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L'agence Sputnik qui vient d'ouvrir à Riga, et qui s'adresse à la population en letton et en russe, pourrait se voir fermée rapidement, à en croire le député européen letton qui parle d' "arme russe" et d'outil de propagande. Mais quid des russophones lettons et de leur accès à l'information ? Et la liberté de la presse?

Anne Hamidou a récemment écrit dans Le Monde un grand article consacre à la liberté de la presse… en Afrique. « Les Etats ont montré leurs limites dans la protection des journalistes et, plus largement, dans le domaine de la liberté de la presse. Liberté nécessaire et non négociable. Souvent, ils en sont même les premiers fossoyeurs à force d'interdictions de medias et de vendetta par le biais de pressions économiques ».

Il se trouve que ces paroles sont aussi valables pour d'autres contrées que les pays africains. Aujourd'hui, alors qu'il est plutôt facile de trouver une information, tout comme il est assez facile de trouver différents points de vue sur une même question, l'ouverture du site Sputnik en Lettonie qui fonctionne depuis le 14 février dernier en russe et en letton suscite beaucoup de controverses.

Le député européen de Lettonie Roberts Zïle ainsi qu'un certain nombre d'hommes et femmes politiques de Lettonie, ont déclaré que l'ouverture d'antenne de Sputnik à Riga qui était une arme russe et qu'il faudrait trouver un moyen de fermer cet « outil de propagande » La Police de sécurité de Lettonie a aussi prévenu qu'elle passerait au peigne fin chaque publication de l'agence d'information Sputnik.

En même temps, les autorités publiques de Lettonie sont incapables de présenter l'information en russe à leurs citoyens. « Notre rôle, celle des russes de Lettonie, n'est absolument pas celle d'exprimer notre position: qu'elle soit loyale ou déloyale. Notre rôle est de servir d'épouvantail, pour que les politiciens Lettons avec mines démonstrativement horrifiées nous montrent aux électeurs, et les militaires de l'OTAN — à leurs gouvernements distribuant l'argent à l'industrie de défense, » — a écrit l'écrivain Alexeï Evdokimov récemment.

L'appel à fermer les medias fait-il partie de l'arsenal de moyens à la portée du parlement européen?

Cet appel à la fermeture de Sputnik, fait-il partie de la guerre hybride d'idéologies en Europe?

« Le Parlement et les institutions Européennes d'une manière générale, tendent depuis les nombreux mois à restreindre les libertés individuelles et la liberté d'expression, - affirme le Député Européen Nicolas Bay, — Alors même que la liberté d'expression et la liberté de la presse sont au cœur des valeurs de la civilisation européenne. Il est normal que les medias puissent s'installer, exercer librement leur profession sur l'ensemble du continent européen.

Je m'insurge contre la volonté de certains, pour des raisons purement politiciennes, d'essayer d'entraver cette liberté de presse qui doit pouvoir s'exprimer qu'elle que soit les sensibilités politiques et les orientations des medias concernes. Je crois que la liberté de la presse et la liberté d'expression doivent être défendus comme des valeurs cardinales en Europe.

Au Front national, nous sommes très attachés à cette liberté d'expression, parce qu'elle nous est parfois contestée. Parfois on ne peut pas s'exprimer librement sur des sujets aussi fondamentaux que, par exemple, la migration massive. Or, il est absolument nécessaire de pouvoir le faire. Ce que je vois aujourd'hui, qu'en France avec la Loi sur le renseignement, on a des élites politiques qui essayent restreindre la liberté d'expression, des libertés numériques, restreindre des libertés individuelles. C'est une dérive inquiétante que nous allons combattre ».

Une autre Députée Européenne, Dominique Bilde, voit dans cet évènement « un nouvel exemple de crispation de la part de l'Union européenne, qui, sentant la maison brûlée, cherche à attaquer ses voisins. Cet exemple de propagande eurocrate n'est d'ailleurs pas un acte isolé: il faut savoir que les coordinateurs de la commission culture du Parlement européen débattront mercredi matin de la possibilité de rendre un avis sur « la communication stratégique de l'UE pour contrer la propagande contre elle par des tiers ». Il est presque évident que le rapport en question mettra en cause la Russie et les médias dits +pro-russes+ ».

D'après l'eurodéputée « L'UE n'accepte donc aucune voix dissonante », mais elle rassure, par ailleurs: « Heureusement, il reste des voix en Europe pour oser défendre la liberté d'expression »

On se rappelle que le parlement letton a approuvé fin novembre 2015 sa nouvelle doctrine de sécurité où la lutte contre les menaces potentielles émanant de la Russie occupe une place centrale. Le document mentionne non seulement un « risque direct », comme dans le cas de l'Ukraine, mais aussi le travail médiatique. On souligne particulièrement les « tentatives de dresser les habitants de la république lettone contre l'Otan, ce qui demande l'élaboration d'une approche complexe pour prévenir et affaiblir ce genre de menaces ».

Ainsi, en Lettonie on veut garder le contrôle non seulement sur ses frontières, ses terres, sur les medias, mais aussi… sur les esprits de ses citoyens.

Les opinions exprimées dans ce contenu n'engagent que la responsabilité de l'auteur.

Les opinions exprimées dans cet article n'engagent que la responsabilité de son auteur. Elles ne reflètent pas nécessairement la position de la rédaction de Sputnik.

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Tags:
liberté de la presse, Le Monde, Sputnik, Nicolas Bay, Roberts Zïle, Dominique Bilde, Riga, Lettonie, Russie
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