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    Protestations à Skopje

    Les enjeux du Maïdan macédonien

    © Sputnik . Dmitriy Vinogradov
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    L'Histoire, tendrait-elle à se répéter? Il y a cent ans, 14-18 commençait par la guerre des Balkans. Analyse de Françoise Compoint.

    Les manoeuvres déployées par les sorosites en Macédoine pourraient faire craindre qu'une nouvelle boîte de Pandore ne s'ouvre impliquant la Bulgarie qui a déjà pris soin de concentrer ses troupes aux frontières et le Kosovo albanais, principal agitateur sur le terrain.

    Ignorererait-on que les principaux fauteurs de troubles ne sont autres que les anciens gardes du corps de Ramush Haradinaj et Ali Ahmeti, deux leaders de l'UÇK, organisation paramilitaire clairement islamiste qui s'est par la suite fait connaître dans le dossier concernant le trafic d'organes (voir le livre de Carla del Ponte, « La chasse, les criminels de guerre et moi »). 40 combattants albanais ont attaqué Kumanovo le 9 et le 10 mai. L'opposition en fit aussitôt ses choux gras en incriminant au Président, M. Grouevsky, l'entière responsabilité des faits: soit que ses services secrets auraient laisser passer cette provocation albanaise qui a coûté la vie à huit policiers, soit même que le gouvernement serait derrière. On croirait entendre, à un an de là et à des milliers de kilomètres les griefs délirants des Tourtchinov et des Parubiy contre Ianoukovitch!

    Et comme par hasard, l'opposition dite social-démocrate découvre subitement que Grouevsky est un méchant corruptionnaire au moment où le projet du Turquish Stream se concrétise. Qui plus est, la Macédoine n'a pas soutenu les sanctions infligées à la Russie!

    Dans l'intervention qu'il a accordé à Radio Sputnik, Pierre-Yves Rougeyron, essayiste et fondateur du Cercle Aristote, analyse les tenants et aboutissants de cette nouvelle et énième révolution colorée à la sauce sorosite.

    Radio Sputnik. Quelle est votre appréciation personnelle des évènements qui ont lieu actuellement en Macédoine, est-ce que vous croyez évident le lien qui a été établi par Lavrov entre les émeutes qui ont démarré les neuf et dix Mai et ce fameux Turkish-Stream lancé il n'y a pas très longtemps?

    Pierre-Yves Rougeyron. Nous sommes dans un mauvais remake qui commence à s'éterniser. Le même type de gens fait le même type de choses dans différents pays. Nous retrouvons une vieille connaissance qui est Victoria Nuland et qui utilise son ambassadeur sur place, M. Baily, pour déstabiliser, par groupuscules albanais interposée, un gouvernement légitimement élu. Il y a aussi la volonté de faire échouer deux projets: évidemment, le ministre Lavrov à raison vis-à-vis du projet Turkish-Stream, mais également le volet de la route de la soie, qui va du Pirée et qui devrait traverser la Macédoine.

    Nous sommes aujourd'hui face à une nouvelle révolution colorée dont le scénario rappelle celui du Maïdan. Je pense donc que nous pouvons en arriver à des conclusions tout aussi tragiques que celles qui ont déjà eu lieu dernièrement en Ukraine.

    Radio Sputnik. On remarque que la Bulgarie concentre ses troupes à la frontière de la Macédoine. Vu quand même que le Kosovo albanais se trouve à proximité, que la trace de l'UÇK dans les manœuvres de déstabilisation est tout à fait avérée, pourrait-on s'attendre au déclenchement d'une nouvelle guerre des Balkans sur le modèle de celle qui avait eu lieu juste avant la I GM il y a 100ans?

    Pierre-Yves Rougeyron. Il y a aujourd'hui des pays qui sont des pays-kapos. La Bulgarie et la Roumanie en sont leur rôle consistant à encadrer des pays dits déviants comme la Hongrie, comme d'un certain côté la Grèce, c'est-à-dire tous les pays n'ayant pas normalisé leur diplomatie, au sens de Bruxelles, contre la Russie.

    L'opposition macédonienne manifeste à Skopje
    © REUTERS / Ognen Teofilovski
    C'est dans cette optique qu'il faut voir l'encerclement dont est victime l'actuel gouvernement de Macédoine. Il est toutefois très difficile de voir à court terme un enchaînement militaire. A un moment ou à un autre, quand tous les projets de liens énergétiques ou économiques entre la Russie et l'Europe seront coupés, il est tout à fait possible qu'il y ait un emballement ou en enchaînement que nous paierons tous, mais je ne pense pas que cela le soit dans l'immédiat.

    Radio Sputnik. Les révolutions oranges se multiplient, succédant à la chaîne malheureuse des soi-disant printemps arabes. La CIA a donc du pain sur la planche. Est-ce qu'il se pourrait que les USA, à l'œuvre sur plusieurs échiquiers à la fois, pourraient à terme s'en trouver essoufflés?

    Pierre-Yves Rougeyron. Il faut se demander Qui donc aux USA? Les « sorosites » comme on les appelle en Macédoine sont en partie autonomes de la diplomatie américaine.

    Protestataires à Skopje
    © REUTERS / Marko Djurica
    Il est à noter que nous sommes dans une année extrêmement dangereuse car c'est l'année du changement d'administration. Le Département d'Etat, lui-même est divisé sur deux lignes, c'est-à-dire entre la personne de John Kerry qui a récemment joué l'apaisement vis-à-vis de Vladimir Poutine et certains éléments idéologisés extrémistes qui semblent avoir perdu le sens de la réalité. Jusqu'en novembre, le Département d'Etat va rester dans une certaine expectative, tout comme le Pentagone, pour attendre le nom et les directives de la nouvelle présidence. Pendant ce temps-là, ce sont les éléments autonomes financièrement et jouissant d'une autonomie politique relative mais néanmoins existante qui vont avoir le champ libre. Ce sont les gens les plus dangereux. Il s'agit de la diplomatie des fondations et c'est entre autres celle de M. Soros qui fait généralement acter ses agissements par la diplomatie du Congrès. Or, il va avoir comme délai jusqu'à janvier prochain vu que l'élection se tiendra en novembre, que le spoils system se met en place en décembre et que la prise de pouvoir définitive aura lieu en janvier. On s'attend d'ailleurs à une élection dont le résultat, si les candidats se confirment, nous sera certainement défavorable dans le sens de la multipolarité.

    Néanmoins, ce qu'il faut bien garder en tête, c'est que malgré d'imminentes récidives, ceux qui sont derrière les révolutions colorées n'ont que jusqu'à la fin de l'année pour les mener à terme. Au-delà de cette date butoire, le Département d'Etat les reprendra sûrement, surtout Hillary Clinton.

    Par ailleurs, la méthodologie des révolutions de couleur est en train de changer, Alexandre Latsa l'avait très bien dit: elles deviennent de plus en plus violentes. Les théories qui étaient issues de Gene Sharp étaient une sorte de bombardement médiatique massif après la réélection d'un pouvoir souverain et généralement démocratiquement élu à des manifestations sporadiques et des provocations issues de groupes marginaux. Cette méthodologie-là a été contrée, en Russie tout particulièrement, et on a compris que l'appel au peuple pouvait la débrancher. Pour qu'elles puissent se maintenir, ces révolutions doivent dégénérer le plus vite possible.

    Nous voyons en fait méthodologie qui est en train de muter pour se survivre, dont aujourd'hui nous avons vu les limites grâce à la pluralité de l'information, grâce à l'entrée dans la multipolarité du net d'un certain côté — la Russie et la Chine peuvent émettre leurs propres informations par des canaux autonomes — ce qui fait que nous ne serons plus sidérés comme nous l'avons été en Serbie. Toutefois la méthodologie reste valide si elle aboutit très rapidement, comme ça a été le cas en Ukraine, à des conflits violents. Une fois la violence commencée, le conflit pourrit et la zone irréconciliable reste un théâtre de cendres avec un feu qui couve dessous et qui peut être réallumé à intervalles réguliers. »

    Les opinions exprimées dans ce contenu n'engagent que la responsabilité de l'auteur.

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    Maïdan, Turkish Stream, UCK, Pierre-Yves Rougeyron, Ali Ahmeti, Ramush Haradinaj, John Kerry, Victoria Nuland, Sergueï Lavrov, Kumanovo, Balkans, Kosovo, Macédoine, Bulgarie, Ukraine, Russie
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