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    Le grand Mufti de Turquie, Mehmet Görmez

    La religion, cheval de Troie de la Turquie en France?

    © AFP 2019 Adem Altan
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    Marco Rumignani
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    Le grand Mufti de Turquie, Mehmet Görmez, a tenu un discours à Strasbourg. Cette visite, préparée par l’organisation Ditib, relève-t-elle d’une opération séduction pilotée par Ankara?

    Strasbourg a accueilli ce lundi le grand Mufti de Turquie, et le moins qu'on puisse dire, c'est qu'il a fait salle comble, avec pas moins de 7000 personnes présentes. Succès garanti auprès de son auditoire quand le Grand Mufti déclare que "les attentats de Paris et Bruxelles sont liés au passé colonial de l'Occident" ou que "La présence d'une autre religion dans un pays, si elle est considérée comme un problème de sécurité, c'est qu'il y a un souci quelque part. Je trouve que nos interlocuteurs auraient dû être au ministère de l'Éducation et des Sciences plutôt qu'au ministère de l'Intérieur."

    Mehmet Görmez a été convié à Strasbourg par l'organisation Ditib, que nous fait découvrir Ahmet Ogras, vice-président du Conseil Français du Culte Musulman:

    "C'est une association loi 1901, qui représente la communauté franco-turque en France, au niveau du culte musulman, ainsi que 270 associations à travers toute la France; les imams sont mis à disposition des associations par la Turquie."

    Comment s'est développée cette organisation, et d'où vient-elle?

    "Elle a été créée il y a 30 ans; quand nos parents sont arrivés fin 1970 début 1980, ils avaient besoin de vivre leur culte et se sont rassemblés autour d'associations."

    Pourquoi la ville de Strasbourg a-t-elle accueilli le meeting du grand Mufti?

    "Ce meeting est organisé tous les ans en Europe; ils ont choisi Strasbourg, parce qu'il y a beaucoup de projets: création d'un lycée, de facultés théologiques; comme c'est un rendez-vous européen, c'est plus facile au niveau des transports pour les pays limitrophes."

    Strasbourg qui est une ville de choix pour la Turquie: c'est là qu'Erdogan y avait tenu un meeting politique en octobre dernier devant plus de 10 000 personnes, dans le but à peine caché de recueillir des voix pour ses candidats aux législatives… et d'inviter les Turcs de France à jouer un plus grand rôle dans la politique française en faveur de la Turquie. Il a ainsi regretté qu'il n'y ait aucun Turc à l'Assemblée nationale et au Sénat français. "Nous devons changer cette situation! Nous devons avoir des Turcs à des fonctions plus efficaces!". "Notre foi notre langue notre culture ont des droits en Europe" avait-il ajouté, précisant que les ambassades de Turquie étaient derrière les Turcs.

    Quand on se souvient que le Ditib est géré par un organe d'État, le Diyanet (présidence des Affaires religieuses, représentant de l'islam sunnite officiel en Turquie, fondée en 1924), on ne peut s'empêcher de se poser la question de la récupération politique de la visite du Grand Mufti.

    "Il n'y a pas de lien direct avec le gouvernement turc, Ditib est une association; les autorités religieuses mettent à disposition des imams formés, montrant l'exemple du vrai islam. Après, la conjoncture de la politique en Turquie, de la personnalité d'Erdogan, la renaissance de la Turquie, nous font croire qu'il y a un lien, mais ce n'est qu'une coïncidence.", dément Ahmet Ogras.

    De son côté, Claude Sicard, auteur du livre "L'Islam à l'épreuve de la démocratie", indique qu'il s'agit d'une image de la Turquie qu'aurait niée en bloc Mustapha Kemal Atatürk:

    "Erdogan fait revenir la Turquie à l'islam. Atatürk avait mis l'islam sous contrôle par la Diyanet. Erdogan a éliminé les militaires. (…) Jusqu'où veut-il aller du point de vue de l'islamisation de la société turque, puis de l'Europe, personne ne le sait."

    Les musulmans de nationalité française seront-ils réceptifs au discours de M. Görmez?

    "Il y a des rivalités entre les différentes communautés et les mosquées sont très orientées sur les origines géographiques; les gens se retrouvent entre eux; mais sur le plan théologique, il n'y a aucune différence."

    Au final, l'islam politique a-t-il pris le pas sur le choix religieux de chacun?

    "C'est le combat de l'islam politique, alors que l'islam moderne s'écarte de cette lecture littérale du Coran. Il est difficile de dire qui va triompher des deux."

    Le Ditib est-il finalement un simple relais de l'AKP en France? Rien n'est moins sûr.

    Une chose est en revanche certaine: à l'heure où Erdogan exhorte les musulmans du monde à se dresser contre le terrorisme, dans le cadre de la réunion de l'OCI (Organisation de la coopération islamique) à Istanbul, Ankara poursuit sa politique expansionniste et cherche plus que jamais à étendre son influence tous azimuts.

    Erdogan, à l'instar d'Iznogoud, se voudrait-il plus calife que le calife?

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    Tags:
    religion, attentat, musulmans, Turquie, Strasbourg, France
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