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    Nuit Debout

    Pourquoi Nuit Debout n’est pas un "Podemos" à la française

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    Marco Rumignani
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    Mouvement spontané pour les uns, buzz surfant sur le mécontentement social pour les autres, Nuit Debout a permis de réunir sur la Place de la République des milliers de personnes. À l’heure où le mouvement essaime un peu partout en France, Sputnik revient sur sa vraie nature. Assiste-t-on à la naissance d’un Podemos à la française?

    Les manifestations contre la loi El Khomri Khomri ont rassemblé des dizaines de milliers de personnes à travers la France. En parallèle, des mouvements étudiants ont bloqué lycées et facultés. Rien de spontané dans cette vague de protestation, qui a été coordonnée, organisée par les syndicats de salariés ou d'étudiants.

    La nouvelle Commune?
    © AFP 2017 Elliott VERDIER
    La nouvelle Commune?

    Des partis d'opposition, comme le NPA (Nouveau Parti Anticapitaliste) ou la droite souverainiste ont vu dans cette contestation un moyen de faire valoir leur opposition et d'obtenir une base politique. Cela s'appelle de la récupération électorale:

    Phénomène classique: de la contestation sociale à la récupération politique, il n'y a qu'un pas… que le mouvement Nuit Debout espère ne pas franchir. Son principe? Un rassemblement pacifique, tous les soirs depuis le 31 mars, place de la République pour témoigner de l'opposition à la loi El Khomri… mais pas qu'elle. Les stands, réunions debout et sittings qui animent la place parisienne bruissent de toutes sortes de revendications: l'arrêt des expulsions, le droit au logement, la fin de l'état d'urgence, le salaire de base universel…

    M. Daniel Debout, documentaliste et membre du mouvement, nous explique en détail:

    "Ce mouvement est né à l'occasion de la loi-travail que l'on refuse radicalement, mais il vise à une convergence des luttes, avec de nombreux mouvements de colère; par exemple la répression des syndicalistes de GoodYear, contre l'état d'urgence, le mal-logement, la politique de soutien de la France à des dictatures. Il s'agit de mutualiser toutes les colères, car c'est une politique globale que l'on conteste."

    Dans cette mosaïque, aucun syndicat de grande ampleur, aucun parti politique n'a été convié.

    Par exemple, le collectif "Ni guerres ni état de guerre" s'est installé sur la Place, avec ses revendications. Selon son représentant, l'état de guerre est tout ce qui est mis en place, en lien avec le terrorisme.

    On y retrouve aussi des membres de la Confédération Nationale des Travailleurs (extrême-gauche) et des stands proposant des revues d'inspiration anarcho-syndicaliste.

    Chaque soir depuis le 31 mars, des centaines de personnes sont présentes. Aucune violence, aucun casseur, aucun CRS. Des femmes des enfants, des jeunes, et des moins jeunes ont répondu présent depuis 5 jours au hashtag #NuitDebout.

    La comparaison avec Podemos est facile et la plupart des commentateurs ne se sont pas privés de faire le parallèle, voire l'amalgame entre le mouvement espagnol et Nuit Debout. De fait, ils partagent un même socle idéologique: une indignation citoyenne contre le système économique, politique et social occidental. Gauche de la gauche, souverainistes, anti-impérialistes ou altermondialistes, tous ont le même ennemi.

    Animés par l'autogestion et la démocratie participative, tous deux ont vu, autour d'une demande de base, se greffer d'autres revendications. Une organisation horizontale qui donne lieu à une nécessité d'organisation, basée sur la participation directe des personnes présentes: commissions, délégués, direction collégiale.

    Pour autant, en conclure que Nuit Debout est un clone français de Podemos serait aller vite en besogne.

    “Le fonctionnement de la démocratie participative”
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    “Le fonctionnement de la démocratie participative”

    Tout d'abord, Nuit Debout n'est pas un parti, contrairement à Podemos. Issu du mouvement des Indignés créé en Espagne en 2011, ce dernier a fini par s'enregistrer en Mars 2014comme parti politique. Nuit Debout n'a pas — pour le moment — de vocation électorale. Même si en se structurant, une organisation associative d'ampleur nationale pourrait en ressortir, avec à la clé la possibilité d'étendre le mouvement à l'étranger, cela n'en ferait pas un parti politique.

    Pas un parti, mais roulant pour les partis? Nuit Debout se défend de toute forme de récupération, comme nous l'explique Daniel Debout:

    "Ce rassemblement est politique; […] il cherche à mutualiser les combats; on n'a pas vu d'intervention politique explicite à l'intérieur; la récupération peut arriver, mais pour l'instant, ce n'est pas ce qu'on voit."

    Par ailleurs, Nuit Debout ne se réclame pas de gauche, contrairement à Podemos qui se déclare ouvertement de gauche antisystème.

    L'époque est aussi différente. En 2011, les Indignés s'opposaient à la spéculation boursière et aux effets de la crise de 2008. Depuis, le paysage mondial est boulversé: les attentats, la guerre en Syrie et en Libye, la fin de l'hégémonie américaine, l'arrivée au sein du parlement européen de partis antisystème de gauche et de droite. À contexte radicalement différent, mouvement différent, dans ses modalités et son ampleur. Autour d'un thème de protestation global, les Indignés ont essaimé dans le monde — on pense à "Occupy Wallstreet" et à la "Puerta del Sol" —, au point que des partis politiques en sont sortis. Rien de tel avec Nuit Debout, qui reste cantonné à la France.

    Grève contre la Loi Travail
    © AFP 2017 FRANCOIS NASCIMBENI
    "Le mouvement Nuit Debout peut être comparé aux Indignés qui occupaient des places, en sachant qu'on n'a pas atteint un degré de participation aussi massif qu'en Espagne; ce mouvement n'est pas structuré comme une alternative politique.", nous confirme Daniel Debout.

    Au risque de doucher certains enthousiasmes, Nuit Debout n'est pas pour l'instant le prochain Podemos.

    Les opinions exprimées dans ce contenu n'engagent que la responsabilité de l'auteur.

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    Tags:
    loi Travail, mouvement, manifestation, Podemos, France
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