités ukrainiennes afin de les aider à résister à « l'agression » russe.

    Le texte a été soutenu aussi bien par les démocrates que par les républicains, tandis que le secrétaire d'Etat à la Défense et le chef d'Etat-major des armées américaines se sont déclarés plutôt favorables à cette ligne dure. Le président américain, plus réservé, ne devrait cependant pas plier. Il sait qu'il a besoin de la coopération russe sur d'autres dossiers. Mais le vote de cette résolution témoigne de la volonté d'une fraction importante de la classe politique américaine d'aller au bout de la logique de rupture avec la Russie.

    Fidèle vassal de l'Amérique, le Royaume-Uni a lui aussi décidé de hausser le ton vis-à-vis des autorités russes. Le ministre britannique des Affaires étrangères Philip Hammond a fustigé l'annexion russe de la Crimée et appelé le Kremlin à restituer la péninsule à l'Ukraine alors qu'il sait pertinemment qu'un tel scénario relève de la politique-fiction.

    Bref tout se passe comme si Washington et Londres, tenus à l'écart des accords de Minsk, avaient décidé de tout faire pour les torpiller en braquant la Russie. Cette attitude est logique, compte tenu de la permanente dégradation des relations entre Russes, Américains et Britanniques depuis trois ans. Mais elle est aussi totalement irresponsable vis-à-vis des Ukrainiens au secours desquels les puissances anglo-saxonnes prétendent pourtant voler.

    Car l'Ukraine semble au bord de l'effondrement. Non du fait des violations du cessez-le-feu dans le Donbass, accrochages prévisibles qui, pour l'heure, n'ont pas eu de conséquences dramatiques, mais du fait du conflit entre Piotr Porochenko et ses anciens alliés oligarques et ultranationalistes. L'affrontement larvé qui opposait le président ukrainien au gouverneur de Dniepropetrovsk, Igor Kolomoïski, milliardaire et financier des ultra-nationalistes ukrainiens, a pris une dimension bien plus grave ces derniers jours.

    Kolomoïski, en litige avec les autorités ukrainiennes à propos du contrôle des entreprises pétrolières Ukrnafta et Ukrtransnafta, a démontré qu'il n'entendait pas plier devant le président ukrainien en se retranchant avec des hommes de sa garde personnelle dans le siège social d'Ukrnafta. Répondant du tac au tac, Piotr Porochenko a envoyé deux bataillons de la Garde nationale ukrainienne à Dniepropetrovsk pour assurer le contrôle gouvernemental sur la ville. Il a prévenu qu'il ne tolérerait pas qu'un gouverneur dispose de sa propre armée privée et en use dans son fief comme un potentat pour défendre ses intérêts.

    La vraie nature des nouvelles autorités ukrainiennes, tout aussi corrompues que les précédentes et avides de s'enrichir davantage encore à la faveur de la guerre, se révèle au grand jour. Mais ce n'est pas le plus grave. Ce qui est dramatique c'est que l'on puisse parler à Londres et à Washington d'envoyer des armes dans un pays déjà en proie à la guerre civile et dont les autorités « légitimes » sont à deux doigts de s'entretuer. Si on voulait précipiter l'éclatement complet de l'Ukraine, scénario catastrophe que tout le monde dit vouloir éviter, on ne saurait mieux s'y prendre. Ce n'est plus halte au feu mais halte aux fous qu'il faut aujourd'hui crier.

    Du reste l'Ukraine a-t-elle vraiment besoin d'armes? Elle dispose d'une industrie de défense qui, quoiqu'amputée de nombre de ses actifs, basés dans le Donbass et en Crimée, est encore en mesure de produire des blindés, de l'artillerie et des missiles performants. Piotr Porochenko a estimé récemment que l'armée ukrainienne figurait parmi les plus puissantes d'Europe. Mais il ne semble pas décidé pour autant à rouvrir les hostilités avec les séparatistes. Lucide, il est sans illusions sur ses chances de victoire. «Nous paierons le prix de dizaines de milliers de vies humaines si on se bat contre les troupes d'occupation russes et les séparatistes soutenus par la Russie», a-t-il affirmé récemment. Enfin il ne sert à rien d'armer un camp qui n'a aucune chance de gagner, a fortiori quand ces livraisons d'armes risquent de favoriser un embrasement généralisé, soulignait récemment un analyste américain. Oui, décidément, halte aux fous.

    L'Ukraine est au bord du défaut de paiement. Sa population subit une crise économique épouvantable. C'est de la paix, de la fin de la corruption, de crédits et d'un long plan de reconstruction qu'a besoin le pays. 

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    Tags:
    Igor Kolomoïski, Royaume-Uni, Ukraine, États-Unis, Russie
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