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    Ce lundi 23 mai, en effet, la devanture de la permanence socialiste de Grenoble a été retrouvée criblée de balles.

    Locaux attaqués, quand le PS suscite la violence

    © Photo. Capture d'écran: Google Maps
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    Marco Rumignani
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    Depuis plusieurs semaines, les locaux du Parti socialiste ont été la cible d’attaques répétées. À l’heure où la contestation gagne la rue et se radicalise, le parti au pouvoir est-il devenu un paria de la classe politique?

    Le Parti socialiste deviendrait-il le nouveau bouc émissaire de la France? Pour certains, manifester contre le gouvernement ou critiquer le PS n'est pas suffisant et c'est par la violence qu'ils s'expriment. Ce lundi 23 mai, en effet, la devanture de la permanence socialiste de Grenoble a été retrouvée criblée de balles.

    Ce n'est pourtant pas la première fois qu'une telle attaque se produit. En effet, depuis six mois, pas moins de trente attaques ont ciblé les locaux du PS, selon le parti.

    A-t-on la moindre idée des personnes qui ont commis ces actes? MM. Jérôme Lambert, député PS, et Jacques Bompard, député et président de la Ligue du Sud, ont accepté de s'entretenir avec nous.

    Jérôme Lambert: "Aucune idée de qui sont des responsables: des provocateurs ou des extrémistes ou je n'en sais rien. Ce que je sais, c'est qu'aujourd'hui certaines personnes s'en prennent effectivement par des actes physiques à des permanences du Parti socialiste ou des permanences d'élus socialistes, chose qui ne se fait pas en général dans notre pays, ça n'est jamais arrivé ou alors c'est arrivé vraiment très très rarement. Et là ce genre d'actes se multiplie ces derniers jours. Je ne suis plus socialiste pour commencer. Je peux être ciblé évidemment parce que n'importe qui peut l'être, en tant que parlementaire finalement. Mais j'ai pris des positions qui sont contre celles du gouvernement aujourd'hui. Donc si je suis pris à partie, ce serait par des partisans du gouvernement on va dire."

    Jacques Bompard: "Je n'ai aucune idée de ce qu'ils ont commis. Par contre, je condamne ces actes d'agression. Manifestement, ils signent un ras-le-bol de ceux qui l'ont fait vis-à-vis de la politique socialiste. Quand on est au gouvernement, on doit subir des conséquences des gens que l'on a soi-même agités en d'autres temps. Je ne pense pas que ce soit des gens de droite qui tiraient sur les socialistes, je pense plutôt qu'il faut chercher ça dans la mouvance gauchiste, gauchisante, des gens qui ont des idées hystériques puisqu'ils agressent les forces de l'ordre en ratant de peu de tuer un policier lors de la dernière manifestation."

    Des évènements qui font en effet penser aux violences en marge des manifestations contre la Loi Travail et à l'échec du dialogue entre le gouvernement et les acteurs sociaux, surtout lorsqu'on retrouve régulièrement des autocollants CGT dans les locaux attaqués. Pourtant ces attaques perdurent depuis près de 6 mois et sont de plus en plus violentes.

    ​Cela est-il donc lié à une contestation sociale (comme Nuit Debout) ou cela relève-t-il de quelque chose de plus profond?

    Jérôme Lambert: "Cette violence particulière ne remonte qu'à quelques semaines, à quelques jours, en réalité pas six mois, mais c'est tout à fait récent. Ou alors il y a eu des actes isolés peut-être, c'est possible. Qui aidait des manifestants devant les permanences du Parti socialiste, devant les permanences des élus? Ça ce n'est pas nouveau, mais ce qui est nouveau aujourd'hui, et ça c'est tout récent, c'est qu'il y ait des saccages. Ça ce n'est pas arrivé ou vraiment pas souvent, je n'ai pas de souvenir, mais ça, c'est certainement arrivé dans le passé. Mais là, il y a eu ces derniers jours une multiplication d'évènements, il en y a eu quatre ou cinq ou six."

    François Hollande
    © AFP 2019 Jean-Paul Pelissier
    La contestation contre la Loi Travail et contre le gouvernement prend une tournure de plus en plus violente (voiture de police incendiée, bombe utilisée à Rennes). Les officiers de police eux-mêmes ont manifesté la semaine dernière à ce sujet. Il y a un véritable engrenage de la violence qui est en train de se créer en France depuis un an. La Loi Travail n'explique pas tout. Y a-t-il plus qu'une vraie rupture entre le gouvernement et le reste de la population, les prémisses d'une guerre civile?

    Jacques Bompard: "Je crois qu'il y a un divorce très net entre le peuple et le gouvernement qui se marque dans les sondages par un rejet jamais vu du Président de la République et de son Premier ministre. Par contre, je ne pense pas que nous soyons dans une situation prérévolutionnaire parce qu'en fin de compte cette mouvance par les gens de Nuit Debout est une mouvance qui regroupe très peu de gens et regroupe des gens tout à fait déconnectés du peuple, qui vivent en ghetto entre eux et qui ne sont pas dans un monde réel, mais dans un monde artificiel."

    Ces violences peuvent évoquer celles qui étaient commises à l'encontre des locaux du Front national vingt ans plus tôt. Le PS serait-il devenu le nouvel épouvantail politique?

    Jérôme Lambert: "On ne sait même pas si des locaux du Front national ont fait l'objet de tels saccages. Il y a eu parfois dans tous les locaux de tous les partis politiques des slogans, des affiches apposées, mais ça, ce ne sont pas des attaques. Le Parti socialiste a déjà eu des locaux qui ont été saccagés, on ne peut pas dire que ça n'est jamais arrivé. Ce qui arrive là, c'est que ça arrive en plus grand nombre dans un temps plus court."

    ​Les ressemblances s'arrêtent là:

    Jacques Bompard: "Quand j'étais élu maire d'Orange, j'ai eu une manifestation le soir même de mon élection sur la place devant la mairie qui avait été orchestrée par les députés socialistes battus qui avaient mis un écran, qui avaient sonorisé la soirée de la passation des pouvoirs et qui avaient fait un appel à la République alors que, étant battus, ils devaient se taire. Tout ça était grand-guignolesque et on l'a traité comme il se devait et les choses en sont restées là. Par contre, ce que nous avons eu à subir durant les premières années du mandat, c'est des désinformations médiatiques tout à fait colossales. D'ailleurs des désinformations qui m'ont bien servi parce qu'elle a montré aux Orangeois que les grands médias mentaient et donc ils étaient totalement outrés."

    La différence essentielle est que les mouvances anti-FN visaient un parti d'opposition et pour certains de ses adversaires, en dehors de la République. En 2016, les attaques ciblent le parti au pouvoir. De plus, bon nombre d'élus socialistes n'ont pas vu leur permanence attaquée; ceux qui ont été visés soutiennent les actions du gouvernement, tandis que les "frondeurs" n'en ont pas fait les frais; selon une de nos sources au sein du PS, des élus qui se sont concertés avec les partenaires sociaux avant la promulgation de la Loi Travail n'ont pas non plus été attaqués.

    Enfin des membres du PS, malgré la déclaration de M. Cambadelis, Premier secrétaire du parti, estiment que ces agissements sont le résultat d'une accumulation d'erreurs commises depuis plusieurs mois. Le dialogue apaiserait-il les mœurs? Comme a pu le constater le Conseil économique, social et environnemental, le dialogue social fait défaut en France, ainsi qu'une culture du compromis et de la négociation.

    En ôtant le dialogue au combat politique, il ne reste que le combat.

    Les opinions exprimées dans ce contenu n'engagent que la responsabilité de l'auteur.

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    Tags:
    attaque, Parti socialiste français (PS), France
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