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    Un effet Volkswagen dans l’automobile française?

    © REUTERS / Mihai Barbu
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    Maxime Perrotin
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    Après la publication du tract de la CGT qui mentionnait des perquisitions, l’action Renault chutait de 20% en quelques minutes Jeudi matin…

    Après l'effet papillon, l'effet Volkswagen? Ou comment un bulletin interne de la CGT dénonçant un manque d'embauches fait trembler un géant de l'industrie automobile et fait frémir le CAC-40 tout entier…

    The logo of French car manufacturer Renault is seen on flags in front of a dealership in Strasbourg
    © REUTERS / Vincent Kessler
    Car dans son bulletin, c'est bien d'emplois dont il est question à la base: le syndicat s'indigne que l'effort budgétaire, annoncé par l'entreprise dans le cadre d'un « plan d'urgence » pour réduire les émissions polluantes de ses moteurs diesel, n'ait pas été accompagné d'embauches supplémentaires afin de palier à ce surplus qualitatif de l'activité.

    En plus de regretter de voir la direction recourir à la sous-traitance, la confédération syndicale ajoute ses observations quant à des perquisitions qui auraient été menées par des agents de la Direction Générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des Fraudes (DGCCRF) sur différents sites de l'industriel: du Centre Technique de Lardy dans l'Essonne, au Technocentre de Guyancourt dans les Yvelines, en passant par le siège social à Boulogne-Billancourt. Des perquisitions, suspectées d'être menées dans le cadre de l'enquête lancée par la ministre de l'écologie Ségolène Royale, suite au scandale Volkswagen. Une enquête qui vise sans distinction tous les constructeurs, aussi bien français qu'étrangers, sur le sol national.

    Renault Koleos
    © Sputnik . Vladimir Astapkovich
    Mais si rien n'a été trouvé, selon le constructeur français, les perquisitions ont bien eu lieu et elles ont eu l'effet d'une bombe sur les marchés:

    Le titre décroche de plus de 20% en l'espace de 60 minutes, le volume d'actions relâché sur le marché bat tous les records, jusqu'à 10 fois plus qu'à l'accoutumé, mais cette fois sans trouver preneur. En moins d'une heure, c'est 4 Milliards d'euros de capitalisation qui disparaissent… pour Philippe Béchade, Président des Econoclastes, la responsabilité de l'ampleur d'une telle chute revient avant tout à l'absence d'intelligence humaine derrière la réalisation d'une majorité d'opérations sur les marchés financiers:

    « Entre —5 et —22%, c'est entièrement la faute des robots: ce sont des robots de trading qui fonctionnent sur la base de seuils, d'alertes à la baisse. Chaque fois qu'un seuil est cassé, les robots liquident automatiquement les positions, et compte tenu de leur vitesse de fonctionnement, plusieurs seuils sont cassés d'abord en quelques minutes, puis quelques secondes, puis quelques dixièmes de secondes. C'est pourquoi vous voyez une accélération exponentielle de la chute du titre, à mesure qu'il n'y a plus de support et qu'en face il n'y a plus aucun vendeur, ni acheteur, mais uniquement des robots qui sont vendeurs ».

    Un phénomène qui, dans une mauvaise conjoncture, est venu accentuer la baisse du titre, car avant cette annonce, le titre accusait déjà une baisse à cause des mauvais chiffres du marché chinois où le groupe s'est investi.

    Si des voix s'élèvent dans la presse pour accuser la direction de Renault de son manque de transparence, qu'elle paierait aujourd'hui, c'est oublier l'extrême fébrilité des marchés et plus particulièrement automobile, marqué par le scandale Volkswagen. Pour Jean-Claude Mailly, Secrétaire général du syndicat Force Ouvrière, interrogé sur LCP, il s'agit là d'une « opération prématurée » de la CGT, sachant que les résultats de ces perquisitions ne sont pour l'instant pas connus. Il s'inquiète des répercutions que l'évènement boursier pourrait avoir sur l'entreprise.

    Plusieurs membres du gouvernement ont tenu à rassurer: En déplacement à Berlin, le ministre de l'Economie Emmanuel Macron a précisé que des contrôles et des perquisitions ont été menés auprès de plusieurs constructeurs, ce afin de vérifier la « qualité des informations transmises au consommateur ». Quant à la ministre de l'Ecologie Ségolène Royale, elle a tenu à déclarer devant la presse que les perquisitions n'avaient « rien à voir » avec les tests menés par la commission technique indépendante, qui n'a par ailleurs pas constaté de logiciel de fraude chez le constructeur français: concluant qu'actionnaires et salariés de Renault pouvaient être rassurés.

    Cependant le mal est fait et la panique s'est rependue à tout le secteur automobile français, qui plonge à son tour, fort et si bien que le CAC40 le suit pour se replier de 3,5points à la mi-journée… Et Peugeot, 2ème constructeur automobile européen, moins diésélisé que son concurrent et qui, à notre connaissance, n'a pas subi de perquisitions, a également vu la valeur de son titre fondre de de plus de 10%.Pas de surprise pour Philippe Béchade, pour qui les effets de contagion que l'on observe sur les marchés tendent à « jeter le bébé avec l'eau du bain »:

    « On se doutait bien que si Renault avait fait l'objet d'investigations, ça sera probablement le cas pour Peugeot et également d'autres constructeurs qui vendent leurs véhicules en France. Alors, est-ce que Peugeot mène des tests draconiens, j'imagine que la méthodologie est peut être draconienne, est-ce que les résultats reflètent le niveau de pollution réel de la voiture dans des conditions d'utilisation urbaine etc. — ça ouvre des débats à l'infini — Ce qu'on sait évidement c'est que les tests sont réalisés dans des conditions d'émission les plus basses qu'on puisse imaginer puisqu'on retient en fait presque la valeur la plus faible ».

    Si la ministre de l'écologie a tenu à réaffirmer sa confiance en Renault, elle a néanmoins confirmé que les résultats des tests d'émission effectués chez Renault par une commission indépendante révèlent un "dépassement de normes" pour le CO2 et les oxydes d'azote.

    Un détail qui n'a pas échappé aux investisseurs, 30 minutes avant la fermeture de la Bourse de Paris, le titre qui s'était ressaisi dans l'après-midi a enregistré une nouvelle baisse.

    Et qui n'a pas non plus échappé à Pascal Durand, eurodéputé Europe Ecologie Les Verts, pour qui les syndicats ne doivent pas être tenus pour responsables des conséquences de ces révélations. S'il ne souhaite pas que des emplois soient perdus, il estime toutefois que l'on doit la vérité aux citoyens notamment sur des questions relevant de la santé et de l'argent public.

    « Les entreprises, quelles qu'elles soient ne sont pas en dehors du droit. S'il est avéré qu'il y a eu des fraudes, qu'il y a eu des escroqueries ou des tentatives d'escroqueries aux normes, il est normal que la justice puisse enquêter, il est normal que des perquisitions aient lieu, il est normal qu'on sache la vérité. D'abord et avant tout, les normes environnementales c'est une question de santé publique: en France et ailleurs, mais en France, c'est 15 000 morts par an, de décès prématurés causés par les particules émises par le Diesel. Donc on voit très bien que c'est un sujet majeur. Par ailleurs il y'a eu des aides considérables versées par l'état, donc par les citoyens et par les contribuables pour acheter des véhicules qui sont dans un certain nombre de seuils et de normes, si ces seuils n'ont pas été respectés ou s'ils ont été volontairement violés ou cachés, ce sont des milliards qui ont été perdus par l'Etat et le contribuable ».

    Après Renault, l'Etat ne serait-il pas la principale victime de ce bulletin interne de la CGT? Car si l'action peut récupérer à terme, l'état français est dans une situation délicate: Si d'un côté il tient à rassurer les français, inquiets face aux scandales et aux conséquences du Diesel, rappelons qu'il est aussi le principal actionnaire de Renault, qui emploie près de 117 000 personnes. D'autant plus que si aujourd'hui sa participation à une capitalisation boursière estimée à 25 milliards d'euros s'élève à près de 19.7%, il s'est engagé à revendre sous peu 4.7 points de cette dernière.

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    Tags:
    DGCCR (France), Volkswagen AG, CGT, Renault Group, Ségolène Royal, France
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