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Le coprésident du parti Alternative für Deutschland (AfD), Jörg Meuthen a déclaré que la France n’aurait pas sa place dans une union monétaire rénovée. Et le parti eurosceptique allemand se cherche des soutiens en Suisse ou en Autriche, mais boude le FN. Décidément, l’Europe de l’AfD se ferait sans la France.

La France n'a pas sa place dans l'union monétaire, a déclaré en substance Jörg Meuthen dans une interview accordée au quotidien Frankfurter Allgemeine, coprésident du parti Alternative für Deutschland (AfD). Pour lui, cette union ne serait vivable qu'entre pays stables ayant des politiques d'austérité efficaces, principalement les pays du nord de l'Europe.

Il est vrai que la France n'est pas bon élève: un chômage en hausse, à plus de 10% de la population active, alors que celui des autres pays européens baisse. Et elle fait partie de cette Europe latine (France, Portugal, Italie, Grèce) que Jörg Meuthen qualifie de poids mort pour les autres membres de l'Union.

La formation souverainiste, qui a largement critiqué l'UE et le manque de démocratie dans les instances de Bruxelles, préférerait-elle en fait une UE pangermanique? Un mois après ses succès électoraux dans les lands allemands, l'AfD semble se chercher de nouveaux partenaires à l'étranger, mais pas n'importe où. Il semblerait qu'il y ait pour elle de "bons" pays européens et des "mauvais". La Suisse, même en dehors de l'UE, fait partie des "bons" partenaires pour l'AfD.​

Ces propos interviennent alors que la présidente de l'AfD était invitée à Interlaken en Suisse, pour l'assemblée générale de l'Action pour une Suisse Indépendante et Neutre (ASIN).

"L'Allemagne a besoin de plus de Suisse, de davantage de démocratie.", a affirmé Mme Petry à Interlaken. "Il vaut mieux que la politique ait peur du souverain que l'inverse. […] En Allemagne, les politiciens ont déjà réussi à faire en sorte à ce que les citoyens n'aient plus la possibilité de participer au dialogue politique […]

La Suisse doit rester hors d'organisations internationales telles que l'UE, vous n'avez pas besoin de l'UE pour mener à bien une politique étrangère constructive. Nous devons travailler à construire une Europe des patries, comme en avait rêvée Charles de Gaulle. […] On devrait mettre davantage en valeur les différences et les frontières en Allemagne; en Suisse, on n'a pas besoin de le faire."

(propos traduits et retranscrits avec l'autorisation l'ASIN; source: auns.ch)

Une véritable convergence des luttes pour la droite anti-UE, en somme.

Jean Dominique Cippola, notaire et membre du comité de l'ASIN, nous explique en quoi la visite de Mme Petry était importante pour l'ASIN:

" Une telle visite pour l'ASIN représente une vision des choses qui nous intéresse puisque nous sommes, nous, des anti-Union européenne. Mme Frauke Petry, elle fait partie pour nous des leaders des eurosceptiques allemands donc c'est intéressant à ce titre —là d'inviter."

Frauke Petry à Interlaken: “ Il vaut mieux que la politique ait peur du souverain que l’inverse.”
© Sputnik .
Frauke Petry à Interlaken: “ Il vaut mieux que la politique ait peur du souverain que l’inverse.”

 

Mais cette convergence, qui va donc au-delà des frontières de l'UE, ne va pas sans heurts au sein de cette famille de pensée. Gearoid O' Colmain, journaliste et analyste politique, nous explique en quoi l'AfD se contredit.

"C'est indicatif de la politique de ce parti qui est tout à fait contradictoire, parfois ils disent des choses qui n'ont pas du tout de sens. À mon avis, c'est un autre exemple flagrant de leur non-politique parce que parlant de la culture, la culture politique de ce pays, c'est du non-sens. Ils parlent de leur calvinisme, de leurs valeurs chrétiennes, etc. Pas trop de contenu et moi je ne voie pas d'alternative."

L'Autriche est un autre pays montré en exemple par M. Meuthen; il faut dire que le Parti de la Liberté (Freiheitliche Partei Österreich, FPÖ) affiche un score historique au premier tour des élections présidentielles, avec 36,4% des voix. Un vrai désaveu pour le gouvernement mené par la coalition ÖVP- SPÖ du chancelier Werner Faymann et le vice-chancelier Reinhold Mitterlehner.

Ce parti est idéologiquement proche de l'AfD. Pourrait-on envisager des convergences?

" Alternative für Deutschland c'est un parti qui est proche de Freiheit parti en Autriche, l'extrême-droite autrichienne. Et il y a plusieurs courants dans le parti et je pense qu'ils ne peuvent pas s'accorder avec le Front national en France.", d'après M. O' Colmain.

Une opinion que partage M. Cippola:

Alexis Tsipras
© REUTERS / Alkis Konstantinidis
" Pour le moment pas, parce que les objectifs sont différents. Pour madame Frauke Petry l'idéal c'est de voir l'Allemagne sortir de l'Union européenne. Nous on n'y est pas dedans, c'est d'empêcher d'entrer. Donc c'est une démarche qui je dirais fait partie de l'euroscepticisme. Pour le moment, je ne pense pas qu'on peut s'allier, non. La particularité nationale fait qu'on a peut-être quelques affinités, mais on ne peut pas créer des liens plus loin que ça, parce que chaque spécificité nationale doit être respectée et nous nous insistons en particulier sur l'indépendance, par conséquent nous comptons rester indépendants."

Une simple convergence d'intérêts entre populismes, en somme, mais qui se fait toujours sur le dos de la France, puisque l'AFD ne veut pas entendre parler de collaboration avec le Front National.

D'une Europe monétaire sans la France, le projet de l'AfD ne glisserait-il pas vers une internationale populiste sans les Français?

Les opinions exprimées dans ce contenu n'engagent que la responsabilité de l'auteur.

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Tags:
zone euro, Alternative pour l'Allemagne (AfD), Allemagne, Europe, France
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