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    Black M à Verdun: le bal des hypocrites

    © AFP 2019 GUILLAUME SOUVANT
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    Maxime Perrotin
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    Rappera, rappera pas? Hollande encourage le maire de Verdun à revenir sur l’annulation du concert de Black M à Verdun. A-t-il entendu cette gauche qui crie au "fascisme" et au "racisme" à propos de cette annulation? Des imprécations vides de sens qui ne font plus peur à personne.

    François Hollande a-t-il conscience que les élections sont dans un an? Probablement, s'il entend faire monter le Front national pour écarter de la course à l'investiture ses rivaux "Républicains". En effet, le genre de polémique que nous évoquons a le don d'agacer, le mot est faible, de faire enrager des pans entiers de la société française, une colère qui vient nourrir le Front national.

    Mardi matin, le Président de la République a déclaré au micro de Jean-Pierre Elkabbach que l'État "mettrait les moyens pour sécuriser le concert" si Samuel Hazard, maire socialiste de Verdun, revenait sur sa récente décision d'annuler, pour "risques forts de troubles à l'ordre public", le concert de Black M, initialement prévu pour la commémoration du centenaire de la bataille de Verdun. Soit en marge d'une cérémonie qui doit avoir lieu le 29 mai prochain, en présence de François Hollande et de la chancelière allemande Angela Merkel.

    Pourquoi revenir sur une polémique qui semblait avoir trouvé son point final? Une question qui semble littéralement fasciner Elisabeth Lévy, directrice de la rédaction du magazine Causeur.

    "Cette idée d'inviter Black M à Verdun a choqué bien au-delà de l'extrême droite et bien au-delà de la Droite: tous mes copains de gauche sont vent debout! Ils trouvent cela totalement insensé d'avoir eu cette idée… Au lieu de s'écraser mollement et de passer à autre chose, comme l'actualité leur en offre tout le temps l'opportunité, ils insistent, ils reviennent dessus, ils ne comprennent rien, ils n'entendent plus rien, ils sont en orbite! […] Si vous voulez, je suis fascinée par leur méconnaissance de ce pays […] Je me demande ce qui leur passe par la tête? Ils n'ont plus de sondages? Ah mais oui c'est peut-être parce que les sondeurs étaient en week-end…"

    Il faut dire que si l'annulation du concert du rappeur a fait suite à plusieurs jours d'une violente polémique, une autre a depuis pris le relais. Nombreuses sont les voix de gauche, ministres et associations antiracistes, à s'époumoner contre l'annulation du concert.

    Jean-Marc Todeschini, secrétaire d'État aux Anciens combattants et de la Mémoire, n'a pas hésité à dénoncer "un premier pas vers le totalitarisme, vers le fascisme". Pour sa part, Audrey Azoulay, ministre de la Culture, a fustigé — depuis les strass et les paillettes de la Croisette — l'"ordre moral nauséabond", au nom duquel "des voix déchaînées ont obtenu l'annulation d'un concert", une "autocensure […] qui succède à des coups de force", "inacceptable". Son prédécesseur, Jack Lang a quant à lui surenchéri, appelant à "ne pas capituler face à cette idéologie frontiste", précisant qu'il est "illégal d'interdire une manifestation artistique."

    Le général Joseph Joffre remet des medailles aux soldats qui ont combattu durant la bataille de Verdun, mars 1916.
    © Photo: REUTERS/Collection OdetteCarrez
    Quant à Christiane Taubira, ex-Garde des Sceaux, elle ironise sur ceux dont "les idées putrides […] naviguent sans cours d'eau pour stigmatiser par l'origine, la croyance, la culture, la façon d'aimer." Bernard-Henry Lévy se lamente sur les "sombres temps", regrettant qu'"Un descendant de tirailleur sénégalais se voie mis au ban de la République". Pour clore provisoirement ce florilège, laissons la parole à Jean Christophe Cambadélis, premier secrétaire du Parti socialiste, qui fustige "la police de la pensée du FN, de Ménard et des réacs républicains."

    Robert Ménard, puisqu'on en parle, est un vrai spécialiste des polémiques et cabales, ayant lui-même été ostracisé par ces mêmes responsables politiques et leurs alliés associatifs. Cofondateur de Reporters Sans Frontières, il s'est fait élire à la mairie de Béziers avec notamment le soutien du Front national, parti auquel il n'est pourtant pas affilié. Mais cela était suffisant pour la gauche bien-pensante pour jeter l'anathème sur l'édile, qui se démarque pourtant plus par son bon sens populaire et son franc-parler que par son fascisme virulent.

    ​"Je n'ai pas de problème, que j'aime ou pas le Rap cela n'a pas d'importance: Monsieur Black M a joué à Béziers, il a demandé à louer des salles, on a accepté de louer des salles, sauf que ce n'est pas sa place lorsqu'on commémore Verdun".

    À cela, une seule et bonne raison: les propos tenus ou "chantés" par le rappeur, de plus en plus mis en lumière, à mesure qu'enfle la polémique.

    "Vous avez vu la dernière découverte, on savait déjà qu'il traitait les Français de mécréants, de +Koufars+, qu'il dit de la France que c'est une +conne+, qu'il propose de +baiser la France+, qu'il traite de +pédés+ les homosexuels. On sait aussi qu'il traite de +youpins+ les juifs et comme si tout cela ne suffisait pas maintenant on découvre dans d'autres textes de ses chansons qu'il fait l'apologie du terrorisme… Non, mais attendez, qui est le fou furieux qui imagine que l'on puisse appeler ce monsieur pour commémorer les 300 000 morts de Verdun? Honnêtement, c'est le monde à l'envers!"

    Que dirait-il des propos de Dominique Sopo? Dans sa tribune parue dans Libération lundi dernier, le président de SOS Racisme, à qui nous décernons sans hésiter la palme de l'antifascisme hystérique, ironise sur les "braves gens" qui ont appelé à faire interdire le concert de Black M. Ils ont, selon ses propres mots, cédé aux "haines" du "cloaque politique" qu'est pour lui "l'égout frontiste", décrivant les "fascistes et les réactionnaires patentés [qui] se sont respectivement dressés comme une seule croix gammée"… "Rappeur, noir et musulman: dans ce cloaque politique, trois illégitimités à opposer et trois bonnes raisons de haïr et de condamner", croit savoir Dominique Sopo.

    Des propos qui tombent clairement sous le coup de l'extravagance et du ridicule pour Elisabeth Lévy:

    "Excusez-moi, la +meute+ elle est où là? Il y a des gens qui d'un côté ont dit qu'ils ne voulaient pas que ce type soit invité à Verdun, qui n'ont fait allusion qu'à une chose: à des paroles de ses chansons, de ses chansons passées, d'accord… les autres que répondent-ils? Ils disent +vous détestez un noir+. Mais, qui est raciste là-dedans? Qui est racialiste?"

    Même développement du côté de Robert Ménard,

    "Attendez, encore une fois, c'est surréaliste… c'est nous qui avons un discours de haine? Imaginez si au lieu de parler de nos concitoyens juifs je parlais de +youpins+. Imaginez si à propos des homosexuels, je parlais de +couper les couilles des pédés+, imaginez si je disais à propos d'un pays que je le +baise+… qu'est-ce que vous diriez? Que diraient ces gens-là? Évidemment, c'est un appel à la haine, or ce sont ces rappeurs qui disent ça, et concernant le racisme, écoute je me contrefous qu'il soit jaune, bleu ou noir: il tient juste des propos, il chante des chansons, insupportables en général et encore plus pour un jour comme la commémoration de la bataille de Verdun, c'est la seule chose qui compte".

    Pour Dominique Sopo, la seule chose qui compte, celle qui a motivé selon lui les détracteurs de la performance artistique de monsieur Black M, dans cette campagne de "peurs indicibles et de défiances sinon de haines inavouables", subie de plein fouet par le maire de Verdun: le racisme, car voyez-vous, Black M, avant d'être un citoyen français ou un compositeur-interprète de rap, est avant toute chose… noir!

    Pour Elisabeth Lévy, c'est pourtant bien des propos de Black M dont il s'agit:

    "Je vous mets au défi de trouver parmi les réactions des gens qui se sont indignés du concert, une allusion à la couleur de sa peau. Peut-être il y a des gens à l'extrême droite qui ont balancé ce genre d'argument, mais certainement pas au niveau public, politique, etc. Personne n'a parlé de la couleur de sa peau sinon ses défenseurs: eux ne voient en lui qu'un noir! Peu importe ce qu'il dit, peu importe ce qu'il fait; il est noir, il est victime, il est bon et nous on est des salauds!"

    Pierre Desproges, qu'il est toujours de bon ton de citer, disait il y a déjà plus de trente ans: "Quand un Blanc dit qu'un Noir est un con, on dit que le Blanc est raciste. Quand un Noir dit qu'un Blanc est un con, on dit que le Blanc est un con". Voilà qui illustre parfaitement la ligne de la tribune de Sopo.

    Pour le président de SOS racisme, il y a prescription sur les propos homophobes tenus en 2010 par le jeune rappeur, d'autant que le groupe s'est était excusé. Dominique Sopo met alors cet épisode en parallèle avec le soutien "enthousiaste" de Marion Maréchal Le Pen, à la "très homophobe Manif pour tous".

    Un bon exemple de deux poids deux mesures pour la directrice de la rédaction de Causeur.

    "Eux, ils passent leurs temps à aller chercher, à aller exhumer des phrases du passé de X, Y ou Z: pour le +détail+ de Le Pen ils en parlent 20 ans après, donc qu'est-ce que c'est que cette histoire de nous dire que ce qu'il chantait il y a 10 ans ça n'a pas de sens? C'est quand même incroyable, en plus — quand même — un groupe qui s'appelle +Sexion d'Assaut+ rien que ça c'est de mauvais goût!"

    De mauvais goût, car "Sexion d'Assaut" évoque bien sûr les sinistres Sections d'Assaut (ou "SA"), la milice du parti nazi, lesquelles correspondent bien mieux à la "croix gammée" évoquée par monsieur Sopo qu'aux réactions de citoyens et de descendants de poilus indignés par la venue de Black M sur le lieu d'un charnier où reposent ceux qui ont donné leur vie pour leur pays et ses valeurs. Le mauvais goût est à son comble quand on se souvient que les Sections d'Assaut hitlériennes tirent leur nom des troupes de choc, les Sturmtruppen, fer de lance de l'offensive allemande sur Verdun. Non contents de se poser, par leur nom, comme ennemis de la France, les rappeurs de Sexion d'Assaut n'ont pas de mots assez durs contre notre pays, sur une tonalité plus "djihadiste", cette fois, ce qui fait bouillir Robert Ménard:

    "Il parle de +Koufar+, vous savez ce que ça veut dire Koufar en arabe? Ce sont des mécréants, mais c'est le terme le plus péjoratif qu'on puisse employer, c'est le même mot que Daech, c'est ça la réalité… Comment des gens osent-ils soutenir ce genre d'énergumène?"

    La polémique est en tout cas, une parfaite illustration des réductions ad-absurdum sur fond de distribution généralisée de points Godwin, qui constituent le fonds de commerce des milieux associatifs antiracistes. Il faut bien justifier les subventions dont le pouvoir socialiste les abreuve depuis des décennies… Alors, elles poussent jusqu'au ridicule le plus absolu la perpétuelle rengaine, du "No Pasaràn" que nos grands-parents entendaient déjà. Pourtant, encore une fois, la question n'est pas de savoir si Black M est noir, n'en déplaise aux professionnels de l'antiracisme et autres obsédés du multiculturalisme.

    D'autant plus qu'au-delà même de ce qu'a pu dire ou faire Black M par le passé, l'idée même d'organiser un concert à Verdun à l'occasion de la commémoration d'une bataille où 400 000 soldats français et 300 000 soldats allemands ont versé leur sang manque singulièrement de décence, comme tient à le souligner Elisabeth Lévy.

    "En ce qui me concerne, qu'on se sente obligé de faire la fête à Verdun, je trouve ça tellement délirant que je préfère ne même pas en parler… Mais si vous voulez, on ne va tout de même pas ennuyer tous ces pauvres petits jeunes qu'on a conviés aux cérémonies — les pauvres, ont leur aura déjà fait subir tant de discours et d'histoire, quelle horreur […] c'est quoi cette idée débile que lorsqu'on met 3 ou 4 000 jeunes quelque part il faut absolument faire un concert sinon ils vont s'emmerder… Non, mais écoutez, même eux, c'est les prendre pour des crétins!"

    "Ce qui est intéressant là-dedans, c'est leur méconnaissance, leur indifférence à l'humeur du pays, leur mépris — en quelque sorte — de sentiments populaires […] Car il y a vraiment des gens que cela choque, encore plus que moi d'ailleurs — des petits enfants de poilus — qui se sentent heurtés et qui trouvent qu'on se fout de leur gueule, tout ça parce qu'ils veulent faire du jeunisme et du festisme à toute les sauces… Alors après ça on va faire quoi? Le Carnaval d'Auschwitz?"

    Verdun, une victoire à la Pyrrhus, et où en 1916, il n'y avait pas que les balles qui frappaient, mais, déjà, la bien-pensance, avec l'éviction du général de Castelnau. Le véritable héros de Verdun sera dépossédé de la victoire au profit du général Pétain pour cause d'origines sociales incorrectes: comment la République laïque pouvait-elle porter aux nues l'enfant d'une famille monarchiste et très catholique? À Verdun, la vérité est, en 1916 comme en 2016, la première victime de la guerre…

    Les opinions exprimées dans ce contenu n'engagent que la responsabilité de l'auteur.

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    Tags:
    Alpha Diallo (Black M), François Hollande, Verdun, France
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