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    Sommet de Genève pour les Droits de l’Homme et la Démocratie

    Un sommet à Genève pour les damnés de ce monde

    © Photo. Facebook/Geneva Summit
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    Marco Rumignani
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    Mardi 23 Février, Genève a accueilli la neuvième édition du Sommet de Genève pour les Droits de l’Homme et la Démocratie.

    Regroupant plusieurs ONG, ce sommet se tient chaque année, en parallèle des conférences onusiennes, invitant cette fois-ci des juristes turcs, des blogueurs saoudiens et une députée yézidie.

    Organisée par l'organisation non-gouvernementale (ONG) UN Watch, cette conférence est l'occasion de faire parler ceux qui ne peuvent s'exprimer dans leurs pays, en se focalisant sur la société civile. Cela se déroule en parallèle des sessions du Conseil des Droits de l'homme de l'ONU, qui souvent laissent des représentants officiels de pays autoritaires dénoncer les violations de droits de l'homme dans d'autres pays.

    Le but de la conférence est donc bien de laisser la parole à des individus impliqués, et non à des diplomates; et elle est accessible à tous, ôtant la nature élitiste que l'on reproche souvent aux conférences internationales. Chaque année, de plus en plus de participants et d'observateurs, s'y rendent, diversifiant davantage le panel de sujets traités.

    Cette année, des figures venues spécifiquement du Moyen-Orient ont fait le déplacement pour donner leurs témoignages des violences perpétrées dans cette région. On retiendra notamment Mme Ensaf Haidar, l'épouse du blogueur saoudien Raif Badawi (qui avait été condamné à 1000 coups de fouets et 10 ans de prison).

    M. Orhan Kemal Cengiz, juriste turc s'est aussi exprimé sur les droits de l'Homme dans son pays. Enfin, Mme la députée irakienne Vian Dakhil a ouvert la conférence en dénonçant la situation da la population yézidie en Irak depuis 2014.

    ​Différents pays, différentes personnes, qui soulèvent de nombreuses questions. Mlle Christina de Castro, coordonnatrice des relations avec les donateurs au sein de l'ONG Asian Pacific Women's Center, nous explique ce que le témoignage de ces invités a pu révéler:

    « Au regard de ce qu'il s'est passé, 3000 personnes ont été tuées en une journée en 2014 dans la région de Sinjar; 90% des Yézidis vivent comme des réfugiés ou des personnes déplacées, ce qui se chiffre à 400 000 personnes qui vivent dans des tentes dans le Kurdistan irakien, dans le froid, sans eau ni nourriture. La plupart des villages Yézidis ont été détruits. 1060 enfants de 5 à 10 ans sont retenus par DAECH dans une école, où ils sont entraînés à devenir des djihadistes. »

    Mme Dahkil a pu en effet relever que des jeunes filles étaient vendues comme esclaves sexuelles pour des sommes entre 10 et 20 Dollars. 5800 filles ont connu ce sort; 2200 d'entre elles ont pu s'échapper ou être rachetées. Ces violences ont été perpétrées à l'encontre de la population Yézidie du fait de sa religion.

    Le docteur Jan Ilhan Kizilhan, un psychologue allemand a travaillé dans une clinique pour les femmes ayant été sexuellement abusées par DAECH, peut à son tour témoigner des chiffres. Des jeunes patientes ont été vendues par DAECH sur des marchés comme du bétail à des gens venant d'Egypte, de Tunisie, du Qatar, de Turquie. 1100 femmes ont pu être accueillies en Allemagne pour recevoir un traitement médical. 7 Millions de personnes vivent au Kurdistan, face à DAECH, qui est selon les dires du docteur, une organisation « totalitaire et fasciste »; toutes les minorités sont visées: chrétiens, chiites, Kakais. Ce sont des groupes oubliés par le reste du monde.

    C'est un génocide qui a lieu. Un génocide qui en renvoie à d'autres.

    La situation des droits de l'homme en Turquie a aussi été évoquée. Le juriste turc Orhan Kemal Cengiz a déclaré que la Turquie est sous un régime militariste et islamiste. Erdogan a ravivé volontairement la guerre contre le PKK, afin d'obtenir le soutien politique des nationalistes turcs.

    Christina de Castro: « L'accès à internet en Turquie, tout comme le droit du peuple turc à s'exprimer, et la liberté de la presse sont des exemples de violations graves de droits de l'Homme. La Turquie est dans une situation où des enfants sont emmenés au tribunal pour « insultes faites au président ». Un médecin a été jugé pour un post sur Facebook, qui dépeignait Erdogan en Gollum du Seigneur des Anneaux. Donc même des critiques minimes finissent en prison. Aujourd'hui, même la star internationale du football Hakan Şükür prend le risque d'écoper de 4 ans de prison, après avoir été accusé d'insulter le président sur Twitter. Ironiquement, lors d'une conférence de presse avec Angela Merkel, le Premier Ministre Davutoglu a déclaré que les journalistes étaient libres de le critiquer, alors qu'au même moment, 3 journalistes recevaient des sentences pénales pour l'avoir critiqué; en d'autres termes, sentez-vous libres de critiquer, si vous vous sentez prêts à être punis. »

    Mme Ensaf Haidar, dont le mari a été emprisonné depuis 6 ans pour avoir fondé un site internet («les Libéraux Saoudiens »), pour avoir critiqué les violences perpétrées par la police religieuse, et pour avoir alerté la communauté en ligne sur les dangers de l'extrémisme en vogue dans le Royaume Saoudien, s'est aussi prononcée. En exil au Canada, Mme Haidar croit encore en la possibilité d'une grâce accordée par le roi saoudien.

    Christina de Castro: « Le fait est que Madame Haidar (l'épouse du bloggeur saoudien Raif Badawi) ne pouvait pas beaucoup parler au sujet du Roi d'Arabie Saoudite, par peur de représailles sur sa famille qui est restée là-bas. Le journaliste Tom Gross, journaliste et expert du Moyen-Orient nous a informé que depuis l'accession au trône du Roi Salmane, la situation des droits de l'Homme s'est considérablement détériorée. Le nombre d'exécutions a tellement augmenté, que les autorités saoudiennes ont publié des annonces d'embauche pour de nouveaux bourreaux; des gens s'entrainent pour « préparer » leur entretien d'embauche. Le pays est devenu le troisième pays au monde en termes d'exécutions, après la Chine et l'Iran. »

    Il faut rappeler en effet que l'Arabie Saoudite a procédé à 153 exécutions en 2015, la plupart des décapitations, à l'instar de celles commises par DAECH et Al-Qaeda.

    Des témoignages difficiles, durs, mais qui mettent face au fait accompli, face à la réalité, à des années-lumière de la langue de bois diplomatique. Ceci s'est produit, quelques jours avant la 31ème session du conseil des Droits de l'Homme au sein du même bâtiment à Genève.

    Certaines ONG peuvent faire l'objet de critiques quant à leur mode de fonctionnement (certaines travaillant pour un gouvernement, elles deviennent des « Governmental NGO », ou « GONGO »), ou quant à leur objectivité.

    Mais le but d'une ONG est de permettre à ceux n'étant pas diplomates d'agir sur le plan international. Durant le Sommet de Genève pour les Droits de l'Homme et la Démocratie, ce but a été atteint. N'ayant pas la prétention de changer le monde du jour au lendemain, les ONG permettent de lever le voile sur ce qu'on ne voit, ni n'entend. A l'instar des médias indépendants.

    Les opinions exprimées dans ce contenu n'engagent que la responsabilité de l'auteur.

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    Tags:
    droits de l’homme, ONG, société civile, sommet, conférence, Conseil des droits de l'homme de l’ONU, Genève
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