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Un point noir dans le ciel bleu de Roissy. Un Airbus A320 d'Air France reliant Barcelone à Paris a frôlé un drone le 19 février dernier alors, qu'il s'apprêtait à atterrir à l'aéroport de Roissy Charles-de-Gaulle.

Le Bureau d'enquêtes et d'Analyses pour la sécurité de l'aviation civile (BEA) a ouvert une enquête sur ce sujet mais se contente pour l'heure de descriptions laconiques sur les circonstances de l'incident: « Le copilote déconnecte le pilote automatique et effectue une ressource souple tout en informant le commandant de bord de la présence du drone. Le commandant de bord voit le drone et estime qu'il passe environ cinq mètres en dessous de l'aile gauche de l'avion ». Le BEA ne dispose pas d'informations sur le type de drone qui a, lui, sereinement continué sa route. Le président de la fédération professionnelle du drone civil, Stéphane Morelli, estime qu'amener un drone à une telle altitude ne peut relever que d'une pratique amateur:

« On n'a pas beaucoup d'informations sur les auteurs. En revanche, on sait que c'est un drone multirotor et vu l'altitude à laquelle il volait, on pense que c'est probablement un drone utilisé par quelqu'un qui l'utilise pour des raisons de loisir, qui a probablement été inconscient du contexte dans lequel il l'utilisait, ou peut-être qu'il a fait un concours d'altitude, ou peut-être qu'il a des intentions malveillantes. Toujours est-il que s'agissant des deux autres types d'utilisateurs de drones, c'est-à-dire les militaires et les professionnels, on ne voit pas les motivations qui auraient été celles de ces deux catégories. Les militaires connaissent très bien l'espace aérien et sont tout à fait conscients des risques. S'agissant des professionnels, nous avons une règlementation que nous appliquons depuis plus de trois ans, et qui bien sûr nous empêche de faire ce genre d'incident dans la mesure où l'altitude maximum d'évolution d'un drone, c'est 150 mètres ».

Non seulement l'appareil a dépassé de 10 fois l'altitude autorisée, mais il n'avait strictement rien à faire dans un couloir aérien. Le BEA a qualifié l'incident de "grave". Effectivement, le pire scénario aurait pu arriver, au vu de l'altitude et du faible niveau de manœuvrabilité d'un Airbus. A 500 ou 600km/h, le choc aurait pu créer une catastrophe aérienne, fracturant un pare-brise, le cockpit, ou bloquant dans un réacteur. Il est peu probable que l'on puisse retrouver l'identité de l'opérateur et déterminer s'il s'agit d'acte de malveillance, d'inconscience ou d'une perte de contrôle de l'appareil. Stéphane Morelli déplore le fait que lorsque l'on achète un drone de loisir dans le commerce, rien n'oblige à se faire enregistrer.

« Je suis assez pessimiste sur le fait qu'on retrouve un jour cette personne. Si vous achetez un drone de loisir dans le commerce, et c'est bien tout le problème que cela nous pose, il n'y a à ce jour aucune obligation d'identification. Et c'est pour cela que nous militons, en relation avec les pouvoirs publiques, pour que cette activité des drones de loisir soit beaucoup plus sérieusement encadrée avec la nécessité d'enregistrer ce type de drone à l'achat, de faire en sorte qu'ils aient, en fonction de leur gabarit, une puce qui puisse permettre de les identifier ».

Les règles encadrant les drones de loisir sont strictes, mais pas immuables. Stéphane Morelli a récemment été auditionné par le Sénat: une proposition de loi est en cours d'étude, qui vise à renforcer les normes d'utilisation des drones. Lorsque des incidents de ce type surviennent et sont rattachés à des appareils de loisirs, c'est aussi le secteur professionnel qui risque d'en pâtir. Stéphane Morelli préconise par exemple que les drones de loisirs aient des performances limitées.

« Il y a une proposition de loi qui est en cours de rédaction à l'Assemblée Nationale et au Sénat, qui vise justement à sensibiliser, former ou du moins informer les utilisateurs de drones de loisir. Faire en sorte que ces utilisateurs s'enregistrent à l'achat, qu'on mette en place une capacité de détecter en temps réel le drone pendant qu'il vole, avec une puce ou un tracker. Et aussi, et c'est ce que nous avons dit au Sénat lorsque j'ai été auditionné cette semaine, avec la nécessité de limiter les performances des drones de loisir, de les rendre petits, incapables de voler à de telles altitudes, et donc inoffensifs.

Il y aurait environ 200 000 drones de loisir en France. Ces appareils peuvent effectivement représenter un risque accru pour l'aviation civile, même si tous ne volent pas si haut et si longtemps. Pour l'heure, les résultats de l'enquête sur la nature du drone et le déroulement des faits ne sont pas connus.

Les opinions exprimées dans ce contenu n'engagent que la responsabilité de l'auteur.

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Tags:
enquête, incident, drone, Airbus A320, Bureau d'enquêtes et d'analyses (BEA) français, Air France, Stéphane Morelli, France
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