Ecoutez Radio Sputnik
    « Lolita Lempicka à « Nuit debout devant les abattoirs » , Houdan

    Nuit debout s’invite devant les abattoirs

    © Sputnik .
    Points de vue
    URL courte
    Gaëlle Nicolle
    4135

    L’association « 269 Life libération animale », qui lutte contre l'exploitation des animaux, a organisé une veillée devant 33 abattoirs en France, Suisse et Belgique. Une « nuit debout » avant « le dernier jour des condamnés», ces animaux tués pour la consommation humaine : une action qui n’a pas toujours plu aux éleveurs...

    Les antispécistes ne mâchent pas leurs mots: victimes, holocaustes, génocide! Car eux ne demandent pas simplement plus de respect pour l'animal dans les abattoirs, ils veulent que l'on ferme ces lieux de mort pour les animaux. Les antispécistes, rassemblés autour de l'association 269 Life Libération Animale, ont organisé dans la nuit de jeudi à vendredi une Nuit Debout devant 29 d'abattoir en France, 1 en Suisse et 1 en Belgique.

    À l'abattoir Guy Harang à Houdan, dans les Yvelines, les militants se sont réunis progressivement à partir de 18 h, jusqu'à 5 h le lendemain, et étaient environ 70. Au programme de la nuit, banderoles, fleurs, bougies, discours et recueillement, pour rendre hommage aux animaux tués chaque jour dans cet abattoir, le dernier abattoir porcin d'Île-de-France. La célèbre styliste Lolita Lempicka, végan et militante, était présente hier devant l'abattoir:

    « On a aucun droit, nous les êtres humains, de se sentir supérieurs et de montrer notre force d'une mauvaise façon, c'est à dire d'abuser des animaux, de les élever de force, de les faire naitre de force, de les faire vivre dans des conditions qui ne sont pas leurs conditions naturelles, et de les tuer jeunes. Parce qu'en fait on tue des bébés. Et les tuer juste pour le plaisir, parce qu'on trouve cela bon, la viande. Rien ne justifie tout ça, c'est une injustice énorme, quand on se rend compte vraiment de ce que c'est. Pour moi c'est un génocide ».

    Lolita Lempicka à « Nuit debout devant les abattoirs » , Houdan
    © Sputnik .
    Lolita Lempicka à « Nuit debout devant les abattoirs » , Houdan

    Selon L214, autre association de défense des animaux, 3 millions d'animaux sont tués chaque jour. Hasard du calendrier, L214 a publié la veille une nouvelle vidéo-choc de deux abattoirs en France. Maltraitances, violations des réglementations… ces images ont une nouvelle fois suscité l'indignation de l'opinion et la colère des différents acteurs de la filière. Poussé à agir face à ces vidéos qui se sont multipliées depuis près d'un an, le ministère de l'Agriculture publie aujourd'hui sa synthèse d'audits, dont l'objectif était "d'évaluer le niveau de maîtrise de la protection des animaux depuis le déchargement des animaux, jusqu'à leur abattage." Mais pour les militants de cette "Nuit Debout" version carnée, peu importe que les animaux n'aient pas mal durant l'abattage, ils ne devraient tout simplement pas être tués, mis au service de l'homme, que ce soit pour le nourrir, le vêtir ou le divertir. Catherine Hélayel, auteur du livre "Yes vegan", fait partie de ce courant abolitionniste:

    La torture, on ne la réglemente pas, on l'abolit. Donc pour moi les abattoirs, ce n'est pas une question de réglementation, c'est une question d'abolition. Donc, c'est compliqué. En même temps, je suis un peu schizophrène, car en tant qu'avocate je vais être pour des lois de protection. Actuellement, on les multiplie, mais je pense que c'est totalement utopique et illusoire. On peut mettre des caméras, avoir des commissions, je crois qu'aujourd'hui' on a jamais eu autant de textes de protection et autant de souffrance animale. Le problème, c'est qu'il ne s'agit pas d'euthanasie, on n'est pas là pour mettre fin à des animaux qui souffrent. C'est du massacre, on tue, on tue des animaux. Donc quand on travaille dans un abattoir comme ça, si on considère qu'on a des animaux sensibles, on ne peut pas travailler. Je crois que nous, consommateurs, on est l'instrument, eux ils sont la prolongation. Ils agissent parce que nous on consomme de la viande. S'ils ne les considèrent pas comme des objets, ils ne vont pas pouvoir les tuer.

    libération animale
    © Photo. Nuit debout
    libération animale

    Pourtant, du côté des « professionnels de la viande », que ce soit celui qui élève, transporte ou abat, l'amour pour les bêtes est une évidence. La veille de l'événement « Nuit debout devant les abattoirs », la Coordination Rurale avait publié un communiqué disant: "Face à la multiplication des actions anti-viande sous couvert de défense du bien-être animal » et avait appelé à se mobiliser "pour que la désinformation ne prenne pas le dessus sur la réalité", dénonçant des "vidéos de propagande, mises en scène trompeuses, manipulations de chiffres, fausses vérités ». Répondant à cet appel, des éleveurs sont venus perturber certaines Nuit Debout, notamment en Vendée, où les militants ont tenu deux heures, dispersés à grand coup d'insultes et d'urine animale. Pour Sandra, responsable régionale de l'action veille « Nuit Debout » devant les abattoirs à Houdan, la portée est avant tout symbolique:

    C'est vraiment une portée symbolique. Je dirai que ça peut se lier à l'ensemble des nuits debout parisiennes, qui se sont développés dans toutes les villes et qu'on peut retrouver dans cette démarche aujourd'hui. C'est une soirée où on tenait porter notre soutien à ces animaux, même s'ils ne nous entendent pas. Se dire qu'on est solidaires d'eux qui sont dans les abattoirs, qui subissent ces meurtres tous les jours. Comme l'événement se produit à une échelle nationale, on s'était dit qu'on niveau médiatique on aurait une certaine portée, qui pourrait peut-être ouvrir les consciences.

    À Houdan, l'action s'est déroulée certes dans l'incompréhension, mais globalement dans le calme. Une dame sortant de l'abattoir en voiture invite les militants à venir voir de leur propres yeux que les cochons, gazé au CO2, ne souffrent pas (alors que le président de la commission d'enquête parlementaire sur les conditions d'abattage des animaux de boucherie dit des abattoirs qu'ils sont plus difficiles d'accès qu'"un sous-marin nucléaire"). Un autre employé conduisant un camion à deux étages remplis de porcs dont le tableau de bord est couvert de petites peluches d'animaux de la ferme, provoque cris et pleurs chez les militants. Face aux banderoles "viande = meurtre", les éleveurs ripostent "j'aime la viande": mais qu'en pense le consommateur?

    Les opinions exprimées dans ce contenu n'engagent que la responsabilité de l'auteur.

    Lire aussi:

    Interview avec Brigitte Bardot : "Là où l’homme passe, la nature trépasse"
    Lueur d'espoir sur les abattoirs, Stéphane Le Foll entendu
    Abattoirs français : douce souffrance, cher pays de mon enfance
    France: reprise de la confrontation sur le prix du porc
    Tags:
    abattoir, Nuit Debout
    Règles de conduiteDiscussion
    Commenter via FacebookCommenter via Sputnik