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    Le Brexit ouvrira-t-il la voie au Frexit ?

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    Victoria Issaïeva
    Le Royaume-Uni en attente du référendum sur le Brexit (2015) (77)
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    Tentés par l’exemple britannique, les Français veulent, eux aussi, être consultés sur l’UE. Ils sont actuellement 53 pour cent à réclamer un référendum sur le « Frexit ». Le chiffre provient d’un sondage effectué par l’université d’Edimbourg et le cercle de réflexion allemand D/part.

    La France y est suivie par la Suède et l'Espagne avec respectivement 49 et 47 pour cent des partisans d'un référendum. Pour Pascal Cauchy, Secrétaire général de l'école doctorale de Sciences Po et chargé d'enseignement à l'Institut d'études politiques de Paris, ce n'est pas un résultat surprise.

    « Je pense qu'il s'agit de l'ombre portée d'un phénomène déjà plus ancien. Je rappellerais que les Français ont voté NON majoritairement au référendum sur le projet constitutionnel. Ce n'est pas nouveau. Il y a une défiance à l'égard des institutions européennes puisque nous savons depuis ce référendum que les Français sont majoritairement hostiles à toute forme supplémentaire d'intégration européenne. Le deuxième point, c'est la situation politique et économique actuellement vécue en Europe qui accentue cette défiance à l'égard de l'UE. Les dernières crises et les derniers phénomènes de protestation l'ont montré, notamment chez les agriculteurs. Je dirais la France n'est pas totalement différente des autres pays. On sent bien qu'il y a des grands courants d'opinion qui traversent toute l'Europe du Nord au Sud, de défiance à l'égard d'institutions que l'on considère sinon inefficaces, du moins inopérantes ».

    En effet, l'euroscepticisme monte en puissance en France. Le secrétaire national du Pôle de renaissance communiste Georges Gastaud l'explique ainsi: les difficultés qu'essuie actuellement la France sont créées par Bruxelles. C'est elle qui demande au pays de faire plus d'économies, c'est elle qui ne soucie pas des besoins des secteurs nationaux en panne comme le domaine agroalimentaire en France, par exemple. C'est toujours elle qui insiste sur des réformes ultralibérales et tout à fait impopulaires auprès des Français comme la réforme du code du travail. Enfin c'est elle, Bruxelles, qui négocie le Traité transatlantique et impose aux pays membres les réglementations qui détruisent leur économie, leurs traditions et leur savoir-faire.

    « La France depuis qu'elle est entrée dans l'UE va de plus en plus mal. Beaucoup de Français que le référendum sur Maastricht en 1992 à l'initiative de François Mitterrand a débouché sur quelque chose de très négatif pour notre pays. La France depuis cette date-là connait une crise, pas seulement économique mais une crise culturelle, morale puisque le « produire en France », les industries, l'agriculture ont été bouleversés. Nous avons largement le sentiment d'avoir perdu notre souveraineté… Maintenant il y a un grand mouvement en France notamment sur le droit du travail. On voit bien que tout ça est très lié à ce qu'on appelle la construction européenne. S'ils (les Français) étaient d'accord avec l'UE, il ne réclamerait pas un référendum pour y rester, on réclame un référendum pour sortir ».

    Le sondage allemand effectué la veille du référendum britannique a eu apparemment pour but de révéler ce qu'en pensent les Européens. Eh bien, à la question de savoir si « la Grande-Bretagne devrait quitter l'UE », les Français ont été également plus nombreux à répondre OUI. Ils sont 44 pour cent à croire que ce ne serait pas un désastre pour leurs voisins. Georges Gastaud estime que par cette réponse, les Français justifient leur éventuel vote pour le Frexit.

    « Les Français envient quelque part les Anglais d'avoir gardé une certaine souveraineté plus forte que la leur en Europe. Ils constatent en outre que si l'UE perdait la Grande-Bretagne, cela montrerait que celle-là survit et que ce n'est pas une catastrophe mondiale. Et que du coup ça pourrait aussi faire la preuve que la sortie de la France ne serait pas une catastrophe pour la France».

    Se souvenant sans doute des grandes concessions que l'UE a toujours faites à la Grande-Bretagne, les Français, tout comme les Allemands d'ailleurs, considèrent que « l'adhésion est bonne pour le Royaume-Uni lui-même plutôt que pour l'Union ». Mais à la différence des Allemands, les habitants de l'Hexagone n'ont pas du tout peur pour l'avenir des Britanniques en cas de Brexit.

    Le slogan de Margaret Thatcher I want my money back est jusqu'à présent très populaire (dans le sens propre et métaphorique) auprès des dirigeants anglais. Et ce qui est le plus intéressant, c'est que leurs revendications sont le plus souvent acceptées par Bruxelles. Pourquoi? Les Britanniques connaissent une recette excellente. A chaque fois qu'on ne les écoute pas, ils menacent de quitter l'UE… Il ne reste aux autres membres qu'avaler la pilule. Pour les Français, c'est un peu plus difficile que pour les autres vu les relations historiquement compliquées entre la France et la Grande-Bretagne. Pascal Cauchy raconte:

    « Il y a quand même un vieux fond anglophobe qui traîne en France depuis quelques siècles. Rappelez que l'adhésion de la Grande-Bretagne (à l'UE) a toujours été en France un sujet complexe. En 1963, le général de Gaulle avait refusé la candidature britannique. Le référendum de 1972 a connu un taux d'abstention record au moment de l'adhésion à la Grande-Bretagne. Si on ajoute à cela, des divergences et des points de tension assez forts comme à Calais actuellement, on a tout un panorama historique et politique qui expliquerait cette défiance ».

    L'effet domino voici ce qui effraye Bruxelles en cas de Brexit. De toute évidence, il y a de quoi s'inquiéter. Les pays moteurs de l'intégration européenne qui avaient été les premiers à former la Communauté économique européenne en 1957, se replient de plus en plus sur eux-mêmes. C'est le cas de la Belgique, de la France et de l'Allemagne qui se permettent de fermer leurs frontières ce qui met l'espace Schengen en péril. C'est le cas des Pays-Bas qui organisent un référendum sur le traité de libre-échange Ukraine-UE. Et voici qu'on voit les eurosceptiques et les souverainistes progresser au sein du couple franco-allemand. La victoire de l'Alternative für Deutschland aux dernières élections en Allemagne a été perçue en Europe comme un coup de tonnerre. Et si on organisait dans ces pays des référendums sur la sortie de l'UE? Pour le moment, aucune chance pour la France, estime Pascal Cauchy.

    « Un référendum? D'abord il faudrait pour cela qu'une question institutionnelle soit posée. D'autre part, la majorité des mouvements politiques ne poseront jamais cette question. Ce n'est ni leur intérêt, ni leur doctrine. L'idée d'un référendum comme il est actuellement envisagé en Grande-Bretagne est tout à fait improbable. Par contre, s'il y avait une modification des traités, il serait possible qu'un projet référendaire soit envisagé ».

    Onze ans après le rejet de la Constitution européenne, le nombre de Français qui se posent des questions sur la construction européenne reste presque le même. 54,7 pour cent en 2005 contre 53 pour cent en 2016. Mais les deux principaux partis de la France sont-ils prêts à un référendum à la britannique?

    Les opinions exprimées dans ce contenu n'engagent que la responsabilité de l'auteur.

    Dossier:
    Le Royaume-Uni en attente du référendum sur le Brexit (2015) (77)

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    Tags:
    Frexit, référendum, sondage, Union européenne (UE), Suède, Espagne, France
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