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    Les drapeaux de la Turquie et de l'UE

    Adhésion de la Turquie à l'UE: parcours d'obstacles ou jeu de dupes?

    © AP Photo / Osman Orsal
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    Selon David Cameron, "il faudra attendre l’an 3000" pour voir la Turquie adhérer à l’UE. Le pronostic est peut-être pessimiste, mais au vu des obstacles anciens ou plus récents qui jalonnent le chemin turc vers l’UE, pas dénué de fondement. Retour sur l’épineux dossier de l’adhésion turque à l’UE.

    "La Turquie veut-elle toujours adhérer à l'Union européenne?" se demandaient déjà en 2011 les sénateurs français. Et depuis les relations entre Bruxelles et Ankara ont été ponctuées de désaccords sur des dossiers tels que la reconnaissance du génocide arménien ou la future réforme constitutionnelle, sans oublier la question kurde et les nombreuses entorses aux libertés politiques, de la presse, ainsi que d'expression dans le pays….

    Le pays est candidat depuis 1987 à ce qui n'était encore que la Communauté économique européenne. Candidature officialisée bien plus tard par l'Union européenne, en 1999, avant de voir les négociations préalables à l'adhésion s'ouvrir en 2005. Un processus lent, marqué par des interruptions, des désaccords, qui persistent aujourd'hui encore.

    Pourtant, Bruxelles et Ankara ont conclu un accord, le 18 mars dernier, dans le cadre de la gestion de la crise des réfugiés. Au programme: doublement de l'aide financière versée aux autorités turques, libéralisation du régime des visas pour les ressortissants turcs souhaitant se rendre pour un court séjour en Europe et relance des négociations d'adhésion à l'Union.

    Une situation qui est loin de plaire à l'Eurodéputé Front national, Gilles Lebreton; il faut dire qu'à y regarder de plus près, l'accord semble clairement pencher en faveur de la partie turque:

    "6,6 milliards d'euros, ce qui est énorme, il va y avoir la libéralisation des visas, et la promesse d'adhésion qui est relancée et en contrepartie de tout ça, les Turcs s'engagent simplement à nous reprendre en tout et pour tout 72 000 migrants, pas un de plus: et ça, c'est un point sur lequel on n'insiste pas assez. La Turquie ne va absolument pas reprendre tous les migrants qui proviennent de ses côtes, mais simplement 72 000 et lorsqu'on arrivera à ce chiffre il faudra renégocier un autre accord… alors je vous laisse imaginer à quel point on sera dans une situation encore plus défavorable qu'à l'heure actuelle."

    La commission réalise-t-elle le piège dans lequel l'UE est tombée? C'est peut-être pour cela qu'elle envoie des signaux contradictoires, poussant à la suppression des visas à condition de se conformer à 72 critères d'ici juin d'une part et soulignant les dangers d'une telle mesure d'autre part. Mais pour l'eurodéputé, les choses sont en réalités bien moins ambiguës qu'elle n'y parait:

    "Ce mois-ci au parlement européen, dans la commission des libertés civiles, nous avons eu à l'ordre du jour une discussion justement sur cette libéralisation des visas avec la Turquie. Or, c'était contraire à un communiqué de presse du Parlement européen, signé de M. Schultz en date du 4 mai, qui annonçait que tant que les 72 critères ne seraient pas remplis on suspendrait les travaux parlementaires. Donc j'ai immédiatement protesté auprès de la Commission dont je suis membre, puisque c'était contraire au communiqué de presse du 4 mai; et bien on n'a pas voulu m'écouter et on a continué à en parler, cela prouve bien qu'il y a un double langage: l'UE face à l'opinion publique fait semblant d'être ferme, mais en réalité elle est en train de tout céder."

    Tout céder? Cela risque de faire beaucoup, tant les points d'achoppement entre les autorités européennes et turques sont nombreux. Revue de détail.

    L'affaire du génocide arménien

    Hasard malheureux du calendrier? C'est en 1987 que la Turquie postule à l'entrée dans la CEE… et que le Parlement Européen commence à employer le mot de "génocide" afin de qualifier les évènements ayant frappé les minorités non-musulmanes de l'Empire ottoman entre 1915 et 1917, même si officiellement le terme n'est pas utilisé par tous les 28 États-membres…

    Alors qu'il y a moins d'un mois, nous commémorions le 101e anniversaire du génocide arménien, les autorités turques persistent à ne pas admettre les faits, pourtant officiellement reconnus par plus de 20 pays ainsi que par l'ensemble de la communauté scientifique non turque. Des pays, auxquels pourrait bientôt s'ajouter l'Allemagne: en effet, le parlement allemand doit se prononcer le 2 juin prochain sur l'adoption d'une résolution visant à reconnaître le génocide arménien.

    Un évènement qui a vivement fait réagir les autorités turques, à l'exemple de l'ambassadeur turc en Allemagne qui jette dans la balance la réconciliation entre Turcs et Arméniens: comment l'Allemagne compte-t-elle y contribuer une fois que la motion sera adoptée? argue-t-il. Et le moins que l'on puisse dire c'est que le ton est donné: l'adoption de la résolution serait, je cite, une "erreur historique". Autre exemple, le porte-parole de la présidence turque, qui déclarait mercredi à propos de l'initiative des parlementaires allemands "en parler sans preuve historique ou légale n'est rien d'autre qu'un abus de pouvoir".

    L'opposition d'Ankara à la reconnaissance du génocide arménien par la communauté internationale ne date pas d'hier. Si les autorités turques reconnaissent bien comme une "tragédie" la mort de centaines de milliers d'Arméniens et autres minorités non-musulmanes entre 1915 et 1917, elles refusent néanmoins que le mot "génocide" puisse être employé pour qualifier ces événements.

    Si ce point constitue une pomme de discorde importante entre la Turquie d'une part et l'UE ainsi que plusieurs de ses membres — on se souvient du scandale que causa la loi mémorielle française de 2001 sur le génocide arménien — d'autre part, elle n'est officiellement pas un point bloquant pour l'entrée de la Turquie dans l'UE.

    Les libertés politiques et religieuses

    Dans un rapport sur l'adhésion de la Turquie à l'Union Européenne présenté en commission des affaires européennes du Sénat, en juin 2011, Simon Sutour, sénateur socialiste du Gard, qui se définit lui-même comme ayant fait partie des soutiens à la candidature turque, estimant que la perspective d'adhésion inciterait le pays à se moderniser, déclare:

    "Malheureusement, la situation actuelle en Turquie me laisse à penser que le pays, au contraire, connaît plutôt ces dernières années un recul démocratique. À mes yeux, la Turquie ne respecte pas suffisamment aujourd'hui les standards européens pour prétendre y entrer."

    Il faut dire que les libertés politiques et publiques sont mises à mal par le pouvoir turc. Dernier épisode du serrage de vis en Turquie: le gouvernement prévoit de lever l'immunité des parlementaires en cas de poursuites judiciaires, ce qui fait bondir les députés kurdes, qui y voient clairement une intention de les écarter du parlement.

    Autre volet qui fait grincer des dents: le projet de réforme constitutionnelle qui vise notamment à renforcer les pouvoirs du président, qui est sur des rails depuis 2010, avec le "oui" massif des Turcs au référendum. "Un pas dans la bonne direction" avait d'ailleurs salué l'Union européenne, qui percevait d'un bon œil l'affaiblissement de l'emprise de l'armée sur la société turque.

    Mais l'UE déchante quelque peu depuis qu'Ankara a rendu public un autre aspect de cette réforme: "Nous sommes un pays musulman. Par conséquent, il faut une constitution religieuse". Les mots du président du Parlement turc, issu de l'AKP, le parti islamo-conservateur au pouvoir font pour le moins polémique. Ismail Kahraman a plaidé pour la disparition pure et simple du principe de laïcité de la prochaine constitution, affirmant qu'"avant toute autre chose, la laïcité ne doit pas figurer dans la nouvelle constitution."

    Le problème couve déjà depuis un certain temps. On se souvient qu'un rapport d'information au Sénat, soulignait déjà en 2011 que la liberté religieuse dans la zone occupée de Chypre était loin de correspondre aux critères européens en matière de tolérance religieuse… "Dans la partie nord de Chypre, une messe de Noël a même été interdite et les fidèles délogés manu militari", mentionnait ledit rapport, ajoutant que le Patriarcat œcuménique grec orthodoxe "qui rencontre encore de nombreuses difficultés pour célébrer librement son culte" n'avait toujours pas pu obtenir la réouverture de son séminaire théologique.

    Parallèlement, la justice est mise au pas. On assiste ainsi à des arrestations d'avocats, sous des prétextes qui laissent songeurs dans un État de droit. À la mi-mars, huit avocats appartenant à une organisation défendant la cause kurde ont été arrêtés lors d'une rafle de la police à Istanbul, quelques jours après un attentat-suicide meurtrier à Ankara attribué par les autorités au Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK). Quelques semaines plus tard, le 6 avril, Ramazan Demir et Ayse Acinikli, deux autres avocats turcs, étaient arrêtés pour avoir assisté à l'audience de défense de 46 de leurs confrères.

    Ces 46 avocats, eux-mêmes, défendaient le leader indépendantiste kurde, et ont été pour cela accusés de terrorisme. Neuf de leurs propres avocats ont été placés en garde à vue dans le courant du moins de mars. Suite à cela, plusieurs organisations de défense des droits de l'Homme ont montré leur inquiétude quant à la tournure des évènements concernant les juristes en Turquie.

    Le problème kurde

    Parmi les 72 points qu'Ankara doit régler pour espérer voir la libéralisation du régime de visa avec l'UE, figure la réforme des lois antiterroristes turques. Erdogan a opposé une fin de non-recevoir des plus fermes à cette demande de l'UE, arguant que son pays était victime de campagnes de terrorisme endémiques qu'il convenait de régler avant toute chose. Le constat est exact, la Turquie souffre plus que bien des pays du terrorisme.

    Mais pour Erdogan, les seuls responsables de ces actions meurtrières sont les Kurdes, même si plusieurs attaques ont été revendiquées par Daech. D'ailleurs, la revendication d'un attentat n'est pas pour Ankara un prérequis pour lancer la répression contre les kurdes, qu'il s'agisse de la guérilla du PKK, qui opère principalement dans le sud-est de la Turquie, des combattants kurdes en Syrie ou en Irak… ou de la population civile. Ainsi, en mars dernier, suite à un sanglant attentat à la voiture piégé dans le centre d'Ankara, l'aviation turque a-t-elle lancé une série de bombardements contre des positions kurdes dans le nord de l'Irak, alors que l'attentat n'avait pas encore été revendiqué.

    En Syrie, si les russes ont régulièrement été accusés de principalement bombarder les opposants dits "modérés", les turcs eux ne se sont pas cachés de viser les Kurdes, de la zone frontalière jusqu'à Alep. Ceux-là mêmes qui avaient endigué la progression de Daech, avec, notamment leur spectaculaire résistance au siège de Kobané par les djihadistes à l'automne 2015.

    Des victoires kurdes qui ont été mal perçues par le gouvernement turc qui a intensifié la répression dans les régions du sud de la Turquie, instaurant notamment dès la mi-août 2015 une série de couvre-feu dans les villes peuplées de Kurdes, telles que Diyarbakir, Sur, Silopi. A l'abri des caméras occidentales, c'est une véritable guerre civile qui tait son nom qui voit s'affronter Forces spéciales turques et membres du PKK. A la clef, de nombreux dommages collatéraux et la mort de centaines de civils. L'horreur atteint des sommets le 7 février, dans la ville de Cizre, lorsque de 60 personnes meurent, brûlées vives, alors qu'elles s'étaient réfugiées dans la cave de leur immeuble.

    Liberté de la presse

    Ce n'est un secret pour personne, depuis un certain temps les journalistes sont dans le collimateur d'Erdogan. La succession d'attaques à la liberté de la presse laisse pantois, avec la prise de contrôle par la police de plusieurs chaînes de télévisions et de radio et un nombre conséquent de journalistes turcs ou étrangers jetés en prison ou expulsés. D'après les organisations défendant la liberté de la presse, la Turquie est régulièrement sur le podium des pays qui emprisonnent le plus de journalistes.

    Mais l'action la plus emblématique de cette prise de contrôle du pouvoir sur la presse remonte au 4 mars dernier, avec la mise sous contrôle judiciaire de "Zaman", le plus gros tirage de la presse quotidienne nationale. Dès le tirage suivant, la ligne éditoriale était pour le moins "différente" de celle à laquelle les lecteurs de ce quotidien étaient habitués.

    Ce n'est pourtant pas le premier coup de force contre la presse. On se souvient que les forces de l'ordre turques avaient pris d'assaut les sièges des chaînes de télévisions Bugün TV et Kanaltürk, le 28 octobre 2015. Ces deux médias étaient la propriété de la holding Koza-Ipek, considérée proche de l'imam Fethullah Gülen, l'ancien allié, devenu ennemi public n°1 d'Erdogan. Ils avaient été placés sous tutelle par le procureur d'Ankara, quelques jours avant les élections législatives anticipées du 1er novembre et qui ont vu la victoire de l'AKP.

    À ce jour, la Fédération européenne des Journalistes recense 36 journalistes emprisonnés en Turquie. Pourtant, le Premier ministre Ahmet Davutoglu affirme sans rire qu'en Turquie, "aucun journaliste n'est emprisonné en raison de son métier". Cela a sans doute rassuré l'UE, dont la réaction à ces atteintes flagrantes de ses principes fondamentaux est étonnamment discrète.

    Daech

    Alors que huit membres de l'UE et la Turquie elle-même font partie de la coalition internationale anti-Daech, le rôle d'Ankara vis-à-vis de l'organisation terroriste est pour le moins ambivalent. De lourds soupçons planent en effet sur le soutien des autorités turques à Daech. À plusieurs reprises, les combattants de l'organisation terroriste semblent avoir profité des largesses de la Turquie. Ironie du parquet d'Ankara? Après avoir été mis en examen pour "espionnage" et "révélation de secret d'État", c'est pour "aide à un groupe terroriste" et "tentative de coup d'État" que seront jugés le rédacteur en chef du quotidien d'opposition Cumhuriyet Can Dündar et son chef de bureau à Ankara, Erdem Gül. Leur faute? avoir publié des articles où l'on pouvait voir, photographies et vidéos à l'appui, des représentants du MIT (services secrets turcs) escorter un convoi d'armement destiné aux djihadistes syriens.

    Autre exemple: des médecins ont témoigné que leur hôpital servait régulièrement à soigner les terroristes de Daech… Et que dire du trafic de pétrole dans lequel le propre gendre d'Erdogan semble impliqué… trafic auquel les Occidentaux ne se sont pas attaqués durant près d'un an de bombardements, jusqu'au début des frappes aériennes russes.

    La Grèce et les litiges territoriaux

    La Turquie est bordée de huit États, avec lesquels les tensions, et les incidents de frontière sont plus ou moins vifs. Pour ne prendre qu'un exemple, l'Irak a violemment protesté début décembre 2015 quand les forces turques ont pénétré sans autorisation sur son territoire, pour se positionner autour de Mossoul, officiellement pour soutenir les Kurdes dans leur combat contre Daech…

    Par ailleurs, la Turquie a décidé unilatéralement de définir une bande de 10 km de profondeur de territoire syrien jouxtant sa frontière comme zone d'exclusion militaire, s'arrogeant le droit d'attaquer toute force militaire pénétrant y pénétrant. Une conception très particulière dui droit international qui devrait faire réfléchir l'UE, si attachée à ce même

    Mais c'est avec la Grèce que les différents sont les plus nombreux. Si seuls 25% des Grecs estiment que la Turquie aurait sa place dans l'Union, ce n'est pas sans raison. Les relations entre les deux pays sont pour le moins mauvaises: outre l'affaire de Chypre (les Grecs soutenant le gouvernement légal chypriote), la Turquie et la Grèce ont des litiges sur la délimitation de la plate-forme continentale, des eaux territoriales et de l'espace aérien. Selon les lois internationales, la Grèce devrait avoir des eaux territoriales plus étendues (à 10 km de ses côtes et non 6) faisant de la mer Égée un lac grec, mais la Turquie s'y oppose évoquant une "entrave à la liberté de circulation".

    Chypre

    Le plus ancien et le plus grave différend entre l'UE et la Turquie demeure pourtant Chypre. Depuis 1974, la Turquie occupe le nord de l'île et refuse de reconnaître le gouvernement de Nicosie, le seul à être reconnu par la communauté internationale et naturellement par l'ensemble des membres de l'Union européenne, dont l'île fait partie depuis le 1er mai 2004. Un vrai problème pour la candidature d'Ankara à cette même UE, la reconnaissance mutuelle des États de l'Union étant un préalable à toute relation normale entre eux.

    Le problème est ancien puisque la Turquie ne reconnaît plus la République de Chypre depuis 1963, date du retrait de la communauté chypriote turque des institutions de l'île.
    Le sénateur socialiste, Simon Sutour, vice-Président de la commission des affaires européennes, n'avait pas mâché ses mots à ce sujet, lors de la présentation en commission, du rapport d'information sur l'évolution des relations entre l'Union Européenne et la Turquie:

    "Sur la question de Chypre, Ankara ne semble faire aucun effort. Il s'agit pourtant d'une occupation illégale, confortée par une politique de colonisation. J'avoue que je comprends mal que la Turquie ne recherche aucune solution à ce conflit qui les oppose à un État membre de l'Union européenne, à l'heure même où ils tentent d'en devenir membre." À son sens, "cette situation de blocage devrait perdurer tant que l'Union européenne n'aura pas fait preuve de davantage de fermeté sur le sujet. Il serait temps que les Turcs sortent du déni et adoptent une culture du dialogue."

    La Turquie elle-même?

    Les obstacles à l'entrée de la Turquie dans l'UE sont nombreux, mais le principal d'entre eux pourrait bien être… Ankara elle-même. Le gouvernement turc manifeste en effet peu de volonté de régler des différents anciens (Chypre, Grèce, génocide arménien…) et pour le moins une certaine désinvolture quand il s'agit d'en créer de nouveaux (libertés politiques et de la presse…). La Turquie souhaite-t-elle réellement rentrer dans l'UE?
    L'Eurodéputé Front national, Gilles Lebreton en doute:

    "Erdogan est engagé, à l'heure actuelle, dans un véritable bras de fer avec l'Union européenne, avec l'occident en général. Je rappelle quand même qu'il est arrivé à Strasbourg le 4 octobre 2015 pour arranger les Turcs qui vivent en France, et il a qualifié la Turquie de +vraie civilisation+ par rapport à la civilisation européenne qui juge +décadente+. Il engage véritablement un bras de fer, il ne veut rien concéder, même pas sur le plan historique".

    C'est sous cet angle que Tigrane Yégavian — spécialiste du Moyen-Orient et de la Turquie — interprète l'accord passé entre Ankara et les autorités européennes sur la crise des réfugiés le 18 mars dernier. Pour lui, il ne s'agit ni plus ni moins d'un jeu de dupes.

    "Le président Erdogan se fiche éperdument de la question de l'adhésion de son pays à l'UE, ce qu'il faut savoir c'est que cette question est davantage un enjeu de politique interne, vu la présence de 4 millions de Turcs qui résident de façon permanente en Europe occidentale. Pour le pouvoir turc, il s'agirait tout d'abord de canaliser cet électorat, leurs familles restées au pays, afin de conforter sa base électorale dans la perspective du référendum de modification de la constitution qui permettra au pays de passer d'un régime semi-présidentiel à un régime présidentiel."

    Alors que la plupart des pays européens sont réticents à l'entrée de la Turquie dans l'UE et qu'Ankara elle-même ne semble pas y tenir plus que cela, qui donc reste favorable à ce processus? Barack Obama, lui, qui déclarait en 2009: "Laissez-moi être clair: les États-Unis soutiennent fermement la candidature de la Turquie à l'UE."

    Les opinions exprimées dans ce contenu n'engagent que la responsabilité de l'auteur.

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    Tags:
    adhésion à l'UE, crise migratoire, génocide arménien, adhésion, liberté d'expression, problème kurde, visas, Union européenne (UE), Gilles Lebreton, Ahmet Davutoglu, David Cameron, Turquie
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