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    Abattoirs français : douce souffrance, cher pays de mon enfance

    © AFP 2019 FRED DUFOUR
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    Des images de tortures animales insoutenables. L’association L214 pousse une nouvelle fois la porte d’un abattoir et les images qu’elle nous livre ne sont pas belles à voir. Malgré une mise à mort animale très règlementée, les abus perdurent : mélange de dysfonctionnements divers, d’impunité et de bêtise humaine.

    Difficile de s'introduire dans un abattoir. A chaque demande d'autorisation, l'association L214 essuie un refus. Ou pire, elle reçoit une lettre qui se veut rassurante sur le bien-être des animaux, dans ce lieu où on les tue à la chaine. L'abattoir d'Ales dans le Gard avait usé de cette feinte en octobre: loupé. Quatre mois plus tard, c'est l'abattoir bio du Vigan, dans le Gard toujours, qui est visé. La vidéo, tournée en caméra cachée et présentée par Nili Hadida, la chanteuse de Lilly Wood and The Prick, montre des images insoutenables. En principe, les animaux doivent être étourdis et insensibilisés avant leur mise à mort. Et cette insensibilisation doit être maintenue jusqu'à la mort de l'animal: mais sur la vidéo, on voit un abattoir mal équipé et un personnel qui se fiche royalement des normes de base. Sébastien Arsac, porte-parole de l'association L214 (en référence à l'article du code rural, premier texte de loi désignant les animaux comme « êtres sensibles »), commente les images:

    On voit très bien qu'il y a des animaux qui retrouvent leur sensibilité, leur conscience sur la chaîne d'abattage, par exemple un bovin suspendu par une patte: on voit des comportements de relevé de tête, de reprise de respiration rythmique qui laissent supposer qu'il y a une reprise de conscience. La réglementation exigerait qu'il y ait un étourdissement de secours et là ce n'est clairement pas le cas. Il y a des équipements qui ne sont pas du tout adapté à l'étourdissement des animaux. Par exemple, pour les bovins c'est très mal conçus, d'habitude les opérateurs sont sur le côté du piège pour pouvoir étourdir avec un pistolet perforant, pour trépaner la tête des bovins. Normalement, il s'approche sur le côté pour ne pas énerver le bovin, alors que là le piège est très mal fait, ce qui fait que l'opérateur est obligé de venir à l'avant du bovin faire de la gymnastique pour essayer d'atteindre la tête du bovin, ce qui fait que l'étourdissement est raté.

    Les animaux ne meurent pas différemment dans les abattoirs bios. Les images diffusées par L214 ont été tournées entre juin 2015 et février 2016 dans l'abattoir du Vigan, un petit établissement intercommunal, certifié bio par l'organisme Ecocert. Tous les ovins, bovins, porcins et caprins proviennent d'exploitations dans les 100 km alentours. Mais bio ne veut pas forcément dire éthique. Maltraitance et négligence semble faire partie du quotidien des animaux. Certaines images révèlent des sévices: on y voit par exemple un employé s'énerver contre des moutons, donner des coups et en jeter un par-dessus des barrières. En retombant, il se fracture une patte. Un autre employé s'amuse avec la pince électronarcose, cette pince électrique qui est censée étourdir les animaux. A côté d'un collègue hilare, il donne des coups brefs sur la tête d'un mouton, parce que ça le fait tressauter. Et c'est sans parler des saignées sur des animaux encore conscients. Sébastien Arsac constate malheureusement que ce sont des infractions que l'on retrouve souvent, quand on peut avoir un regard sur la mise à mort des animaux dans les abattoirs.

    Il y avait un témoignage suite à ces images là d'un ancien travailleur d'abattoir qui a travaillé pendant 30 ans et qui est à la retraite. Il disait qu'au bout d'un moment, on est complètement insensibilisé, c'est-à-dire qu'on a juste envie que la journée se termine, on ne voit plus l'animal comme un être sensible qui peut souffrir, avoir des douleurs, etc. Je pense qu'à un moment donné, il y a une espèce de routine qui se met en place, et c'est plus pour passer le temps, s'occuper, c'est de ce niveau-là. Je pense qu'il y a une déconnexion qui est faite, une habitude qui rend aveugle et indifférent. Je mettais retrouvé dans un abattoir de poules pondeuses de réforme, et il y avait un employé qui s'amusait à aller chercher les œufs directement en introduisant sa main dans le corps des poules pondeuses, qui étaient suspendues et conscientes. Pour faire le malin. C'est des actions beaucoup plus fréquentes qu'on ne l'imagine.

    La réglementation européenne (854/2004 CE) exige pourtant qu'un vétérinaire soit présent chaque jour d'abattage afin de procéder à des inspections et garantir le respect des normes de protection animale. Etait-ce vraiment le cas à Vigan? Le lieu a été provisoirement fermé. L'association a déposé une plainte contre l'abattoir et demande également aux sympathisants d'interpeler leur député ou sénateur pour demander la mise en place d'une commission d'enquête parlementaire: l'occasion de faire un réel d'état des lieux des abattoirs, pointer précisément les dysfonctionnements sur les contrôles et les responsabilités de chacun. Les choses bougent, mais Sébastien Arsac nous fait part d'un certain pessimisme sur la volonté des politiciens:

    J'ai peur que non. En tout cas au niveau gouvernemental aujourd'hui, il y a des belles déclarations du ministère de l'agriculture, notamment Stéphane Le Foll, qui se dit choqué, qui va envoyer des instructions aux préfectures. Mais on voit très bien que dans les faits, il y a plutôt un soutien aux filières, notamment à la FNSEA qui est le syndicat qui défend un model très productiviste en France. Donc c'est plutôt dans ce sens-là: défense des gros producteurs céréaliers, d'élevage standard. Hélas, il n'y a pas beaucoup de perspective ni de volonté politique de faire avancer les choses à ce niveau-là. Ça c'est sûr. C'est plutôt, hélas, le règne de l'argent, comme dans plein d'autres secteurs en général.

    Les caméras cachées qui ont filmé les « coulisses » de l'abattoir bio du Vigan, révèlent de nombreuses infractions: au règlement européen, qui stipule que toutes souffrance évitable doit être épargné à l'animal lors de sa mise à mort, au code rural qui stipule que toutes précautions doivent être prises pour épargner à l'animal excitations, douleurs ou souffrances pendant les opérations d'immobilisation, d'étourdissement, d'abattage ou de mise à mort. Lorsqu'il s'agit un problème sanitaire, les autorités sont plus promptes à répondre: mais la question de la protection de l'animal ne doit pas passer à la trappe.

    Les opinions exprimées dans ce contenu n'engagent que la responsabilité de l'auteur.

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    Tags:
    abattoir, animaux, tortures, France
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