Ecoutez Radio Sputnik
    L’EURO 2016 : championnat de foot ou de grève ?

    L’Euro 2016 : championnat de foot ou de grève ?

    © REUTERS / Robert Pratta
    Points de vue
    URL courte
    Par
    Euro 2016 (115)
    1031
    S'abonner

    Du 10 juin au 10 juillet, la France accueillera 24 équipes de football et huit millions de supporters du monde entier. Un tacle sur le terrain de la fête sportive : la SNCF, la RATP ou encore les contrôleurs aériens comptent faire grève. Petit guide de l’Euro 2016 et des grèves qui s’annoncent.

    Il ne reste que dix jours pour bien se préparer à l'Euro 2016. Pour la France, qui tente de calmer les mouvements sociaux qui risquent de gâcher le séjour des huit millions de supporters venant de tous les coins d'Europe et d'autres pays. Et pour les supporters qui ont prévu leur voyage depuis des mois et qui commencent à s'inquiéter des grèves dans les transports annoncées durant ce mois du football.

    Les transports, le logement, l'achat des billets de match à la dernière minute et surtout la sécurité, autant d'éléments qui font le bonheur des supporters, en plus des victoires de leurs équipes. Comment la France les accueille-t-ils? Commençons par les transports.

    Arriver en France en avion. L'éventuelle grève au sein d'Air France n'est plus d'actualité, d'après le porte-parole du SNPL, mais 68% des pilotes ont voté pour, il faut donc suivre l'humeur des mécontents, en se souvenant de 2014, quand leur colère a duré deux semaines et a paralysé la circulation aérienne.

    Une autre compagnie aérienne, le géant des lowcost, Ryanair, ne compte pas faire grève et ajoute au contraire 90 vols supplémentaires. Le nombre des réservations se multiplie et les places attrayantes à 20 euros disparaissent à vue d'œil. D'après Yann Delomez, responsable vente et marketing de Ryanair pour la France, les prix vont jusqu'à 300 euros l'aller, mais les supporters n'hésitent pas à dépenser cet argent pour une si belle occasion. Yann Delomez manifeste son inquiétude, car une grève des contrôleurs aériens est également prévue. Il estime que faire la grève au moment de l'Euro 2016 n'est pas « une bonne idée »:

    "Ça serait très malvenu à notre avis d'avoir des grèves que ce soit des contrôles aériens ou des compagnies nationales comme Air France. Pour nous, ce qui importe c'est le bonheur des supporters. C'est de mettre à l'honneur aussi la France pendant l'Euro, c'est vraiment un des points qui nous tient à cœur. C'est ça qui est vraiment important. Et nous on plaide en tout cas contre les grèves en France, en tout cas pour éviter un fiasco à ce niveau-là."

    Arriver ou voyager en France en train. Ce soir à 19h, une grève illimitée démarre à la SNCF à l'initiative des trois premiers syndicats. D'après Franck Bernard, directeur SNCF de l'Euro 2016, ce genre de rendez-vous très médiatique est aussi un rendez-vous social et les négociations se poursuivent au sein de la SNCF depuis des mois, mais en ce moment elles n'ont pas la primauté sur les préparatifs de grande ampleur en vue d'accueillir deux millions de voyageurs.

    « Sur les TGV qui sont les principaux trains qui vont emmener les supporters dans les villes hôtes nous avons fait plusieurs choses. D'abord nous avons sélectionné les TGV du parc de transport qui étaient les plus adaptés au match avec les recommandations par exemple de ne pas prendre un TGV qui arriverait une demi-heure avant le match parce que les supporters risquent de courir un peu pour arriver à l'heure. Une vraie innovation — nous avons ajouté des TGV de nuit. Nous avons plus d'engagement que pour tous les matchs en province, il y en a quand-même trente-neuf, pour chacun de ces matchs en province, qu'elle que soit l'heure et en général les matchs se terminent souvent à 21 heures, il y a un TGV au départ de la ville en question pour remonter sur l'Ile de France. »

    Malgré la préparation importante et le fait que tous les regards seront rivés sur le pays hôte de l'Euro 2016, les syndicats tiennent à leur lutte, comme l'explique Thierry Lilliet, représentant de la CGT Paris:

    « On est dans un processus de lutte. Je ne peux pas vous garantir aujourd'hui que le 10, le lancement de l'Euro sera perturbé ou pas. Euro ou pas Euro, de toute façon le gouvernement, il est sourd depuis des mois, depuis des mois il est sourd à nos exigences, au fait qu'on puisse se rencontrer, au moins discuter, il est intransigeant. Il a sorti le 49-3 sur une loi qui est la loi du Travail et qui bouleverse fondamentalement tout ce que régit le Code du travail. On pointe l'Euro parce qu'on arrive à l'échéance, dans 7 jours c'est l'Euro. Mais Euro ou pas Euro, ils répondent pas aux exigences, ils répondent pas aux syndicats. »

    Arriver en France en bus. C'est l'une des possibilités d'éviter les conséquences évidentes des grèves annoncées. Isabelle Pons, responsable de communication chez Eurolines explique que les services de la compagnie ne sont pas surbookés pour l'instant, mais ils se sont préparés à des imprévus liés à l'Euro 2016:

    "Pour le moment sur la France, pas encore de hausses parce que ce sont souvent des achats dernière minute sur le car. Mais par contre, nous avons mis en place un système de surveillance de lignes. Si les lignes se remplissaient et les cars étaient complets, nous sommes à même de rajouter des cars supplémentaires pour faire face à la demande. Nous nous sommes préparés à l'Euro 2016 et nous sommes là pour transporter toutes les personnes qui souhaitent voyager sur nos lignes."

    Une fois en France, votre billet en main et le logo de votre équipe préférée sur le dos, il faut se préparer à visionner les matchs. Pour ne pas rester scotché à son canapé et devant le petit écran, deux alternatives: les stades et les fan-zones. Pour la première, si le billet est acheté un an à l'avance, c'est mieux, mais il reste encore des places dont le prix varie entre 29 et 900 euros pour les grosses affiches.

    Ensuite, le logement. Les hôtels sont quasiment remplis, pour Marseille par exemple qui accueille le match Russie / Angleterre, sur un site comme Booking.com 93% des chambres sont déjà réservées. Pour Airbnb, c'est quasiment la même situation, 96% des appartements attendent leurs locataires.

    Les fan-zones sont une alternative pour ceux qui veulent suivre les matchs en plein air sans pour autant se rendre au stade. Dans chaque ville hôte, des écrans géants seront installés et réuniront des milliers de personnes. Les autorités promettent une sécurité maximale, mais à Bordeaux par exemple, plusieurs supporters partagent leurs inquiétudes, car l'Esplanade des Quinconces, la fan-zone bordelaise, est un espace très compliqué, voire impossible à faire évacuer en cas de besoin.

    Pour assurer la sécurité de tous, la police travaille d'arrache-pied malgré le manque de repos dû aux vagues de manifestations, explique Philippe Capon, secrétaire général de l'UNSA police. Il détaille comment vont se dérouler les journées des policiers entre le 10 juin et le 10 juillet:

    "Les policiers ne pourront plus prendre le repos compensateur lié aux heures supplémentaires, les congés sont réduits au strict minimum voire dans certains services supprimés. C'est-à-dire que tous les effectifs de police seront concentrés aux missions habituelles et en plus aux missions liées à l'Euro. Donc ça nous fait beaucoup de missions en plus des missions habituelles liées à des mouvements sociaux importants. Le policier, il saura à quel moment il va démarrer sa journée, son horaire de travail, si c'est huit heures, mais il ne saura pas à quelle heure il va terminer. C'est l'actualité qui va déterminer s'il fait une journée normale."

    Pour faciliter l'accès au stade pour les supporters, Philippe Capon a conseillé de ne pas mettre de vêtements épais, si bien sûr la mousson française s'arrête, et de ne pas prendre de bouteilles, de canettes ou encore du verre avec soi. Au vu de la spécificité de l'événement, la vente d'alcool sera réglementée, mais Philippe Capon soupire en avouant que si les supporters veulent vraiment consommer de l'alcool, y compris dans les stades, ils feront tout pour y arriver.

    De leur côté, les supporters évoquent d'autres problèmes. Ce jeune homme explique qu'il faudra surtout être en bonne forme physique pour traverser les villes à pied en cas des grèves:

    "Il y a toujours des risques malheureusement de bagarres entre supporters pour une raison ou pour une autre, mais je pense que l'Euro c'est quand même d'abord la fête, c'est du foot, c'est du sport. Donc j'espère que ça va bien se passer. Il y a eu des Coupes du monde et des Euros et globalement on retient qu'il y a eu des matchs, des spectacles, normalement ça va. C'est bête, mais je trouve qu'il faut se préparer à marcher beaucoup parce que ça va être plus simple dans certaines villes de faire une heure de marche pour aller au stade que d'essayer de prendre un train qui sera en retard à cause des grèves, peut-être des manifestations sur le chemin. Je pense plus à des problèmes de blocage qu'à la violence."

    Dix jours pour préparer sa valise et pour suivre l'actualité et la réalité d'une société française qui n'arrive toujours pas à retrouver son harmonie. Le train du football européen arrive en France et les TGV de nuit tout neufs attendent les passionnés du ballon rond, en espérant que la gronde sociale ne ternisse pas la bonne humeur des supporters

    Les opinions exprimées dans ce contenu n'engagent que la responsabilité de l'auteur.

    Les opinions exprimées dans cet article n'engagent que la responsabilité de son auteur. Elles ne reflètent pas nécessairement la position de la rédaction de Sputnik.

    Dossier:
    Euro 2016 (115)

    Lire aussi:

    Euro 2016: Daech planifiait une attaque lors du match Russie-Angleterre
    Force ouvrière appelle à une grève pendant l'Euro 2016
    Euro 2016: la vente des billets a débuté
    Loi Travail: le site DCNS à Cherbourg de sous-marins nucléaires "totalement bloqué"
    Tags:
    supporter, championnat, transports, grève, football, Euro 2016, Air France, Ryanair, SNCF, Europe, France
    Règles de conduiteDiscussion
    Commenter via FacebookCommenter via Sputnik