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    Syrie: le camp de réfugiés de Yarmouk, près de Damas. Archive photo

    Vers une nouvelle réalité en Syrie ? (2/2)

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    Situation en Syrie (2014) (607)
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    Ces différentes puissances qui apportent de l'aide aux anti-Assad ont visiblement conclu un accord, une sorte de pacte visant à faire tomber le régime Syrien. Cet accord a entrainé une unification, une coordination militaire mais surtout une union politique des différents groupes d’opposition, analyse d`Alexandre Latsa.

    Cette alliance entre deux puissances du golfe et un pays de l'Otan, accompagne donc maintenant une coalition militaire composée de combattants djihadistes proche des frères musulmans et de salafistes, dans une coalition hétéroclite et radicale qui pourrait rassembler jusque 70.000 combattants.

    Damas
    © Sputnik . Dmitri Vinogradov
    Lors de l'assaut contre Idlib, de nombreuses sources bien informées affirment que si l'équipement était majoritairement fourni par Riyad, plusieurs milliers de combattants se sont infiltrés en quelques heures sur le territoire Syrien par la frontière Turque, frontière d'où un soutien médical a même été apporté aux Djihadistes blessés qui ont pu franchir la frontière pour être traites dans les hôpitaux en Turquie (source ici et ). Les mêmes sources affirment que Riyad et Ankara envisageraient des opérations militaires en Syrie, même si cela semble à ce jour encore improbable, et il faut rappeler que la Turquie a déjà proposé l'établissement par voie militaire d'une zone tampon, aérienne et au sol, dans le nord du pays.

    En outre, avec l'aide des Etats-Unis, ce nouvel axe va former dans les prochains mois un contingent de 5.000 hommes pour combattre tant le pouvoir Syrien que l'Emirat Islamique. Ces changements importants interviennent dans un contexte international et régional mouvant lié à l'Iran.

    L'accord sur le nucléaire Iranien et la plausible levée des sanctions ont créé une vive inquiétude au sein des monarchies du golfe qui craignent par-dessus tout l'influence régionale de Téhéran. La mort du roi Abdallah au début de l'année 2015 et l'accession au trône de son demi-frère Salman a eu pour conséquence un retournement de la politique étrangère Saoudienne, accéléré sans doute par l'opération au Yemen que Riyad mène contre les rebelles Houtis qui ont le soutien de Téhéran.

    En lien direct avec l'Iran, le Hezbollah semble de plus en plus devenir une des clefs du dossier Syrien sur le plan militaire. A la frontière avec le Liban, le Hezbollah augmente son implication sur le terrain Il a lancé au cours de ce mois de mai une opération militaire de très grande envergure dans les monts Qalamoum, visant à sécuriser la frontière et cette zone stratégique qui donne directement accès à la capitale Syrienne.

    Jusque-là, le Hezbollah se contentait d'intervenir dans des zones périphériques et plus ou moins frontalières du Liban, hormis de rares exceptions. Mais le 12 décembre dans un discours d'importance, Hassan Nasrallah a clairement laissé entendre que le Hezbollah allait désormais combattre partout où il le faudrait sur le territoire Syrien pour ne pas permettre la défaite du régime. Il semble du reste plausible qu'après la bataille de Qalamoun le Hezbollah soit déployé dans le sud du pays, accentuant de fait la crainte de la Jordanie de voir l'influence de Téhéran s'approcher de ses frontières, tandis que dans le même temps l'Emirat Islamique semble de son côté vouloir s'implanter en Jordanie.

    Que peut-il se passer maintenant en Syrie?

    Sur le plan intérieur

    On peut imaginer que l'Etat Syrien ne devrait pas s'effondrer après la perte de plusieurs centaines de soldats et de dizaines de tanks dans la terrible bataille en cours pour la province d'Idlib. La montée en puissance du Hezbollah semble montrer clairement le problème principal auquel fait face l'armée Syrienne pour garder le contrôle sur la totalité du territoire syrien: la dispersion des forces sur des fronts de plus en plus nombreux et étendus. En quatre ans de guerre l'armée Syrienne et les forces de défense nationale ont perdu plusieurs dizaines de milliers d'hommes. Il est donc de plus en plus difficile de mener des opérations importantes sur plusieurs fronts à la fois, tout en sécurisant les territoires sous contrôle de l'état.

    Il faudra observer dans les prochains mois si le régime peut continuer à se maintenir dans ces avant-postes que sont Alep ou Deir-Ez-Zor mais aussi et surtout continuer à contrôler les axes routiers menant à ces villes. De cela dépendra beaucoup l'avenir de la Syrie qui pourrait voir le régime choisir d'abandonner, au moins provisoirement, le nord et l'est du pays qui tomberaient ainsi sous contrôle total de l'Emirat Islamique (de l'Est d'Alep à la frontière Irakienne) et du Front Al-Nosra donc d'Al-Qaïda pour ce qui est de la province d'Idlib.

    Mais ce scenario de repli des forces gouvernementales reste une option qui dépendra de l'évolution de la situation militaire dans les semaines qui viennent et de la capacité du régime à alimenter en hommes les nombreux fronts militaires.

    Sur le plan extérieur

    Une ligne de rupture semble se dessiner entre les préoccupations prioritaires des occidentaux et celles des acteurs régionaux.

    Les occidentaux sont désormais focalisés sur l'Emirat Islamique et les risques qu'il fait courir à la région mais aussi aux états d'Europe puisque plusieurs milliers de ressortissants européens musulmans ont rejoint les rangs de l'organisation. Par contre, pour Ankara ou les puissances du golfe, la priorité est clairement de contrecarrer l'influence Iranienne et surtout de ne pas laisser l'axe Téhéran-Damas-Hezbollah prendre le dessus dans ce conflit syrien. Tout dépendra de la pression que l'Iran peut exercer. Téhéran peut décider de passer à la vitesse supérieure (mais sous quelle forme?) pour maintenir Assad au pouvoir et appuyer le processus en cours visiblement de transformation du Hezbollah en « état dans l'état » au sein du système étatique syrien.

    De toute manière, le conflit Syrien ne semble pas près de se terminer, le pays voit se dérouler sur son territoire une terrible guerre proxy, entre une bien étrange coalition des démocraties occidentales, des dictatures du golfe et de la Turquie, contre un axe regroupant la Syrie laïque, l'axe Chiite Téhéran-Hezbollah et en arrière-plan la Russie.

    Difficile d'imaginer quelle nouvelle réalité est en train d'émerger en Syrie.

    Les opinions exprimées dans ce contenu n'engagent que la responsabilité de l'auteur.

    Dossier:
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    Tags:
    djihadisme, Front al-Nosra, Al-Qaïda, OTAN, Hezbollah, Etat islamique, Bachar el-Assad, Jordanie, Iran, Syrie
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