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    Jean-François Clervoy

    Quatre cosmonautes français parlent de Yuri Gagarine et de la fête spatiale

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    Journée internationale du vol spatial habité (50)
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    Il y a 55 ans l’humanité contemplait pour la première fois la planète Terre depuis l'espace, au travers des yeux de Yuri Gagarine, le premier homme mis sur orbite.

    Aujourd'hui j'ai parlé à 4 cosmonautes qui ont suivi la route tracée par le pionner Russe. Pour commencer c'est la première femme française à avoir effectué un vol dans l'espace, Claudie Haigneré, une femme incroyable qui a gagné son rêve et a vécu une aventure humaine:

    Claudie Haigneré
    © Photo. Claudie Haigneré
    Claudie Haigneré

    Elle explique que le 12 avril ce n'est pas un jour comme les autres pour elle:

    Moi, j'étais sélectionnée par l'Agence française de l'espace en 1985 comme candidate-astronaute et je suis partie en entraînement en 1992 à la Cité des étoiles près de Moscou. Et j'ai eu la chance de faire deux missions spatiales: la première était en 1996 à bord de la station Mir et la seconde en 2001 à bord de la Station spatiale internationale. Ce que j'aime dire c'est que cette aventure spatiale, c'était non seulement la concrétisation d'un rêve, une aventure scientifique, une aventure technique mais que ça était surtout une aventure humaine. J'ai eu énormément de plaisir de passer ces presque dix années — de 1992 à 2001 — à la Cité des étoiles à échanger avec des cultures différentes aussi bien parce qu'il y avait effectivement des Russes puis les Américains sont arrivés, les Européens. »

    « Moi, je célèbre toujours ce 12 avril qui est le 55ème anniversaire du vol de Gagarine comme un moment qui a ouvert des nouveaux possibles pour l'humanité. Cette homme c'est le premier — c'est pour cela que j'ai parlé d'humanité, c'est une humanité qui est sortie de son berceau comme le disait Tsiolkovski — il était donc le premier, il a ouvert cette voie. C'est quelqu'un bien évidemment pour qui j'ai beaucoup d'admiration parce qu'en 1961 ce premier vol, c'était quand-même une sacrée aventure avec beaucoup de risque, donc voilà quelqu'un qui portait, qui n'était plus lui seul, Iouri Gagarine, il représentait l'humanité en acceptant cette mission et en acceptant de partir, il avait dépassé sa propre personne, j'ai beaucoup de respect pour cette attitude.»

    Le deuxième cosmonaute avec qui je me suis entretenue est Jean-François Clervoy, qui raconte à Sputnik combien il admire Yuri Gagarine et chante même une chanson russe des cosmonautes:

    Jean-François Clervoy
    © Photo. Jean-François Clervoy
    Jean-François Clervoy

    « Bien sûr, Yuri Gagarine est un symbole pour tous les astronautes, cosmonautes, spationautes. C'est le premier envoyé de l'humanité dans l'espace, c'est le premier à avoir eu le courage, l'audace de tester sa capacité en tant qu'être humain de vivre, de travailler, de raisonner — il faut aussi être capable de réfléchir normalement dans l'espace alors que le corps subit des bouleversements physiologiques incroyables, on le sait aujourd'hui, le système cardio-vasculaire, osseux, musculaire, vestibulaire, le système digestif, le système urinaire, le système de la vue. C'est un vrai pionnier, c'est notre grand frère à tous, c'est lui qui nous a ouverts la voie. Et lorsque lors de mon deuxième vol spatial, j'ai eu la chance de rentrer, de pénétrer dans la station spatiale russe Mir, voir la photo de Iouri Gagarine trôner au-dessus de la pièce centrale de la station spatiale, c'était quelque chose de très émouvant. On le voyait comme celui qui nous coachait, qui nous supervisait, qui nous avait précédés, qui nous accompagnait pendant toute la suite de nos vols. »

    Le troisième cosmonaute avec qui j'ai pu discuter est Patrick Baudry, qui partage avec nous ses souvenirs et parle de cette fête du 12 avril, comme la fête de l'humanité, la vraie:

    Patrick Baudry
    © Photo. Patrick Baudry
    Patrick Baudry
    ​« Gagarine pour moi c'est vraiment quelqu'un que j'admire intensément parce que pour avoir fréquenté tous ses camarades qui sont devenus des amis, j'ai bien compris que c'était quelqu'un d'exceptionnel en ce sens qu'il était bien sûr très motivé comme nous tous, la question n'est pas là, mais qu'il était extrêmement bon, il a fait vraiment l'unanimité partout où il passait notamment au milieu des astronautes et donc c'est quelqu'un pour lequel j'ai une admiration sans bornes et beaucoup d'affection. Lorsque j'étais à la Cité des étoiles, on avait été pour commémorer sa mort le 27 mars à l'endroit même où son avion était tombé. Et en même temps le 12 avril est une date très importante parce que c'est celle à laquelle pour la première fois un homme a été dans l'espace et a effectué une orbite autour de la Terre. Donc c'est une date extrêmement importante, c'est la fête de la cosmonautique mais c'est quelque chose que je célèbre, on s'appelle avec les amis russes, les cosmonautes ou autres qui participent à l'aventure spatiale. J'aime bien cette phrase qui est aussi une devise qui s'applique aussi bien à Gagarine justement et à beaucoup de gens qui donnent tout pour assumer leur passion et aller au bout de leurs objectifs. Cette phrase c'est: lorsqu'on n'a pas tout donné, on a rien donné.»

    Jean-Loup Chrétien est mon quatrième témoin, qui nous a répondu depuis Huston. Il se souvient de son premier vol aussi que de la longue histoire qui a débuté il y a 55 ans, quand Yuri Gagarine a regagné l'orbite en 9 minutes pour la première fois dans l'histoire de l'humanité:

    Jean-Loup Chrétien
    © Photo. Jean-Loup Chrétien
    Jean-Loup Chrétien

    « [De retour sur Terre] le premier enseignement, je pense, qu'on réalise quelque temps après et qu'on mijote pendant les années qui suivent, c'est que notre planète n'est pas bien grosse, elle est même toute petite puisqu'on en fait le tour en une heure et demie […] Une heure et demie c'est court et comme on peut voir des détails aussi petits que la place de l'Etoile à Paris qu'on voit à l'œil nu quand on passe au-dessus de Paris en orbite et un peu plus tard quand on passe au-dessus d'une autre grande ville dans le monde on peut voir aussi beaucoup de détails. Ça se déroule pas très vite, on a l'impression qu'on vole dans un avion de ligne, en croisière, et puis une heure et demie après on a fini, on a fait le tour […] On vit sur une petite boule et ce qu'on nous dit en permanence maintenant qui est très à la mode, qui est répété régulièrement: protégeons-là, prenons-en soin. C'est vrai, c'est une préoccupation qu'on doit tous avoir. »

    Jean-Loup Chrétien parle de Gagarine comme de celui qui a été le tout premier:

    « C'est une légende. C'est un homme-légende et quand on apprend plus tard en fréquentant ses amis, sa famille, que c'était un homme très attachant qui avait beaucoup de qualités humaines, qui a su faire autour de lui, il a su réunir beaucoup d'amis, on comprend que cette légende est méritée. Iouri Gagarine est un nom qui est inscrit dans l'histoire sur les plaques de marbre. »

    Joyeuse fête à tous ceux qui travaillent dans cosmonautique et à ceux qui rêvent d'aller dans l'espace!

    Poekhali!

    Les opinions exprimées dans ce contenu n'engagent que la responsabilité de l'auteur.

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    Dossier:
    Journée internationale du vol spatial habité (50)

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    Tags:
    astronautes, cosmonaute, espace, Cité des étoiles, Mir (station spatiale), Journée internationale du vol spatial habité, Journée russe de l'astronautique, Patrick Baudry, Jean-Loup Chrétien, Jean-François Clervoy, Claudie Haigneré, Youri Gagarine
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