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    Vladimir Poutine après la Ligne directe

    Ligne directe de Poutine : une bonne leçon de démocratie !

    © Sputnik . Mikhail Klimentyev
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    Ligne directe avec Vladimir Poutine (2015) (7)
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    L’édition 2015 de la ligne directe annuelle du Président russe s’est tenue jeudi 16 avril. Elle a été marquée par une surabondance sans précédent de questions – leur nombre aurait plafonné à 3 millions – 80 d’entre elles ont pu être traitées sur une durée d’environ 4 heures. Analyse de Françoise Compoint.

    Du point de vue du format adopté, rien de tel dans les pays de l'UE. Cet échange traditionnel de Poutine avec le peuple a été très peu médiatisé en France. Le Monde a verrouillé l'accès à l'intégralité de l'article pour les non-abonnés, dommage, RFI a fait preuve de neutralité s'en tenant au factuel pur et dur quoique le terme de « show » employé dans le titre puisse faire sourire. Serait-on en présence d'un spectacle avec des questions préparées à l'avance et minutieusement filtrées ou d'une rencontre réelle grandement animée par des réactions spontanées? Suivant cette ligne depuis 2001, je pencherais avec plus de conviction vers la deuxième option.
    Je soumets à votre attention l'analyse de M. Fabrice Béaur, expert en relations internationales, spécialiste des médias et des réseaux sociaux. Secrétaire-Général d'EODE.

    Sputnik. Vous avez suivi la ligne directe avec Poutine, une ligne qui a duré près de 4 heures et qui avait été parfois marquée par des questions provocatrices ou insolites. Y a-t-il des moments qui vous ont particulièrement frappés? Personnellement, j'ai beaucoup apprécié la réaction de Vladimir Poutine à la question sur la non-livraison des Mistrals et les deux questions de l'opposante Khakamada quant à la présence de troupes russes dans le Donbass

    Fabrice Béaur. C'est toujours un plaisir que de suivre cette émission qui n'a aucun équivalent dans le monde à part peut-être celle, mais dans un autre style, de feu Chavez. J'ai retenu plusieurs questions qui correspondent à peu près à celles que vous avez mentionnées. Concernant la non-livraison des navires Mistrals, Poutine a indiqué qu'au-delà de la décrédibilisation de la parole de la France, la Russie s'attend à un remboursement des sommes versées. Mais cette réponse derrière le ton diplomatique indique clairement que cette commande, bien qu'intéressante d'un point de vue technologique puisque c'était le système et non pas tant le bateau en lui-même qui intéressait l'armée russe, n'est plus une priorité russe sur un plan politique. Le chantage de François Hollande n'a donc aucun effet sur la Russie si ce n'est d'avoir renforcé le camp du partisan de tout développement national. Dans le domaine de l'armement, cette mesure n'a finalement fait que renforcer la Russie.

    Il y a eu par ailleurs — vous l'avez remarqué — quelques questions provocatrices de la part de certains opposants politiques. L'hypothèse d'une éventuelle présence de troupes russes dans le Donbass en est un exemple caractéristique. Tout le monde sait — sauf les idiots ou les propagandistes de l'OTAN — qu'il ne s'agit que d'une rumeur sans l'ombre du début du commencement d'une preuve. Ces preuves que prétend détenir l'OTAN, on les attend toujours! Elle seraient, dit-on, secrètes et par voie de conséquence impossibles à dévoiler. C'est d'ailleurs ce que confirme le général Christophe Gomart, directeur du renseignement militaire, qui indique dans un tout récent rapport à l'Assemblée nationale que la Russie n'a jamais réalisé de préparatifs indiquant qu'elle s'apprêtait à envahir militairement l'Ukraine contrairement aux assertions américaines à ce sujet. Moi-même qui suis allé dans le Donbass pour une mission électorale de mon ONG lors des dernières élections législatives en DNR et LNR, je puis vous confirmer que les milices populaires d'autodéfense sont réellement une émanation organique du peuple du Donbass dans sa lutte contre la junte bandériste pro-US de Kiev.

    Concernant d'autres questions politiques et géopolitiques internationales, Poutine a très clairement résumé les enjeux en cours: quand il indique que les USA n'ont pas besoin d'alliés mais de vassaux et que la Russie ne se voit donc pas intégrée à un tel système, il dénonce explicitement la politique néo-coloniale de Washington sur l'Europe. Quand Poutine indique que le nationalisme est un phénomène destructeur pour l'intégrité de la Russie qui est multiconfessionnelle, il précise une fois de plus que le patriotisme est le seul garant de la puissance russe en renforcant l'unité nationale. Le message est limpide, notamment face à des opposants comme Navalny, le chouchou des médias occidentaux dont l'extrémisme est un danger pour l'intégrité de la Fédération de Russie. Quand Poutine dit que la dette des USA est supérieure au PIB du pays, il remet la crise actuelle dans le cadre de la crise globale de l'économie mondiale dont les origines se trouvent aux USA. C'est non seulement une vérité que nous entendons peu dans les médias occidentaux, trop occupés à s'auto-féliciter d'une amélioration conjoncturelle mais en rien structurelle de l'économie mais aussi et surtout c'est une sorte de remarquable leçon de vulgarisation économique afin de faire comprendre aux masses que les sanctions n'expliquent pas tout.

    Sputnik. Poutine a posé un regard plutôt positif sur l'impact des sanctions. Son argumentation, vous a-t-elle convaincu?

    Fabrice Béaur. Elle m'a effectivement convaincu! Non pas parce que c'est celle de Vladimir Poutine et que nous devons approuver les grandes lignes de sa politique mais du fait qu'il a adopté un langage de vérité sans cacher la réalité de l'inflation concernant les produits alimentaires de tous les jours. Il a aussi indiqué que la diversification de l'économie qui se faisait attendre auparavant et qui a été ralentie du fait de l'inertie de certains acteurs économiques et d'une certaine forme de bureaucratie n'est plus aujourd'hui une option mais une obligation. Cela correspond à une réalité naissante. Pour tous ceux qui connaissent la Russie et qui y vivent, on voit, dans le secteur agroalimentaire, une production russe gagner les marchés et remplacer les importations. C'est notamment le cas pour les fromages et les boissons gazeuses. Poutine a également souligné qu'il fallait produire de la haute technologie afin de compléter le tableau par une réindustrialisation pour les besoins intérieurs du marché russe. J'ajouterais que l'ironie et la tristesse de ces sanctions se trouvent dans la situation où l'on voit des capitaux chinois investir en Russie dans le domaine industriel et la Chine devenir le partenaire principal du pays dans sa diversification économique et industrielle.

    Sputnik. En regardant s'exprimer les intervenants- surtout des gens "simples", des tréfonds de la Russie — j'avais l'impression de voir des personnes décontractées et plutôt optimistes. Partagez-vous cette impression?

    Fabrice Béaur. Oui. La plupart des intervenants reflétaient la diversité de la société russe, autant socialement que politiquement. Si nous avions auparavant un plateau sélectionné, ce n'était pas un tri complaisant… les interventions d'opposants à Poutine l'ont bien démontré. Nous avions un plateau qui a posé les questions que se posent beaucoup de Russes au quotidien mais également politiques, européennes et internationales. Quand un leader fixe une ligne claire ce qui est le cas de Poutine depuis son arrivée au pouvoir, fait face aux critiques et explique tous ses choix en assumant la totalité des responsabilités, échecs y compris, il est normal que le peuple reprenne confiance en lui et dans l'avenir de son pays. Ce facteur explique la côte de popularité de Poutine qui est estimée à plus de 80 %, bien loin des scores politiciens occidentaux qui ne se confrontent que très rarement aux questions directes de leurs citoyens. Pour conclure, cette ligne directe donne une grande leçon de démocratie!

    Symbole du rouble
    © Sputnik . Yevgeny Biyatov
    Commentaire de l'auteur. Fidèle au vecteur westphalien qui caractérise sa stratégie politique, Poutine n'y va pas par quatre chemins: il met en relief la souveraineté absolue de la Russie mais rejette les ambitions impérialistes qu'on lui attribue avec tant de ténacité. De même se distancie-t-il de toute idéologie objectivement définie comme nationaliste celle-ci s'avérant incompatible avec le principe historique de multiethnisme et de multiconfessionnalisme. Ce qui compte, c'est l'irréfragable primauté des intérêts nationaux qui a vocation à cimenter les peuples de la Fédération. On le voit bien, ça marche! Malgré les sanctions, malgré la dévaluation du rouble — qui remonte déjà assez rapidement — malgré l'inflation et la baisse relative des revenus (1% en moyenne) la Russie reste unie comme elle l'a précédemment été, même durant les pires périodes de son Histoire. C'est ce qui compte et qui invalide toute forme de chantage. 

    Les opinions exprimées dans ce contenu n'engagent que la responsabilité de l'auteur.

    Dossier:
    Ligne directe avec Vladimir Poutine (2015) (7)

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    Séance de questions-réponses avec Poutine (2015), Fabrice Béaur, Vladimir Poutine, Donbass, France, Ukraine, Russie
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