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Rapport Chilcot (14)
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Le Royaume-Uni est entré en guerre contre l'Irak en 2003 sans avoir épuisé les voies pacifiques, avec une mauvaise préparation et sans mesurer les conséquences de son acte.

C'est en tout cas ce qu'affirme le rapport de la commission d'enquête présidé par John Chilcot. Il aura fallu sept ans aux britanniques pour prendre connaissance de ce rapport explosif.

Special Relationship. Cette « relation spéciale » entre les États-Unis et le Royaume Uni, que l'on croit parfois décliner, était en plein essor en 2002, quand Tony Blair a écrit au président George W. Bush pour lui assurer qu'il serait avec lui « quoi qu'il arrive ».

Une relation assez spéciale en tout cas pour que le Royaume-Uni se lance dans l'opération Liberté Irakienne ou Troisième guerre du Golfe à la suite des États-Unis, alors que les recours diplomatiques n'avaient pas été épuisés et que l'intervention anglaise était mal préparée et mal calculée dans ses conséquences. C'est en tout cas ce qu'affirme le rapport de la commission d'enquête présidé par John Chilcot.

Dans ce conflit, les États-Unis ont perdu 4 487 personnes. Le Royaume-Uni — 179. Vraiment, une « relation spéciale » soudée par le sang… le sang de 90.000 à plus de 600.000 irakiens.

Aujourd'hui, l'ancien Premier ministre britannique Tony Blair a exprimé sa « peine », ses « regrets » et ses « excuses » après la publication du rapport. Mais les investigations de la commission sur le sujet ont duré plus de sept ans. Pour François-Bernard Huyghe, directeur de recherche à l'Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS) où il a créé l'Observatoire géostratégique de l'Information en ligne, c'est compréhensible:

«Il est visible qu'on a freiné du côté des administrations, qu'ils se sont heurtés à des difficultés juridiques, aux «secrets défense». Des administrations qui ont participé au montage de cette guerre totalement artificielle n'ont pas beaucoup coopéré, mais il y a eu une très forte pression des citoyens, des familles de soldats. On est venu à bout de cette passivité. Il y a déjà eu des rapports britanniques 2003-2004: celui de Lord Acton, celui de Lord Bbtler, etc., qui avaient déjà établi que le discours britannique sur les armes de destruction massive en Irak était totalement faux, que ça soit une naïveté ou par machiavélisme. »

Mais la critique la plus dure reste que Saddam Hussein ne constituait pas une menace imminente en 2003 et que les conséquences de l'invasion ont été sous-estimées. Le verdict du rapport Chilcot: le gouvernement britannique a par ailleurs échoué à atteindre ses objectifs.

« J'ai moi-même écris un livre en 2004 avec des éléments qui montraient très clairement que cette guerre étant voulu en tout état de cause par les néoconservateurs américains et leurs disciples britanniques dans le but de reconfigurer complétement le Moyen-Orient, de créer ce qu'ils appelaient à l'époque un tsunami démocratique. Saddam était une cible symbolique. C'était un régime abominable et je n'ai aucune sympathie pour lui, mais sa disparition a créé plus de morts, plus de désordre, plus de chaos qu'il n'en provoquait. On a eu un terrible choc en retour dont ni nous, ni les Irakiens n'ont pas fini de payer le prix. Je rappelle qu'il y a quelques jours il y a eu un attentat mené par Daech à Bagdad faisant environ 205 morts. Ces attentats, la montée en puissance de Daech, ce chaos sont les conséquences d'une guerre totalement inutile »

D'autres conséquences de cette guerre « inutile » sont également la baisse de confiance du peuple britannique en son gouvernement. Et cette défiance vient juste quelques jours après les résultats du referendum de Brexit.

« Il y avait déjà une forte opposition populaire en 2004, au moment de la guerre en Irak et puis l'opinion a bien vu qu'au lieu d'apporter la paix et la démocratie, cette opération apportait encore plus de chaos et encore plus de dizaines de milliers de morts dans la région.

Je crois que les Britanniques sont maintenant majoritairement contre cette opération qu'on leur a « vendu » à l'époque avec de fausses armes de destruction massive, de faux rapports. Du fait que Cameron soit le successeur de Tony Blair et qu'il menait la même politique pro-américaine, il y a une rupture entre les élites britanniques et la politique étrangère souhaitée. La population a le sentiment d'avoir été trompée dans la soumission aux directions européennes, d'une part, et dans la soumission à la politique américaine néo-conservatrice dans cette guerre »

Un autre point accablant du rapport est une attaque directe contre l'armée britannique: elle n'ait pas fourni suffisamment tôt les équipements appropriés pour protéger ses soldats. Plus grave encore, selon le rapport, les services de renseignement ont fourni de fausses informations et n'ont pas vérifié leurs sources.

« Ce rapport reproche non seulement les choses qui sont connues, il montre que sur le plan stratégique, d'une part, on a mal estimé les réalités du terrain: les soldats qui sont partis mal préparés, avec des blindages insuffisants, du matériels qui était pas adapté à ce terrain, on a sous-estimé le chaos qu'on provoquerait avec une insurrection irakienne. On a surtout mal préparé les conditions d'un après-guerre ou d'après une victoire sur Saddam Hussein.

Évidemment, ce sont de grosses humiliations pour l'armée britannique qui est censée être l'une des meilleures au monde. Je vous rappelle que l'armée britannique et l'armée française représentent 55% des forces militaires de l'Europe. C'est une armée très importante et parmi celles qui interviennent le plus sur les théâtres d'opérations extérieures en ce moment. Les Britanniques aiment leur armée. Il n'y a pas beaucoup d'antimilitarisme dans ce pays. Pour eux, c'est une grosse déception, au moins à l'égard du commandement et des planificateurs.»

Sir John Chilcot a commencé son discours de présentation du rapport par ces propos: « Nous avons considéré la politique du Royaume-Uni en Irak de 2001 à 2009 pour, entre autres, tirer des leçons pour l'avenir. »
Ce dernier temps, l'actualité donne pas mal de leçons au Royaume-Uni.

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John Chilcot, Tony Blair, Saddam Hussein, Royaume-Uni, Irak
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