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    Drapeaux de la Grèce

    Un défaut grec ?

    © REUTERS / Alkis Konstantinidis
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    Jacques Sapir
    Situation économique en Grèce (112)
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    La probabilité d’un défaut de la Grèce sur sa dette souveraine apparaît aujourd’hui plus élevée que jamais.

    Le Premier ministre grec, M. Alexis Tsipras a déclaré de manière récurrente qu'entre les paiements qui sont dus pour les salaires et les pensions et le remboursement des intérêts ou du principal de la dette, le gouvernement choisirait les premiers et non les seconds (1).

    Il a rappelé, devant une assemblée des cadres de son parti SYRIZA, que son gouvernement avait déjà fourni des efforts colossaux mais qu'il n'était pas question de franchir les « lignes rouges » qui avaient été établies au début de la négociation, en février dernier. Quant au Ministre des finances, le charismatique Yannis Varoufakis, il a répété les mêmes choses, tout en ajoutant qu'il avait enregistré les négociations qui se sont tenues ces derniers jours lors du sommet européen de Riga (2).

    Drapeau de la Grèce
    © REUTERS / Alkis Konstantinidis
    Le défaut est-il inévitable?

    Il faut comprendre que cette question d'un possible, et aujourd'hui probable, défaut de la Grèce est importante parce que une large part de la dette grecque est détenue par la BCE et les différents fonds européens, qu'il s'agisse du FESF ou du MES. Un défaut obligerait les pays qui ont contribué à ces fonds de les provisionner à hauteur du montant de la dette répudiée. En agitant la question du défaut, le gouvernement grec signifie à ces partenaires, mais qui sont aujourd'hui aussi ses adversaires, de l'Eurogroupe que ce sont eux, et non le peuple grec, qui subira la conséquence de leur inconséquence.

    Car, sur ce point, il y a eu une profonde inconséquence de la part des pays de la Zone Euro. Quand il est devenu clair que la dette grecque s'apparentait à une pyramide financière, ce que l'on appelle un « système Ponzi », en 2010, ces pays auraient dû accepter que la Grèce fasse défaut sur une partie de sa dette. Mais, ceci fut refusé pour deux raisons.

    La première était — et elle est toujours — une question de principe. La Zone Euro, pour l'appeler de son nom véritable l'Union Economique et Monétaire, prévoit que chaque pays est responsable, et lui seul, de ses finances publiques. On pourrait alors penser que cette responsabilité aurait pour conséquence de laisser un pays endetté faire défaut. Mais, cette solution a été interdite au nom du sauvetage de l'Euro. Nicolas Sarkozy et Angela Merkel sont tombés d'accord pour considérer qu'il était impossible de tolérer un défaut dans la zone Euro. Là se trouve la première inconséquence; on construit une Union monétaire et une monnaie unique, et l'on refuse aux pays à la fois les ressources du fédéralisme et la possibilité d'un défaut. Cette inconséquence est primordiale.

    Mais il y a une seconde raison. En fait, les dirigeants européens étaient tétanisés par le fait que des banques allemandes et françaises étaient largement engagées sur la dette grecque. S'ils ont refusé la possibilité d'un défaut, ce fut essentiellement pour éviter une nouvelle crise bancaire qui aurait révélé les inconséquences dans la gestion et dans la supervision de ces banques. Nous avons ici une deuxième inconséquence.

    Refusant le défaut, les gouvernements de la zone Euro ont mis sur pied un système complexe de refinancement de la Grèce dont les effets sur l'économie du pays se sont révélés catastrophiques. En fait, on demandait à la Grèce de supporter une dette de plus en plus importante alors que son économie se contractait. Cette troisième inconséquence a provoqué la crise sociale gravissime que la Grèce connaît aujourd'hui, et qui a portée SYRIZA au pouvoir. Dans ses conditions, le choix proposé par Tsipras et Varoufakis, soit la dette grecque est pour partie annulée et pour partie restructurée sur le modèle de ce que l'on a consenti à l'Allemagne en 1953, soit il y aura un défaut de la Grèce était clair. Ici encore, et c'est la quatrième inconséquence, les pays de l'Eurogroupe n'ont pas voulu d'une solution « à l'Allemande » sur le modèle de l'accord de 1953 avec ce pays. Ils devront très probablement affronter le défaut.

    Défaut grec ou défaut européen?

    Un défaut, ceci étant, n'est pas la fin du monde. La Russie est bien placée pour le savoir, elle qui fit défaut an août 1998 et s'en trouva fort bien par la suite. Mais, ce défaut aura des conséquences politiques importantes. Il va signer l'écroulement d'une grande partie de la politique de l'Union européenne, à la fois quant à ses méthodes que quand à ses objectifs.

    En ce qui concerne les méthodes, la négociation avec la Grèce a été menée en dépit du bon sens. On a cherché à discréditer, à menacer, voire à corrompre, les négociateurs grecs. Ces négociations se tiennent dans la plus grande obscurité. On ne tient pas de minutes des déclarations des uns et des autres, et on laisse à la presse le soin de réaliser des « fuites » dont le contenu est incontrôlable en l'absence justement de ces minutes. Yannis Varoufakis l'a très bien dit sur son blog, reconnaissant qu'il enregistrait les négociations pour que l'on sache un jour à quoi s'en tenir quant au comportement des uns et des autres: « Et peut-être devrions-nous questionner les institutions européennes dans lesquelles des décisions d'une importance fondamentale sont prises, au nom des citoyens européens, mais dont les minutes ne sont ni prises ni publiées.

    Le secret et une presse crédule ne sont pas de bons augures pour la démocratie européenne ».

    Quand on sait que Varoufakis est en réalité un défenseur du projet européen, il faut comprendre, et il faut entendre, l'ampleur et la portée de sa critique. Effectivement, c'est la démocratie européenne, non pas en tant que principe mais en tant que système de règles opérationnelles et devant assurer la responsabilité des acteurs pour leurs actes, qui est aujourd'hui absente.

    Mais, l'échec touche aussi les objectifs de l'Union européenne. Dans le cas de la Grèce, officiellement on prétend vouloir garder le pays dans la zone Euro. Mais, dans les faits, et pour des raisons diverses, on voit émerger une préférence pour l'austérité qui emporte tout sur son passage. La position de la Grèce a été soutenue par de nombreux économistes, et même le FMI a considéré que sur un certain nombre de points le gouvernement grec avait raison. Mais, rien n'y fait. Tout se passe comme si le gouvernement allemand, aidé on doit le dire du gouvernement français qui se comporte sur ce point comme un vassal, voulait à tout prix imposer à TOUS les pays de la zone Euro l'austérité mortifère qui est sa politique. Et on peut comprendre que des concessions à la Grèce entraîneraient immédiatement des demandes de l'Espagne (ou Podemos, le parti issu du mouvement des indignés a remporté ce dimanche 24 mai de belles victoires), mais aussi du Portugal et de l'Italie. Des concessions à la Grèce seraient le début d'une mise en cause générale de l'austérité, ce dont le gouvernement allemand ne veut sous aucun prétexte.
    Ce qui se profile donc à l'horizon n'est pas un défaut grec, ou plus exactement pas seulement un défaut grec. C'est une mise en défaut de la politique de l'Union européenne, prise en otage par l'Allemagne. Ce défaut sera un défaut européen, car il signera la fin d'une certaine idée de l'Union européenne et ouvrira une crise profonde et durable en Europe.


    (1) Tugwell P., « Tsipras Says He Won't Cross Red Lines in Talks With Creditors », Bloomberg International, 15 mai 2015

    (2) Varoufakis Y., « The Truth about Riga », posté le 24 mai 2015 sur son blog

    Dossier:
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    Tags:
    défaut de paiement, dette, Union européenne (UE), Yanis Varoufakis, Grèce
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