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    Abattoir de veaux, de vaches, de boeufs - Mauléon-Licharre, Pyrénées-Atlantiques

    Lueur d'espoir sur les abattoirs, Stéphane Le Foll entendu

    © Photo. Capture d'écran: Youtube
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    Il aura fallu les trois vidéos chocs de l’association L214 et de multiples témoignages pour que le gouvernement décide de faire la lumière sur les abattoirs, ces lieux plus difficiles d’accès qu’"un sous-marin nucléaire.

    La commission d'enquête parlementaire ad hoc a auditionné Stéphane Le Foll. Un premier pas vers la prise en compte de la souffrance animale?

    "Je les aimais d'amour mes animaux morts", comme dit la chanson. Mais peut-être faudrait-il les aimer vivants avant. Le ministre de 'Agriculture Stéphane le Foll est auditionné mercredi et jeudi par la commission d'enquête parlementaire sur les conditions d'abattage des animaux de boucherie: il doit présenter les résultats des "inspections spécifiques sur la protection animale" réalisées à sa demande, tout au long du mois d'avril, dans les 263 abattoirs de boucherie de France. C'est l'association L214 qui a révélé à quelques mois d'intervalle les conditions d'abattage immondes dans trois établissements français: à Alès et Le Vigan dans le Gard et à Mauléon-Licharre dans les Pyrénées-Atlantiques. Le 22 mars, le parlement créait la commission d'enquête. Que pense Sébastien Arsac, porte-parole de l'association L214, de cette avancée?

    C'est symboliquement un pas en avant. Pour nous, le ministre de l'Agriculture est auditionné dans le cadre d'une commission. D'un côté, il n'a pas le choix. Il ne peut pas répondre oui ou non, il est convoqué pour une enquête lancée par des députés. Ça, c'est quand même un bon point. Il y a un vrai débat qui est lancé, et ce débat a franchi un cap et c'est devenu un vrai débat politique, la question des animaux. C'est symboliquement très fort.

    Le ministre n'est pas le seul à être auditionné. La commission d'enquête va passer sur le grill militants de la protection animale, "professionnels de la viande", maires, experts, fonctionnaires, ou encore directeurs d'abattoir. Pas facile de faire la lumière sur les graves abus constatés à plusieurs reprises dans les abattoirs, ces lieux plus difficiles d'accès qu'"un sous-marin nucléaire", selon Olivier Falorni, député de Charente-Maritime et président de la commission d'enquête parlementaire sur les conditions d'abattage des animaux de boucherie.

    La loi, au niveau européen, prévoit d'étourdir la bête avant de la tuer. Or, les vidéos de L214, tournées en caméra cachée, montrent des animaux encore conscients ou sensiblement réceptifs lors de leur exécution. L'infraction à une des réglementations les plus basiques qui soient est patente. Pire, elles montrent aussi des employés que cela amuse beaucoup. Pourquoi en est-on arrivé à un tel niveau d'indifférence envers la souffrance animale?

    On espère qu'il y aura un certain nombre de choses qui vont être dites, notamment en ce qui concerne les contrôles dans les abattoirs. Il n'y a pas assez de personnels des services vétérinaires et il n'y a pas que nous qui le disons: c'est la Cour des comptes, c'est les inspections qui ont été menées par la commission européenne, ce sont aussi les syndicats d'inspecteurs vétérinaires qui le disent. Donc, il n'y a pas assez de personnel dans les abattoirs pour contrôler à la fois ce qui est hygiène et bien-être animal. Il n'y a notamment pas de surveillance continue du poste d'abattage alors que c'est une obligation réglementaire.

    Il reste encore beaucoup de chemin à parcourir pour que la souffrance animale soit prise en compte au même niveau que les normes d'hygiène. Les inspections qui ont été menées durant le mois d'avril n'ont concerné que les abattoirs de boucherie (bœuf, porc, agneau, lapin, mouton, etc.), mais pas les poulets ou les dindes, par exemple. L214 ne s'attend pas forcément "à des miracles": le ministre s'est plus souvent illustré dans la défense de la filière, pour "rassurer le consommateur" ou "jouer au pompier". D'ailleurs, Stéphane le Foll fête ses quatre ans à la tête du ministère de l'Agriculture. Qu'est-ce que lui souhaite l'association?

    Je lui souhaite bon courage parce que je pense qu'il est un peu entre le marteau et l'enclume. D'une part, les filières poussent toujours à plus de productivité, je pense notamment aux syndicats agricoles, la FNSEA qui est un syndicat tout-puissant et qui ne veut absolument rien remettre en cause, qui défend [le site d'élevage industriel, ndlr] les Milles Vaches, qui doit exercer une sacrée pression sur le ministère de l'Agriculture. D'autre part, l'opinion publique qui attendrait de meilleures conditions d'élevage, d'abattage, de transport. Donc je pense qu'il est un peu écartelé entre ces deux pôles. Sauf que d'un côté il y a des intérêts privés et de l'autre une démocratie et l'opinion publique et on souhaiterait, nous en tout cas, qu'il soit beaucoup plus ouvert sur l'opinion publique que les intérêts privés et particuliers.

    Progressivement, la lumière se fait sur la maltraitance et la négligence dont sont victimes les animaux pendant l'élevage et l'abattage. Depuis le scandale des vidéos L214 et le battage médiatique qu'elles ont suscité, le gouvernement semble prendre enfin en considération le "bien-être animal". Stéphane le Foll est convoqué par la commission d'enquête parlementaire sur les conditions d'abattage des animaux de boucherie et souffle en même temps ses quatre bougies au sein du ministère de l'Agriculture: une lueur d'espoir brillerait-elle dans l'obscurité des abattoirs?

    Les opinions exprimées dans ce contenu n'engagent que la responsabilité de l'auteur.

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    Tags:
    abattoir, loi, animaux, Stéphane Le Foll, France
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