Ecoutez Radio Sputnik
    Laurent Fabius

    Le nouveau venu de la Rue de Montpensier

    © AP Photo / Eraldo Peres
    Points de vue
    URL courte
    Marco Rumignani
    18530

    Au revoir le Quai d’Orsay; bonjour le Conseil Constitutionnel! Tel aura été l’ordre du jour pour Laurent Fabius. Ce cher « Fafa » aura-t-il marqué la diplomatie ?

    Laurent Fabius quitte aujourd'hui son fauteuil de Ministre des Affaires Etrangères pour celui de Président du Conseil Constitutionnel. Donc, le diplomate devient un sage. Laurent Fabius a déjà une longue expérience derrière lui en politique. Jugez plutôt: tour à tour Premier Ministre, Ministre de l'Industrie, Député à l'Assemblée Nationale, Député européen, Maire de Grand-Quevilly; depuis 2012 il aura exercé la fonction de Ministre des Affaires Etrangères et du développement international.

    Laurent Fabius
    © REUTERS / Leonhard Foeger
    Cumulard et éléphant pour certains, figure de la république et pilier de la gauche pour d'autres, il se sera investi depuis plus de 30 ans dans la politique de haut niveau. Au Quai d'Orsay, il aura fait face à la guerre en Syrie, à la crise ukrainienne, aux sanctions contre la Russie, au dossier du nucléaire iranien, à la COP21. Bref, tous les dossiers internationaux lui sont familiers, et plus d'une fois il a pris position, que cela soit de façon restreinte (frappes en Syrie) ou de façon offensive (nucléaire iranien).

    Le journaliste Romain Mielcarek dresse le bilan des quatre années de diplomatie de Laurent Fabius.

    ​« Son bilan se résume avec des gros succès (…); on retiendra la COP21: la Russie a réussi à poser pour la première fois une délimitation globale du réchauffement climatique; un deuxième succès qu'on peut lui accorder c'est la politique vis-à-vis de l'Iran: il a réussi à maintenir une politique de fermeté de la France tout en aboutissant à un dialogue qui se termine bien, puisque la visite de Rohani a montré que les relations ont fini par bien aboutir. Et enfin, le rattachement de deux volets spécifiques: le commerce extérieur et le tourisme.

    Les points loupés sont les dossiers syriens et libyens, dans lesquels Fabius s'est positionné en rupture avec son collègue de la Défense; son changement de ligne avec Al Assad expliquerait une dissonance au sein du gouvernement français; en Libye, en étant partisan d'une non-intervention, alors que le ministère de la Défense prépare une potentielle intervention. »

    Cela nous permet d'aborder cette question: pourquoi démissionne-t-il? Y-a-t-il eu des difficultés avec le reste du gouvernement?

    « Je pense que les remaniements sont des étapes incontournables dans un gouvernement. (…) Fabius a une longue carrière derrière lui, et il est très respecté par l'opposition. C'est donc plus une question de contexte, que d'opposition avec le gouvernement. Le temps était venu de mettre une évolution; (…) ça n'a rien à voir avec le départ de Christiane Taubira motivé par des dissensions politiques fortes. »

    Qui prendra sa place aux Affaires Etrangères? Le nom de Ségolène Royal circule, celui de Martine Aubry aussi (alors que celle-ci a refusé de prendre part au gouvernement présidé par Hollande).

    «Il y a plusieurs noms qui circulent. Tant que l'annonce n'est pas faite officiellement, je ne pourrais pas vous dire.»

    Inversement, il prendra la place de Jean-Louis Debré au siège de Président du « conseil des sages ». Honneur du titre, ou placard politique?

    « Le Conseil Constitutionnel c'est une institution qui a pour rôle de vérifier la constitutionnalité des lois du pays, de référendums et d'accords internationaux (…); M; Fabius est un homme d'une expérience avancée, et il ne peut plus se permettre de continuer sur des postes aussi ancrés sur l'actualité; (…) le Conseil Constitutionnel est quand même une institution respectée et écoutée; il est à la tête du Conseil, une position importante, et pas un placard. »

    Francois Hollande
    © REUTERS / Vincent Kessler
    En habitué des postes importants, Laurent Fabius n'aura pas démérité de l'intérêt qu'on porte pour lui. Le personnage ne rend pas indifférent; on l'aime ou pas. Dans la lancée de son départ de l'international, il aura lancé « Visit French Wine », une sorte de site officiel du tourisme lié à la viticulture, regroupant pas moins de 15 entreprises. En cumulant avec Rue de Montpensier, Fabius cumulerait-il les retours aux sources, à défaut d'avoir cumulé les résultats à l'étranger?

    Toujours est-il que son successeur aura du pain sur la planche: remettre la France en position de force sur la scène internationale, s'assurer ses partenaires traditionnels tout en cherchant de nouveaux, faire front face à DAECH, continuer une politique de rétablissement de liens avec la Russie, l'Union Européenne. Bref, ce poste n'est pas à la portée du premier venu, et nous verrons comment l'ancienne compagne de Hollande (si jamais elle devait devenir la cheffe de la diplomatie française) arrivera à relever ces défis. Après tout, pour succéder à Babar l'éléphant, qui de mieux que Minnie la souris qui l'a dérouté aux primaires socialistes de 2006?

    Les opinions exprimées dans ce contenu n'engagent que la responsabilité de l'auteur.

    Lire aussi:

    Fabius n'envisage plus un départ de Bachar el-Assad avant une transition politique
    Laurent Fabius envisage que l'armée syrienne participe à la lutte contre l'EI
    Fabius détecte une "ouverture des Russes" dans la lutte contre l’EI en Syrie
    Syrie: Fabius prône à nouveau un gouvernement d'union nationale
    Tags:
    Conseil Constitutionnel, ministère français des Affaires étrangères, Romain Mielcarek, Laurent Fabius, France
    Règles de conduiteDiscussion
    Commenter via FacebookCommenter via Sputnik