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    Fabrice Beaur et Alexandre Zakhartchenko

    Etre sur la liste des sanctions de Kiev? un honneur!

    © Photo. Fabrice Beaur
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    Mikhail Gamandiy-Egorov
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    Fabrice Beaur est un citoyen français installé dans le sud de la Russie.

    Il est le chef du département de Russie/Caucase de l'Observatoire Eurasien pour la Démocratie et les Elections (EODE) et a dirigé une mission d'observation pour les élections présidentielles et législatives dans les Républiques populaires de Donetsk (DNR) et de Lougansk (LNR), en novembre de l'année dernière.

    Il a été placé en première position sur la liste des sanctions décrétées par Kiev. Pour rappel, récemment la junte kiévienne a publié une liste de 400 personnalités, russes, ukrainiennes et étrangères, qui sont désormais sous sanctions de la "nouvelle" Ukraine. Parmi ces personnes, on retrouve beaucoup de beau monde: Sergueï Choigou, ministre russe de la Défense. Roy Jones Jr., rappeur et multiple champion du monde afro-américain de boxe. Steven Seagal, célèbre acteur hollywoodien, Gérard Depardieu, ou encore Ramzan Kadyrov, le président tchétchène. Sans oublier plusieurs journalistes et représentants de la société civile russe, ukrainienne et de plusieurs autres pays.

    Sputnik: Vous avez été placé premier sur la liste des sanctions décrétées récemment par Kiev. Quel sentiment cela vous inspire-t-il?

    Fabrice Beaur : Mon apparition sur cette liste est un honneur. Et être le premier de celle-ci est pour moi un plaisir personnel que je ne cacherais pas.

    C'est une reconnaissance de mon action en faveur de la résistance antifasciste des républiques rebelles du Donbass de Donetsk et de Lougansk.

    Cela marque la fuite en avant du régime de Kiev qui ne sait plus quoi inventer pour expliquer sa répression armée sur les régions de l'Est et justifier sa politique suicidaire pour l'avenir de l'Ukraine en tant qu'Etat en inventant à tour de bras des "ennemis" de l'Ukraine.

    Sputnik: Vous avez en effet pris part en qualité d'observateur aux élections présidentielles et législatives à Novorossia en novembre 2014. Un petit rappel de ce que cela représentait?

    Fabrice Beaur : Le régime actuellement en place à Kiev est arrivé par un coup d'Etat dans la nuit du 21 février 2014. En totale contradiction avec l'accord signé le soir même qui validait une transition légale du pouvoir au niveau gouvernemental.

    Les régions de l'Est et du Sud de l'Ukraine se sont alors soulevées pour refuser le cours russophobe du nouveau pouvoir.

    La suite des événements, aujourd'hui, tout le monde la connaît. Soulèvement populaire, répression de la junte néo-bandériste pro-US de Kiev, organisation des milices populaires dans le Donbass, confrontation armée et naissance de facto de deux nouvelles entités étatiques; à savoir les Républiques populaires de Donetsk et de Lougansk.

    Il suffit de se rappeler des résultats sans aucun détour des referendums d'auto-détermination organisés dès le début du conflit pour comprendre que nous sommes face à une dynamique réellement populaire.

    C'est dans ce cadre que des élections ont alors été organisées en novembre 2014 dans ce Donbass en résistance. Il s'agissait de donner une assise légale à ces jeunes républiques.

    J'ai alors participé à une délégation d'observateurs internationaux via une Mission de l'ONG EODE — Eurasian Observatory for Democracy and Elections. Comme je l'ai déjà fait en Priednestrovié (Transnistrie, ndlr), en Abkhazie, en Ukraine, en Russie ces dernières années.

    Tant par les observations que nous avons faîtes, que le rapport de mission ou les résultats, ces élections ont été une étape reconnue de consolidation d'un processus démocratique que contestent seulement les partisans de l'escroquerie du "Maïdan".

    Sputnik: Le fait d'avoir été placé en première position sur cette fameuse liste de "sanctions", est selon vous un simple hasard ou une confirmation de la haine venant de la junte de Kiev à votre égard, pour le fait d'avoir permis à deux ex-régions ukrainiennes d'avoir des observateurs internationaux lors de leurs élections?

    Le président ukrainien Piotr Porochenko
    © Photo. Ukrainian Presidential Press Service
    Fabrice Beaur : Mes actions pour soutenir le combat populaire des républiques rebelles du Donbass ne plaisent évidemment pas à Kiev.

    Si l'origine de tout cela est ma participation en tant qu'observateur international aux élections en République Populaire de Donetsk (DNR) en novembre 2014 comme nous venons d'en parler, je pense que c'est surtout ma rencontre avec Alexandre Zakhartchenko à cette même période qui a produit cette obsession sur ma personne. J'en ai pour preuve que les petits délateurs franco-ukrainiens de Paris se sont déchaînés pendant plusieurs semaines sur les réseaux sociaux contre moi. Je pensais que la haine de ces activistes aux méthodes de petits gestapistes sur le tard était seulement une poussée de fièvre. Mais me voir réapparaître dans cette nouvelle "liste noire" démontre semble-t-il que la peste néo-bandériste est belle et bien une infection généralisée en Ukraine, jusqu'au plus haut sommet de l'Etat ukrainien à la main de la junte.

    Vient s'ajouter à tout cela que l'ONG EODE, qui a organisé la mission internationale de monitoring électoral du référendum pour l'autodétermination de la Crimée et de Sébastopol.

    Tout cela est évidemment insupportable pour le gouvernement pro-US de Kiev.

    Sputnik : La liste comportait tout de même 400 noms de personnalités, parmi lesquelles des hommes politiques, des journalistes, des activistes de la société civile, des sportifs, des acteurs et un bien grand nombre de pays représentés via les personnes sanctionnées. Pensez-vous que la junte de Kiev continuera à élargir encore plus cette liste?

    Fabrice Beaur: Ce n'est ni la première, ni la dernière "liste". Il semble y en avoir plusieurs ou bien une dont la mise à jour constante soit un passe-temps à temps complet pour les ambassades ukrainiennes et du ministère des affaires étrangères de Kiev. Sans oublier le SBU dont le professionnalisme est aujourd'hui à l'image de la nature « pacifiste » des activistes du Maïdan qui l'ont intégré.

    Sputnik : N'est-ce pas selon vous un aveu de faiblesse, voire d'isolation, de la part des autorités putschistes ukrainiennes qui à travers ce genre d'actes essaient de punir des personnalités, pour certaines très connues au niveau mondial, pour d'autres moins connues mais étant très actives afin que la vérité se sache sur ce qui se passe véritablement en Ukraine et dans les territoires l'ayant quitté? Et ce malgré tout le soutien affiché des élites politiques et médiatiques de l'Occident, ainsi que de l'OTAN, à ces mêmes autorités?

    Fabrice Beaur: Je ne crois pas que la propagande grossière de la junte fonctionne encore auprès de la population ukrainienne. "L'ennemi" est une carte qui ne semble plus passer. Les "promesses" du "Maïdan" sont aujourd'hui lettres mortes. Rien n'a changé en Ukraine. Tout a empiré. Et non du fait de "l'agression de la Russie" mais de la politique antirusse et russophobe de cette junte néo-bandériste pro-US. L'alignement du nouveau pouvoir bandéro-oligarchique à l'allégeance atlantiste a produit un Etat-zombi où le ridicule côtoie la criminalité, la corruption à un niveau encore plus élevé que cela ne pouvait l'être dans le passé.

    Si la junte de Kiev tient encore debout c'est par le matraquage de sa propagande et de sa chasse à tout ce qui s'oppose à elle. La situation économique et financière de l'Ukraine est catastrophique. L'Etat ukrainien est en réalité en banqueroute. Mais les organisations soi-disant internationales, mais sous contrôle U.S., que sont le FMI et la Banque mondiale la perfusent pour éviter d'en arriver officiellement à ce stade. Mais je crois que c'est peine perdue du fait que s'ils veulent sauver le système financier ukrainien, les banques, ils ne font que prolonger le supplice social que subit la population en Ukraine. Et retarder l'inévitable n'a jamais empêché qu'il se produise.

    Maintenant, personne ne peut affirmer que demain se produira la chute du pouvoir en place à Kiev. Et si cela devait se produire par quel régime il serait remplacé. Dans la lutte d'influence entre oligarques et autres employés de l'impérialisme US, c'est à qui montrera le plus ses muscles afin de plaire à l'Ambassade US de Kiev qui est le vrai centre de commandement de la "révolution" (sic) du "Maïdan" (re-sic). En Ukraine actuelle, tout est possible.

    Surtout le pire!

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