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    Départementales. Une France en quête de souveraineté ?

    © AFP 2019 BORIS HORVAT
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    Les Français ont rejeté un gouvernement inefficace, conclut-on ici et là. Aussi cru que réaliste, il est peu probable que ce constat fasse réfléchir une gauche socialiste dont l’ADN a beaucoup trop muté pour ressembler, ne serait-ce que de loin, à l’héritage idéel en certains points attirant que lui avait légué la SFIO.

    La montée en puissance spectaculaire d'un FN astucieusement dédiabolisé par MLP et le dépassement du clivage gauche/droite par, d'une part, la révolte généralisée, d'autre part, un je-m'en-foutisme exprimé par une abstention qui en dit long — voici, conceptuellement, le tableau de cette saison. Analyse de Françoise Compoint.

    Que le FN n'ait gagné aucun département est un fait n'ayant aucune valeur autre que formelle. L'UMP a bourré son score de voix comptabilisées par son binôme, l'Union de la droite, passant de 1.320.854 à lui seul à 5.102.317, récoltant, ipso facto, une moyenne très honorable de 27,6%. Le FN à lui seul a recueilli 4.108.404 voix ce qui équivaut à une moyenne de 22,23%. Que dire, sinon qu'il s'agit — les chiffres à l'état pur étant une chose têtue — du premier parti de France. Pourquoi?

    On en avait amplement parlé aux heures des européennes. L'analyse alors proposée a été corroborée par le temps et l'aggravation de la crise. Primo, le FN ose appeler les choses par leur nom en privilégiant la réalité à la fiction. C'est un parti qui fâche parfois les autruches. Secundo, malgré certaines contradictions de son programme économique, c'est un parti qui se fonde sur un colbertisme élargi, tant sur le plan d'un protectionnisme économique que culturel. Cette facette le rapproche génétiquement du gaullisme. Tertio, c'est un parti qui s'adresse avant tout à la classe populaire qui constitue 60% de la population. Il ne mélange pas assistanat et soutien des classes défavorisées. Notons aussi qu'il répond davantage aux attentes de la jeunesse, désenchantée par les querelles de clocher des « féodalités » et prête à goûter ce fruit interdit contre lequel leurs parents les mettaient en garde.

    Il serait en ce sens erroné de croire que le vote FN est un vote d'opposition et non pas de conviction. Cette dernière idée, si elle vient, est immédiatement refoulée comme impossible parce que les Français ne pourraient pas penser ainsi. La gauche et une certaine fraction atlantiste de l'UMP aurait peut-être même plus de facilité à comprendre que de jeunes Français partent faire le djihad — une conséquence des guettoïsation/ communautarisme, nous expliquent-ils — que d'admettre qu'il puisse y avoir un mouvement de solidarité vis-à-vis des idées FN-istes ou des idées d'une partie de l'UMP en passe de devenir anti-atlantiste! On le voit bien à travers le raisonnement de la militante Clémentine Autain qui constate que le « PS mène une politique qui rompt chaque jour un peu plus avec les fondements de la gauche » et qui propose une vaste restructuration de la gauche — clairement irréaliste! — sans s'attarder un seul instant sur l'éventualité d'une refonte de la droite sarkozyste dont on attend qu'elle épouserait le paradigme républicaniste, comme si le salut se trouvait nécessairement à gauche.

    Ces considérations faites, je transmets la parole à M. Pascal Mas, conseiller du représentant du Tatarstan en France.

    Radio Sputnik. « Que pensez-vous des résultats des départementales? Vous ont-ils surpris?

    Pascal Mas. Pas tellement parce que je suis en phase avec la population contrairement à une certaine caste médiatique et politicienne. Je ne suis donc pas tellement surpris, entre autres de la faible participation. Mais il y'a quand même quelque chose qui m'a interpellé: c'est le faible résultat de l'extrême gauche dont personne ne parle parce que visiblement le grand mouvement qui s'est produit dimanche et dimanche dernier, c'est un rejet de la politique de François Hollande et de son gouvernement! Mais il y a bien entendu une forte poussée du Front National en région en l'absence d'un contre-poids de l'extrême gauche du mouvement de Mélenchon ce qui fut pour moi une surprise le reste étant exactement conforme à ce que j'attendais.

    Radio Sputnik. Certains experts estiment que le score réel de l'UMP est bien inférieur aux chiffres annoncés. Si l'on soustrait les scores réalisés par ses binômes, on dégringole à un million pour l'UMP seul contre plus de 4 millions de voix accordées au FN. Devrait-on en déduire que MLP sort (mathématiquement) gagnante de la course?

    Pascal Mas. Ce scrutin est une imposture parce qu'il fait suite à une révision du mode d'élection et de redécoupage des cantons. Ce que vous signalez est parfaitement exact! En nombre de voix, c'est le Front National seul qui est en tête, l'UMP est comptabilisé comme premier parti mais c'est avec ses alliés l'UDI et le Modem. Ce sont ces partis du centre qui se sont alliés à l'UMP qui sont assez puissants dans certaines régions ce qui, évidemment, grossit le score global de l'alliance UMP-UDI-Modem contre le Front National qui était tout seul. Le Parti Socialiste était allié dans certains cas avec les Verts ou avec d'autres mouvements de Gauche. En résulte donc que le score du Parti Socialiste n'est pas le score du Parti Socialiste seul non plus. J'en veux pour preuve le résultat obtenu dans un canton comme la ville de Montreuil qui est une commune de la banlieue parisienne. Au premier tour, les deux candidats qui sont arrivés en tête n'ont même pas totalisé 12.5% des inscrits. Le binôme UMP a fait 10,64% et le socialiste a fait 9,3% et ni l'un ni l'autre, selon le barème qui a été fixé de 12,5%, n'aurait pu se représenter. Toutefois, ils ont pu se présenter au second tour et c'est le socialiste, arrivé en second, qui a été élu. Donc même en nombre de voix, le système électoral par binômes à deux tours, c'est de l'imposture.

    Radio Sputnik. L'abstention a dépassé la barre des 50%. Témoigne-t-elle d'une rupture grandissante entre le peuple et ses élites dirigeantes?

    Pascal Mas. C'est indéniable. Seuls les gens qui sont réellement motivés, c'est-à-dire exaspérés ou qui attendent quelque chose, des clients, sont allés voter. Beaucoup de gens se sont réunis dans certains départements en se disant à peu près ceci: « De toute façon, que ce soit les uns ou les autres, ça ne change pas, alors pourquoi se déplacer? » En plus, cette réforme du système électoral n'a pas été expliquée du tout, il est donc évident que les gens ne se sont pas déplacés pour une élection à laquelle ils ne comprenaient rien.

    Radio Sputnik. Selon une philosophe que vous connaissez peut-être et qui s'appelle Chantal Delsol, "le FN progresse parce qu'il ose dire que le roi est nu", parce qu'il combat l'"univers fictif" formé par une droite craintive et une gauche "nantie du monopole moral". Partagez-vous cet élément de réflexion?

    Pascal Mas. Cette réflexion est tout à fait juste mais elle est incomplète. C'est-à-dire que Chantal Delsol parle du système des partis, or la crise est beaucoup plus profonde au sein même de la société. Nous sommes dans une période que je qualifie de période prérévolutionnaire, nous sommes en 1788. C'est-à-dire que pendant que le peuple souffre et crève, la cour continue à danser. On en a encore eu l'exemple dernièrement, le Premier Ministre ayant dit que de toute façon il n'en avait cure, qu'il restait à son poste en prétendant que c'est le peuple qui lui avait dit d'y rester. Par conséquent, la crise transgresse le cadre d'un simple conflit entre les partis politiques institutionnels et la population des électeurs.

    Radio Sputnik. Déconfit, Valls envisage un remaniement. Une chance à ne pas louper ou un cautère sur une jambe de bois?

    Pascal Mas. Du maquillage! On en a eu la preuve il y a quelques minutes avec une interview qu'a accordée Cécile Duflot à une grande chaîne de télévision d'information continue. Il s'agit simplement de sauver les meubles. Manuel Valls a été invité sur cette même chaîne hier, il a fait des déclarations très fumeuses. La seule chose qui l'intéresse, lui et M. Hollande, c'est d'éviter le désastre de décembre parce que le système de scrutin sera différent et le carnage inévitable. Nous venons de prendre l'apéritif, à décembre pour le plat de résistance! »

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    SFIO, Union pour un mouvement populaire (UMP), Front national (FN), Chantal Delsol, Cécile Duflot, Pascal Mas, Clémentine Autain, François Hollande, Manuel Valls, France
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