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    Nicolas Sarkozy

    2017 : Les Républicains dans l’impasse

    © AFP 2019 Alain Jocard
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    Présidentielle 2017 en France (205)
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    Nicolas Sarkozy et les Républicains n’ont aucune raison de se réjouir de leur victoire aux élections régionales. Malgré leur succès ils affronteront les prochaines présidentielles avec pour adversaire leur éternel défaut : la division. L'Analyse de Philippe Migault.

    Bien entendu sur le papier le bilan comptable est bon. Alors que la droite « de gouvernement » avait subi un naufrage lors des dernières régionales, elle emporte sept régions sur treize. Mais il s'agit d'une victoire à la Pyrrhus, acquise dans deux régions grâce au report sur ses candidats des voix socialistes. Et ce n'est pas cela le plus grave pour elle. Alors que la primaire de 2016 va être l'occasion pour les ténors des Républicains de s'entredéchirer, on sent déjà le degré de violence qui est susceptible d'être atteint lors des débats à venir. Le scrutin à peine achevé, Nicolas Sarkozy a décidé d'engager un remaniement de la direction des Républicains afin de se doter d'une équipe resserrée, à ses ordres.

    Principale victime: Nathalie Kosciusko-Morizet, qui a eu le tort de critiquer sa stratégie du « ni Front National-ni Parti Socialiste ». Démise de ses fonctions de Vice-Présidente déléguée du parti, celle-ci a vivement réagi. Estimant que la France ne pourrait « être redressée par des réactionnaires », elle a dénoncé cette purge comme « une vieille idée stalinienne ». Bien entendu « NKM » a aussitôt obtenu le soutien d'Alain Juppé, ravi de souligner le mode de fonctionnement de Nicolas Sarkozy, relevant selon lui davantage du caporalisme exigeant le « colonne par un », que de l'esprit de consensus nécessaire pour l'emporter en 2017. Et derrière le maire de Bordeaux ce sont tous les partisans de la stratégie de l'alliance centriste en vue des Présidentielles qui sont en embuscade, guettant le moindre signe d'une « droitisation » accrue de Nicolas Sarkozy. Celui-ci en est conscient et joue l'apaisement vis-à-vis d'eux. « L'unité, l'union avec le centre et le refus de toutes compromissions avec les extrêmes » ont permis le succès des Républicains dimanche dernier, souligne-t-il. Il oublie cependant de mentionner le report des voix de gauche, dont il ne bénéficiera certainement pas en 2017. Pas plus d'ailleurs que de celles de nombreux électeurs de l'aile droite des Républicains.

    Car le bilan de Nicolas Sarkozy à la tête de l'Etat n'a pas été oublié par ceux qui, loin de songer à séduire les centristes, espèrent une politique de droite décomplexée. A leurs yeux Nicolas Sarkozy, élu en 2007 au terme d'une campagne au cours de laquelle il a surfé sur la question de l'insécurité, a déçu. « Le coup de Karcher » qu'on lui a tant reproché à gauche et au centre, n'a jamais été passé. Les immigrations clandestine et légale n'ont pas été enrayées. Il a fait marche arrière sur le débat qu'il avait souhaité engager sur la question de l'identité nationale dès que celui-ci a dépassé les limites politiquement correctes qu'il entendait imposer. Enfin il a évincé certains de ses plus fidèles lieutenants de l'UMP pour confier des postes gouvernementaux à Bernard Kouchner et Eric Besson, deux transfuges du Parti socialiste. Pour les électeurs des Républicains qui se reconnaissent dans des mouvements se réclamant du gaullisme historique, tel que « la droite populaire », cela fait beaucoup. Beaucoup trop. D'autant que l'entourage « branché-bling-bling » de Nicolas Sarkozy, son épouse, ex-figure tutélaire de la bobosphère dorée, ne séduisent pas plus les vieux grognards du RPR que les jeunes du parti, témoignant sur ces accointances d'une intransigeance frisant le ras-le-bol. Les militants de droite ne supportent plus d'avoir à leur tête des hommes qui, tel Jacques Chirac, étroitement cornaqué par sa fille Claude et ne demandant qu'à suivre sa sensibilité naturelle, se sont toujours bien plus préoccupé de ne pas déplaire à la bien-pensance de gauche que de satisfaire ceux qui les ont porté à l'Elysée. Pour eux Nicolas Sarkozy n'a pas perdu en 2012 parce qu'il a suivi « la ligne Buisson », mais précisément parce qu'il ne s'y est pas tenu.
    L'ancien Président de la République sait tout cela. Il sait qu'il doit réussir une performance d'équilibriste en vue des primaires de 2016 puis de la présidentielle de 2017 afin de ratisser de Bayrou à la « droite pop' » et à la « manif' pour tous ». Il est, n'en doutons pas, bien assez fin et lucide pour savoir qu'il lui faudrait un miracle.

    Pour autant l'aile gauche des Républicains aurait tort de se réjouir. Car l'alliance au centre qu'elle prône sera rejetée par de nombreux militants. Ceux-ci choisiront de s'abstenir ou bien, cédant aux perpétuelles provocations de la gauche et à la lassitude de ne pas voir leurs dirigeants riposter du tac au tac, apporteront leurs suffrages au Front National. Celui-ci a rallié dimanche dernier près de sept millions d'électeurs, record absolu toutes élections confondues. Il sait qu'il peut briser le « plafond de verre » en 2017. Il lui suffit d'attendre que les Républicains achèvent de se déchirer pour remporter la mise et assurer sa présence au second tour.

    François Hollande et le Parti socialiste ont donc toutes les raisons de se réjouir. S'ils ont perdu dimanche dernier ils savent qu'ils sont en mesure, dans deux ans, de rééditer à leur profit le coup du front républicain de 2002. Il leur faut pour cela pousser un peu plus encore la droite dans ses retranchements, la provoquer, afin qu'elle se radicalise davantage encore. On peut leur faire confiance sur ce point.

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    élections, Présidentielle française 2017, Les Républicains (LR), Parti socialiste français (PS), Union pour un mouvement populaire (UMP), Front national (FN), Nathalie Kosciusko-Morizet, Nicolas Sarkozy, France
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