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Sanctions de l'Occident contre la Russie (350)
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La reconduite des sanctions de l'UE envers la Russie doit se décider en juillet. Le maintien de cette politique, nécessitant l'unanimité des Etats membres, n'est pas acquis. Les pressions montent en conséquence de la part des acteurs les plus intransigeants. L'Analyse de Philippe Migault.

Dans ce cadre le violent accrochage qui vient de survenir dans le Donbass entre forces ukrainiennes et séparatistes tombe à point nommé. Alors que la responsabilité de cette énième rupture du cessez-le-feu reste à définir, il va de soi que cette reprise des combats sera instrumentalisée pour justifier une poursuite des sanctions.

Le Président ukrainien Piotr Porochenko a aussitôt déclaré que le risque d'une offensive généralisée des séparatistes était « gigantesque » et estimé que le scénario d'une « guerre totale » avec la Russie ne pouvait être exclu.

Linas Linkevicius, ministre des affaires étrangères de Lituanie, a quant à lui prôné un « isolement » politique accru de la Russie de la part des Etats membres de l'Union Européenne et appelé à un renforcement des sanctions visant Moscou. Le Conseil de Sécurité des Nations Unies s'est par ailleurs réuni vendredi à la demande de la Lituanie, appelant au respect du cessez-le-feu dans le Donbass.

Enfin le Premier ministre canadien Stephen Harper, en tournée diplomatique en Europe à l'occasion du sommet du G7 qui s'est ouvert hier en Allemagne, a tenu un discours extrêmement rude vis-à-vis de Vladimir Poutine, alors que certains responsables politiques Européens aimeraient précisément réintégrer la Russie au sein du cercle des principales puissances économiques occidentales. «Je ne pense pas que la Russie sous Vladimir Poutine ait sa place dans le G7. Point. Le Canada s'opposerait très, très fortement à ce que Poutine se rassoie à cette table à nouveau, a-t-il affirmé. Il faudrait un consensus pour ramener la Russie et ce consensus n'existera tout simplement jamais», a déclaré M. Harper.

Ces propos, tenus alors que Stephen Harper a par ailleurs rencontré samedi Piotr Porochenko à Kiev, doivent bien entendu être resitués dans le contexte de la politique intérieure canadienne. Alors que le Premier ministre canadien remettra son mandat en jeu à l'occasion des prochaines élections fédérales en octobre prochain, il entend donner des garanties de fermeté à la nombreuse communauté des Canadiens originaires d'Ukraine, volontiers russophobe. Il n'en demeure pas moins que M. Harper, en refusant de réintégrer la Russie parmi les cercles décisionnels des principales puissances mondiales tant que Vladimir Poutine sera au pouvoir, adopte une attitude décorrélée des réalités politiques et diplomatiques.

Politiques en premier lieu parce que le Président russe, dont la cote de popularité dans l'opinion publique russe atteignait récemment les 86%, est encore aux affaires a minima jusqu'en 2018 voire, vraisemblablement, jusqu'en 2024, faute d'opposant crédible ou de successeur faisant l'unanimité. La position du Premier ministre canadien revient donc à totalement mépriser la sensibilité de la majorité des citoyens russes et à les ostraciser eux aussi.

Diplomatiques ensuite parce qu'on ne peut écarter des débats internationaux la Russie, membre du Conseil de Sécurité des Nations Unies et puissance nucléaire, pendant les trois ou neuf prochaines années. Mais aussi parce que le camp de l'intransigeance vis-à-vis du Kremlin se fissure.

Nous y avons fait allusion supra, la lassitude gagne dans l'Union Européenne vis-à-vis d'une politique de sanctions économiques qui n'amène pas la Russie à transiger et pénalise tout le monde. Le ministre allemand des affaires étrangères, Frank-Walter Steinmeier, s'il a réaffirmé la pertinence des sanctions envers la Russie et les a justifié, a regretté jeudi dernier le format G8, intégrant la Russie. « Nous avons absolument besoin de la Russie pour régler les conflits gelés dans notre voisinage européen, comme c'est le cas en Syrie, en Iraq, en Libye et pour le programme nucléaire iranien », a-t-il estimé.

La Grèce, confrontée à l'intransigeance de la Troïka FMI-BCE-Commission Européenne, est susceptible de se désolidariser de l'UE et de refuser de reconduire les sanctions. Ce qui enchanterait secrètement Paris, Berlin et Rome. Enfin la visite de John Kerry récemment en Russie, où il a rencontré Vladimir Poutine et Sergueï Lavrov, témoigne de la volonté américaine de renouer le dialogue avec la Russie sur le dossier ukrainien. Cela n'empêche pas Washington de tenir par ailleurs des propos durs envers le régime russe, de souffler le chaud et le froid mais les faits sont là: nous sommes dans une séquence charnière. Les principaux protagonistes de la crise ukrainienne sont conscients qu'elle peut durer indéfiniment et cherchent une porte de sortie acceptable. Comme l'a récemment déclaré l'ancien Président ukrainien Viktor Iouchtchenko « le monde est las de la question ukrainienne. »

En conséquence l'hypothèse d'une provocation ukrainienne visant à relancer les combats dans le Donbass afin d'entraver tout processus d'apaisement entre Russes, Américains et les principaux Etats de l'UE ne peut être exclue. « Les Ukrainiens feront tout, tout pour que les hostilités reprennent afin de mettre çà sur le dos des Russes. Et cela peut durer comme cela longtemps encore », résumait récemment un ancien ambassadeur de France en Russie, sans illusions sur le jeu politique ukrainien. Le dogme officiel, manichéen, des gentils ukrainiens d'un côté et des méchants russes de l'autre, s'effrite peu à peu. 

Les opinions exprimées dans ce contenu n'engagent que la responsabilité de l'auteur.

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Tags:
sanctions, G7, Union européenne (UE), Stephen Harper, Canada, Ukraine, Russie
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