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    Visite du roi du Maroc Mohamed VI en Russie

    Perspectives russo-africaines dans un monde multipolaire

    © Sputnik . Grigorij Sysoev
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    Les élites occidentales ont beau à tenter encore de jouer au « club des élus », la réalité multipolaire les force à accepter au fur et à mesure la nouvelle donne.

    En parlant des perspectives russo-africaines, qui intéressent beaucoup de mes amis africains, on est effectivement en train de passer à une phase fortement importante. Certains ne l'ont peut-être pas remarqué, mais les dossiers africains étaient à la une de la diplomatie et de la politique russe depuis l'année dernière et notamment les derniers mois.

    Mai 2015, la Fédération de Russie et la République populaire de Chine bloquent la proposition de résolution française sur le Burundi. Une proposition soutenue par le bloc occidental, USA en tête, afin d'interférer, comme ce fut déjà tellement de fois le cas, dans les affaires intérieures de ce pays d'Afrique de l'est, à la veille des élections présidentielles. Ce fut en effet un grand coup de la Russie dans la protection de la souveraineté africaine, surtout depuis les critiques émises sur le manque d'action russo-chinoise lors des crises en Côte d'Ivoire et en Libye.

    Toujours sur ce dossier, cela a en effet également montré une fois de plus la similitude d'approche de la Chine et de la Russie dans la politique mondiale. Last but not least, cela avait également clairement montré que les élites politiques russes et chinoises ne se font plus d'illusion sur les élites occidentales, et notamment les prétendues « interventions humanitaires »: lorsque pour des intérêts purement néocoloniaux, l'aspect « humanitaire » est monté de toute pièce.

    Beaucoup de citoyens burundais ne manqueront d'ailleurs pas à ce jour de remercier la Russie et la Chine pour leur rôle responsable au sein du Conseil de sécurité de l'ONU dans la défense de la souveraineté de leur pays. Après le Burundi, il y a eu également la visite du ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov en Algérie en mars de cette année, lors de laquelle il a rencontré le président algérien Abdelaziz Bouteflika. Les deux pays ont réitéré leur approche commune concernant la résolution de la crise en Syrie et ont également abordé la situation catastrophique en Libye, pays voisin de l'Algérie. La coopération économico-commerciale et technico-militaire était elle aussi à l'ordre du jour. Pour rappel, la République algérienne est dans le TOP 10 des principaux partenaires-clients de la Russie en matière d'armement, au niveau mondial.

    En mars également a eu lieu la visite du roi du Maroc Mohamed VI en Russie. Une visite que beaucoup ont qualifié d'historique car en effet elle symbolisait une nouvelle grande étape dans les relations bilatérales et le partenariat stratégique engagé entre les deux pays. Bien sûr, les perspectives d'affaires étaient à l'ordre du jour: le Maroc étant le deuxième partenaire économique et commercial de la Russie en Afrique et dans le monde arabe. Mais la volonté commune d'étendre le partenariat dans le domaine politique était elle aussi bien visible. Le Maroc ayant salué le rôle positif de la Russie au Proche-Orient et sa grande contribution dans la lutte antiterroriste. Une nouvelle page s'est donc ouverte dans les relations entre les deux nations. Des relations qui ont toujours été positives mais qui deviennent désormais excellentes, selon les dires même du président russe Vladimir Poutine et communiqués par l'ambassadeur de Russie en poste à Rabat, M. Valeri Vorobiev.

    Et puis tout dernièrement, ce fut au tour du Zimbabwe d'accueillir une importante délégation russe avec à la tête Denis Manturov, ministre de l'Industrie et du Commerce. M. Manturov a eu des entretiens avec le chef d'Etat zimbabwéen Robert Mugabe. Plusieurs projets conjoints d'investissement au Zimbabwe ont été discutés, notamment ceux visant à créer de nouveaux emplois dans le pays. La Russie et le Zimbabwe s'apprêtent en outre à entamer la construction d'un complexe d'extraction de platine au second semestre de 2016. Le Zimbabwe étant le troisième pays au niveau mondial avec les plus grandes réserves de platine, juste derrière l'Afrique du Sud et la Russie. Les autorités du pays envisagent également d'autoriser la co-entreprise russo-zimbabwéenne DTZ-OZGEO à exploiter un important gisement aurifère.

    Mais ce n'est pas tout. Les deux pays ont également annoncé qu'ils s'attaqueront ensemble aux sanctions occidentales. Pour rappel, le Zimbabwe étant depuis plusieurs années sous grande pression occidentale, en premier lieu des USA et de l'ex-métropole coloniale la Grande-Bretagne, surtout depuis la politique engagée par M. Mugabe afin de reprendre les meilleures terres agricoles des mains de la minorité blanche pour les redonner en exploitation aux représentants de la majorité noire. En effet et pendant longtemps, les meilleures terres destinées à l'agriculture étaient aux mains des représentants d'origine britannique: héritage du colonialisme et de la politique de discrimination raciale, semblable à celle qu'avait connue l'Afrique du Sud voisine sous l'apartheid.

    Conférence de presse du ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov
    © Sputnik . Grigori Sysoev
    Depuis donc l'énorme pression occidentale sur ce pays, les autorités ont misé sur la Chine, incomparablement plus respectueuse de la souveraineté de ses partenaires. Et désormais aussi sur la Russie. Le ministre des Affaires étrangères du Zimbabwe, Simbarashe Mumbengegwi, n'a d'ailleurs pas manqué de remercier la Russie pour « son soutien et sa solidarité manifestés en 2008 lorsque le véto russe au Conseil de sécurité a sauvé le pays des sanctions internationales »…

    Donc lorsqu'on nous pose la question de savoir c'est quoi un monde multipolaire, eh bien le monde multipolaire c'est aussi cela: la renaissance des relations russo-africaines fait partie intégrante de ce processus. Pourtant on n'est qu'au début et beaucoup de choses nous attendent encore. Quant à ceux qui se croyaient (ou se croient encore) « exceptionnels », à vos cahiers rapidement. Vos sanctions vous frappent vous-mêmes. La Russie, elle, a rapidement et fort heureusement diversifié ses alliances et partenariats extérieures. Et lorsqu'on voit qu'un pays comme le Zimbabwe, ayant énormément moins de ressources politiques et militaires que la Russie, et qui a malgré tout tenu efficacement aux sanctions occidentales à son encontre, vous imaginez bien maintenant ce qu'il sera de la Russie. Elle ne sortira que renforcée et avec elle un nouveau monde. Et les pays ayant choisi de privilégier leur partenariat avec le nôtre seront sur la liste prioritaire: de ceux qui ont le plus contribué à l'avènement de notre ère nouvelle. On ne compte évidemment pas se considérer à notre tour « exceptionnels » mais il faut bien récompenser ceux qui ont pris leur responsabilité au stade initial.

    Les opinions exprimées dans ce contenu n'engagent que la responsabilité de l'auteur.

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    Tags:
    Côte d'Ivoire, Burundi, Afrique, Libye, Maroc, États-Unis, Russie
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