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L’humanisme semble avoir prévalu en Europe sur le cynisme économique et l’intérêt commercial. A une large majorité les eurodéputés ont dit NON aux ventes d’armes à l’Arabie Saoudite connue pour son attitude impitoyable vis-à-vis des êtres humains.

Malgré des contrats juteux que certains pays européens dont la France ont tendance à conclure avec la pétromonarchie, les élus européens exigent un embargo sur les ventes d'armes au principal partenaire commercial de l'Europe dans la région du golfe Persique.

« Les frappes aériennes de la coalition menée par l'Arabie et le blocus naval qu'elle a imposé au Yémen (…) ont conduit à des milliers de morts et ont encore déstabilisé davantage le Yémen », a martelé le Parlement européen expliquant son initiative adressée à la haute représentante de l'Union européenne pour les affaires étrangères, Federica Mogherini. « Un appel sans précédent », « une première historique » reflétant la frustration croissante devant la guerre menée par l'Arabie Saoudite au Yémen, c'est ainsi qu'ont réagi des europarlementaires à l'issue du vote. Mais selon certains d'entre eux, la situation des civils au Yémen a été la dernière goutte qui a fait déborder le vase. Les Européens ont beaucoup de questions à poser à l'Arabie Saoudite. L'eurodéputé Gilles Lebreton a expliqué sa position dans une interview à Sputnik:

« L'Arabie Saoudite est considérée malgré tout comme un partenaire. Mais ces derniers temps depuis que le terrorisme a connu une certaine recrudescence, de plus en plus de parlementaires au sein du Parlement européen émettent des doutes sur la fiabilité de l'Arabie saoudite comme partenaire. Nous souhaitons que l'Arabie Saoudite clarifie sa position. Officiellement, elle lutte contre l'Etat islamique bien entendu mais par le passé c'était beaucoup moins clair et puis surtout nous, nous estimons qu'elle développe tout de même une conception d'islam radical qui a facilité l'émergence de l'EI. Maintenant ils [l'Arabie Saoudite et le Qatar] deviennent victimes à leur tour d'ailleurs — le monstre qu'ils ont créé se retourne contre eux. Mais pour autant n'oublions pas leur part de responsabilité. Et puis aussi nous constatons que ce sont des Etats qui, sur le plan interne, ont une attitude qui nous inquiète un peu: la liberté d'expression ne se porte pas bien, la liberté de religion n'existe pas…».

La joie des partisans de l'embargo est largement partagée par différentes ONG et les défenseurs des droits de l'homme. Parmi eux l'association internationale Avaaz qui avait lancé une pétition adressée aux hommes politiques. Les militants demandent de suspendre toute vente d'armes à l'Arabie Saoudite. Aujourd'hui l'organisation se félicite du succès sur son site.

« Le Parlement européen vient de voter un embargo sur les ventes d'armes à l'Arabie Saoudite. C'est une déclaration historique pour des responsables politiques européens qui signifie très clairement que l'Arabie Saoudite ne devrait pas être autorisée à acheter des armes à des pays européens alors que l'ONU soutient que ce régime serait coupable de crimes de guerre. Maintenant, faisons en sorte que les pays européens prennent acte de cette déclaration. Ne relâchons pas notre effort tant que ne cessera pas ce commerce macabre! »

La pétition a déjà récolté plus de 740 000 signatures. Entre temps la situation dans l'un des pays les plus pauvres du monde arabe qu'est le Yémen reste préoccupante. Au moins 6000 personnes dont la moitié sont des civils ont péri et environ 30 000 ont été blessés depuis que la coalition de pays arabes guidée par l'Arabie saoudite a entamé son offensive au Yémen il y a près d'un an. L'ONU met en évidence 119 violations du droit international humanitaire enregistrées lors du conflit. Même si la résolution du Parlement européen n'est pas contraignante, c'est un signal fort envoyé à Riyad, indique Gilles Lebreton.

« L'instance qui aura le dernier mot en la matière ce n'est pas la Commission de Bruxelles qui quand même est une instance technique. C'est le Conseil européen qui regroupe les chefs d'Etat et de gouvernement. Pour moi c'est le Conseil qui sur les domaines aussi politiquement sensibles aura le dernier mot. Il me semble que ce vote peut aussi être interprété comme une pression mais peut-être pas réellement comme une volonté ferme et définitive de décider des mesures aussi graves qu'un embargo.

L'Arabie Saoudite est actuellement l'un des principaux clients de l'Allemagne, de la France, du Royaume-Uni, de l'Espagne et de l'Italie. Les dépenses militaires de ces pays au Moyen Orient ayant augmenté depuis 2013. Les échanges entre la France et l'Arabie Saoudite atteignent plus de 10 milliards d'euros. Qui plus est, la France investit des sommes considérables dans l'entraînement des Saoudiens sur le sol français. Fin 2015, la région Lorraine a versé une subvention de 600 000 euros à une entreprise censée former des militaires saoudiens au maniement de chars. Cette bonne entente n'est pas d'ailleurs au goût de tout le monde en France. De plus en plus de voix s'élèvent contre l'ambiguïté des rapports avec l'Arabie Saoudite. Gilles Lebreton s'explique:

« Il y a deux positions qui s'affrontent au sein des parlementaires français, ils ne votent pas tous de la même façon. Il y a ceux qui privilégient la vente de notre industrie d'armement… Et puis il y en a d'autres qui à l'inverse estiment que l'Arabie Saoudite ne joue pas toujours un rôle très clair notamment dans sa position contre l'islamisme radical. Hier ces derniers ont été en majorité ».

Riyad prévient l'UE que le fait de ne pas agir par rapport à la situation au Yémen puisse avoir de graves conséquences sur le plan géopolitique. Et oui, l'Arabie Saoudite risque de perdre son influence dans la région ce qui aurait des conséquences importantes pour ses voisins comme le Yémen ou la Syrie où la paix sera enfin rétablie.

Les opinions exprimées dans ce contenu n'engagent que la responsabilité de l'auteur.

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Tags:
livraisons d'armes, ventes d'armes, embargo, armements, Parlement européen, Etat islamique, Gilles Lebreton, Federica Mogherini, Golfe persique, Qatar, Arabie Saoudite, Europe, Yémen, France
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