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    France : un mouvement social contre l’Union européenne ?

    France : un mouvement social contre l’Union européenne ?

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    La France traverse actuellement la plus grave crise sociale depuis 1995 et le mouvement social contre les réformes d’Alain Juppé, le premier ministre de l’époque.

    Pourtant, ce mouvement n'est pas une simple réédition de celui de 1995. Il constitue, dans les faits et même si une partie des acteurs n'en a pas une claire conscience, le premier mouvement social contre l'Union européenne et les règles qu'elle impose. De fait, la question de la souveraineté nationale est directement posée. Le soutien, certes modéré, à ce mouvement de Marine le Pen est un signe important du statut politique de ce dernier.

    Le Premier-ministre, néanmoins, ne veut rien céder. Il se déchaîne, et le gouvernement et la presse aux ordres avec lui, contre la CGT. Or, la CGT n'est pas la seule dans ce mouvement, ce que l'on oublie un peut vite. La présence de FO, de SUD et de syndicats catégoriels y est importante. Le Premier-ministre et la presse aux ordres qualifient les grèves qui touchent les raffineries de « terrorisme social ». Le discours tenu aujourd'hui par Manuel Valls est cependant en contradiction complète avec celui qu'il tenait en 2010. Vérité dans l'opposition, erreur dans la majorité…

    L'inquiétant est que ce gouvernement, par sa pratique, comme la gestion exclusivement policière du mouvement ou par l'usage abusif de l'article 49-3 pour faire passer la loi « El Khomri », ou comme par son langage, il installe un climat de guerre civile en France. Il le fait alors que nous vivons, du moins en théorie, dans l'état d‘urgence. Ce comportement est parfaitement irresponsable. Il constitue aujourd'hui une menace pour la paix civile.

    Le rôle de l'UE et de l'Euro

    La vérité, niée par le gouvernement mais aujourd'hui largement révélée par de multiples déclarations de dirigeants de l'UE, est que cette loi El Khomri est la rançon qu'il nous faut payer à Bruxelles, à l'Union européenne et à l'Euro pour faire admettre un déficit dépassant les normes. On sait que les diverses instances européennes reprochaient à la France son « manque » de réforme et la menaçaient de procédures disciplinaires. De fait, cette loi est la stricte application de la « stratégie de Lisbonne » et des «Grandes Orientations de Politique Économique» qui sont élaborées par la direction générale des affaires économiques de la Commission européenne. De fait, les GOPE, dont l'existence est posée par les traités, et le «Programme national de réformes» prescrivent à de nombreux pays et depuis longtemps le malthusianisme budgétaire et la modération salariale. C'est pour cela que le gouvernement y tient tant et qu'il ne veut, ni ne peut, revenir sur sa décision. C'est pour cela que tant Manuel Valls que François Hollande font assaut de fermeté. Mais cette caractéristique, qui serait admirable dans d‘autres circonstances devient odieuse quant il s'agit d'imposer à un peuple des mesures décidées hors de la souveraineté nationale. Ce faisant, Manuel Valls et François Hollande se font les agents de l'étranger.

    Nous sommes donc en quelque sorte rançonnés par l'Union européenne, ce qui est logique car nous ne sommes plus souverains. Mais, cette loi ne constitue plus précisément une partie de la rançon. Déjà Emmanuel Macron, Ministre de l'économie annonce un politique de modération salariale, soit la diète pour les salariés, au moment même ou il s'oppose à une mesure similaire pour les patrons. Beau raisonnement d'un homme qui confond un gouvernement avec un conseil d‘administration. Car, dans l'esprit de Monsieur le ministre, est intégré le fait que la France ne pouvant plus dévaluer, elle ne peut rétablir sa compétitivité que dans une course au « moins disant/moins coûtant » salarial. La volonté de ramener toute négociation dans le strict cadre des « accords d'entreprise » au détriment des accords de branches ou des accords nationaux, affaiblissant de manière dramatique le rapport de force des salariés face aux patrons. C'est la philosophie profonde de cette loi, toute entière contenue dans son article 2 qui induit un renversement total des normes dans le Code du Travail.

    Légitime défense

    Rapport de force, voilà bien le mot qui fâche, mais qui néanmoins s'impose. Il n'est de bonne négociation qu'avec un rapport de force construit et, bien souvent, pour qu'il en soit ainsi il faut faire intervenir des agents extérieurs à la négociation. Ce qui nous conduit directement à la question des grèves et des blocages actuels. Il y a conflit, cela est évident pour tout le monde.

    Ce conflit oppose le gouvernement, et au-delà une large partie de la « classe politique » de « gauche » comme de droite, à une large majorité de la population, les sondages donnant de 70% à 74% d‘opposants à cette loi. La montée des protestations ayant eu quelques échos au sein du parti dit « socialiste », le gouvernement se vit privé de majorité, et décida d'engager l'article 49-3, ce qui n'est — ni plus, ni moins — qu'un détournement éhonté de procédure. De ce point de vue, le recours à des formes de luttes plus violentes s'apparente à une légitime défense. Une légitime défense sociale, assurément, contre des mesures contenues dans une loi qui ont été imposées de l'étranger et au mépris des règles de la démocratie, mais cette légitime défense sociale n'en est pas moins légitime.

    François Hollande et Manuel Valls, Paris, France, Feb. 3, 2016.
    © REUTERS / Philippe Wojazer
    Il est clair que ces formes de luttes créent un désordre, et touche des personnes qui ne sont pas directement impliquées. Mais, ce désordre ne fait que répondre à un désordre premier, qui résulte de l'usage du 49-3. Prétendre alors s'offusquer de la conséquence et non de la cause relève de la plus pure hypocrisie. On ne peut condamner les blocages que si, au préalable, on condamne l'usage du 49-3, et plus généralement la tactique du gouvernement qui n'apporte que des réponses policières à un mouvement social. De fait Manuel Valls se révèle en émule de Jules Moch dans les années de l'immédiat après-guerre. Mais au moins Jules Moch agissait dans le cadre d'un gouvernement souverain, ce qui n'est pas le cas de Valls.

    Hypocrisies et cohérence

    Il y a donc beaucoup d'hypocrisie dans les condamnations des blocages par ces députés d'opposition qui sont les premiers à s'indigner contre les mesures européennes et contre la perte de souveraineté qu'elles entraînent, mais qui ont un haut-le-cœur quand des travailleurs passent concrètement à l'action contre ces mesures.

    Il y a, enfin, une hypocrisie immense dans le comportement de ces membres du P « S » qui condamnent sans la condamner la loi El Khomri, et qui refusent de dire les choses telles qu'elles sont parce qu'ils comprennent bien que l'origine première de ces dites choses, c'est l'Union européenne et l'Euro.

    La France est aujourd'hui menacée par la combinaison de deux phénomènes. D'une part, l'entêtement de ce gouvernement qui n'est plus que le fondé de pouvoir d'une puissance étrangère et qui, pour ne pas déplaire à ses véritables maîtres est prêt à plonger le pays dans la guerre civile. D'autre part, c'est l'hypocrisie généralisée de beaucoup, et le manque de cohérence que révèle cette hypocrisie. Car, nos adversaires, ceux de Bruxelles et de Francfort, ceux qui cherchent à imposer en France ce qu'ils ont déjà imposé en Grèce, en Espagne et en Italie, eux, sont cohérents.

    Les opinions exprimées dans ce contenu n'engagent que la responsabilité de l'auteur.

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    Tags:
    crise, réformes, Union européenne (UE), Manuel Valls, Alain Juppé, Europe, France
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