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    BAII

    La Banque asiatique d’investissement, instrument de coopération multilatérale

    © AP Photo / Wang Zhao/Pool
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    Eugène Zagrebnov
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    Pékin insiste sur l’aspect multilatéral du projet, ajoutant que ce dernier a vocation à stimuler l’intégration régionale.

    Le premier pas dans la mise en place de la Banque asiatique d'investissement pour les infrastructures (BAII) a été franchi le 29 juin. 50 pays ont signé l'accord sur la création de cette structure bancaire, qui devrait commencer à fonctionner en 2016.

    Le capital de la banque représentera 100 milliards de dollars, et la Chine, l'Inde et la Russie sont ses investisseurs principaux, leurs contributions représentant respectivement 30,34%, 8,52% et 7,5%. Dès que l'accord sur le fonctionnement de la banque sera ratifié par les 10 pays-membres asiatiques qui ont fait la promesse d'investir dans 50% du capital de la structure, elle pourra délivrer des crédits, effectuer des investissements, et donner des garanties financières pour les projets d'infrastructures.

    Une structure dans laquelle la Chine trouve naturellement sa place

    Le ralentissement économique de la Chine avec une croissance ne dépassant pas 7% cette année témoigne du fait que le potentiel de croissance à l'aide des investissements dans l'infrastructure à l'intérieur du pays s'est épuisé, considèrent les experts. La coopération dans le cadre de la BAII donne donc à la RPC une possibilité d'exporter ses capacités de construction vers les marchés étrangers, et ce processus suit d'ailleurs déjà son cours.

    La Chine trouve donc pour l'instant plus facilement sa place au sein de cette structure financière, à la différence des autres membres, explique dans une note de recherche Alexandre Erofeev, partenaire au cabinet d'analyses Ernst&Young. "Les banques chinoises possèdent des volumes de liquidités considérables", dit-il, précisant, vu la conjoncture économique actuelle, que lors du financement des projets, subsisteront des risques économiques pour l'emprunteur et des risques politiques pour le créditeur. Et d'ajouter, "qu'il y a un espoir que la nouvelle banque remplacera en Russie d'une manière ou d'une autre la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD) ".

    Un projet multilatéral de coopération régionale

    La BAII a vocation à répondre aux besoins de développement des infrastructures en Asie, "mais aussi à approfondir les coopérations régionales", insistait lundi dernier, lors de la cérémonie de signature de l'accord entérinant sa fondation et son statut, le chef d'Etat chinois Xi Jinping. Toutefois, un certain nombre d'experts ont tendance à considérer que la nouvelle banque n'est rien d'autre qu'un instrument du gouvernement chinois permettant de mettre plus efficacement en œuvre son concept de "ceinture économique de la Route de la Soie".

    Le préambule à l'accord sur la mise en place de la Banque asiatique d'investissement pour les infrastructures mentionne certes que l'objectif de cette structure est "d'améliorer l'interaction et l'échange dans le domaine de l'infrastructure à l'aide des investissements dans ce secteur et dans d'autres secteurs de l'économie". Cela montre que la BAII et le concept de "ceinture économique de la Route de la Soie", prôné par la Chine, ont des fonctions et des caractéristiques en commun. Mais à la différence de la Nouvelle Route de la Soie, un projet du gouvernement chinois stimulant l'intégration économique des régions et des pays le long de son tracé, la structure financière reste un projet multilatéral.

    "Même si elle est le principal investisseur, la Chine ne fait que participer dans cette banque, qui est une plateforme intergouvernementale de gestion financière", souligne Chen Xiaochen, chercheuse à l'Institut des finances Chongyang de l'Université Renmin de Chine. "Et tout projet d'investissement dans l'infrastructure intéressant en Asie sera étudié indépendamment par les experts en vertu du règlement de la BAII. Quant au concept de la Nouvelle Route de la Soie, élaboré par la Chine en 2013, il est plus large, n'englobe pas uniquement l'Asie, et se concentre sur la coopération économique régionale, notamment au niveau de la production industrielle". 

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    Tags:
    Alexandre Erofeev, Xi Jinping, Chine, Inde, Russie
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