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    Le système de messages interbancaires Swift

    SWIFT – L’Amérique cache ses cartes

    © Photo. https://twitter.com/swiftcommunity/
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    L’Union Européenne dépend du Trésor américain pour obtenir les informations bancaires collectées par le système SWIFT. Mais la requête française auprès des Américains, concernant les suspects des attentats du 13 Novembre n’a pas donné de réponse.

    Les demandes françaises de renseignements sur certains membres présumés des attaques terroristes de Paris, adressées aux autorités américaines par le Ministère des Finances seraient restées lettre morte. La source de Bercy, citée par l'agence Reuters, ajoute "Je ne pense pas qu'ils oseront utiliser le même argument pour la dernière demande, qui concerne des personnes clairement identifiées comme étant derrière les attentats du 13 novembre à Paris". Car ce n'est pas la première fois que les autorités américaines n'accèdent pas à ce type de requête.

    Cette année déjà, après les attentats de Charlie Hebdo, les américains avaient notifié aux autorités françaises qu'elles n'avaient pas été suffisamment précise quant à la description des menaces représentées par ces individus, et avaient rejeté leur demande d'accéder aux informations bancaires en leur possession.

    Des données bancaires afin d'établir des liens entre des individus et leurs complices ou des organisations voire des pays qui auraient pu les financer. Pour François-Bernard Huyghe, directeur de recherche à l'IRIS et expert en cyber stratégie ainsi qu'en intelligence économique, suivre ces mouvements peut s'avérer intéressant, malgré quelques réserves:

    ​« Encore que, on avait vu par plusieurs exemples, les Kouachi et Coulibaly en France, que les groupes terroristes qui passent à l'action n'ont pas besoin de budgets énormes et souvent ils s'autofinancent par un peu de criminalité ou tout simplement en allant emprunter de l'argent à leurs banques ».

    Ces données sont pourtant des informations bancaires de citoyens européens, collectées par les autorités américaines dans le cadre de la « Guerre contre la Terreur », lancée par G.W. Bush. Car c'est suite aux attentats du 11 Septembre, que les Etats-Unis obtiennent l'accès aux serveurs de la société Belge SWIFT, qui facilite les transactions internationales par son code éponyme, accédant ainsi à une précieuse mine d'informations. Le code SWIFT, plus communément connu dans nos contrées sous le nom de « code BIC » et figurant sur tous nos RIB.

    A l'été 2006, le New York Times, le Wall Street Journal et le Los Angeles Times révèlent le pot aux roses. Suite à ces révélations, la société belge décide de stopper son stockage de données sur ses serveurs aux Etats-Unis et avant de les déplacer en Europe. S'ensuivent des tractations diplomatiques entre l'Union Européenne et les Etats-Unis, qui finirent par aboutir à l'été 2010 à une officialisation de l'acheminement des données de SWIFT au département du Trésor américain. En échange les autorités américaines s'engagent à collaborer avec leurs homologues européens.

    Alors pourquoi le Trésor américain refuse-t-il la demande de Bercy? D'autant plus que la source au Ministère insiste sur l'importance pour les enquêteurs d'obtenir ces données dans les plus brefs délais. Pour François Bernard Huyghe, les relations entre les services de différents états reflètent la complexité des relations qu'il peut y avoir entre les nations elles-mêmes:

    « Évidemment ce sont des rapports très ambigus, parce que d'un côté on participe à des mêmes programmes, on échange des données sur des terroristes, sur leurs déplacements etc. et de l'autre, nous savons très bien que les Etats-Unis par les systèmes de la NSA surveillent et pas seulement les apprentis djihadistes mais surveillent des acteurs économiques en France, voire mêmes plusieurs présidents de la république ».

    D'autant plus que tout aurait pu mal finir pour le Trésor américain, du moins officiellement… En 2013, suite au tôlé provoqué par les révélations d'Edward Snowden, l'Union Européenne a, brièvement, pensé à reconsidérer sa participation au programme de surveillance du financement du terrorisme (TFTB). Car il apparaissait plus que probable que ce n'était plus seulement le Trésor américain qui avait accès aux données bancaires de SWIFT, mais aussi la NSA…

    Si une résolution a bien été présentée au Parlement Européen par les Socialistes, les libéraux et les écologistes, les députés nuancent la portée de leur texte et ne parlent plus que d'« allégations » d'espionnage par la NSA et de la nécessité qui aurait dû être celle d'« une enquête technique complète sur place ». La résolution a été adoptée en session plénière, seulement celle-ci s'avère non contraignante…

    Pour notre expert, c'est une nouvelle occasion pour les pays européens de montrer leur manque d'unité face notamment aux Etats-Unis:

    « La solution, ça serait que l'Europe soit d'abord un peu plus unie, un peu plus européenne, un peu plus décidée à garder le contrôle sur ses données, ses Big-Data. Pour donner un exemple, le fait que les services britanniques d'interception, l'équivalent en anglais de la NSA, le GCHQ travaille beaucoup avec leurs collègues américains, alors que d'autres pays européens le font moins, montre évidemment que l'on ne présente pas du tout un front uni ».

    La source du Ministère des Finances, citée par l'agence Reuters, va même plus loin en ajoutant qu'il apparait que parmi les pays européens, certains « plus anglo-saxons » que les français, entretiennent des accords secrets avec Washington afin de faciliter l'accès à ces informations.

    Quant à la société SWIFT, l'adoption par le Parlement Européen en Septembre 2014 de la Résolution 2014/284, prenant notamment en considération la déclaration de clôture du sommet de l'OTAN au pays de Galles, « demande à l'Union européenne d'envisager l'exclusion de la Russie du système SWIFT ».

    Les opinions exprimées dans ce contenu n'engagent que la responsabilité de l'auteur.

    Les opinions exprimées dans cet article n'engagent que la responsabilité de son auteur. Elles ne reflètent pas nécessairement la position de la rédaction de Sputnik.

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    Tags:
    SWIFT, États-Unis
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