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Attaque au camion à Nice (120)
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Au motif d’en éviter la diffusion non contrôlée, la sous-direction antiterroriste de la police judiciaire demande à la ville de Nice de détruire toutes les images de l’attentat ! La municipalité s’y oppose et va demander la mise sous séquestre des images en question. Pourquoi un tel imbroglio?

La sous-direction antiterroriste de la Police judiciaire demande à la ville de Nice de détruire toutes les images de l'attentat! Dans une réquisition judiciaire urgente, émise le 20 juillet, elle "prie" le responsable du Centre de Supervision Urbain (CSU) de Nice de bien vouloir procéder à la destruction des enregistrements de toutes les caméras de vidéosurveillance braquées — ou pouvant l'être — sur la promenade des Anglais entre le 14 Juillet 22 h 30 et le 15 juillet 18 h, ainsi que de toutes celles qui auraient pu filmer la scène de crime. Le document liste alors les caméras concernées et leur localisation.

En somme, le document requiert l'effacement pur et simple des enregistrements effectués sur la scène de crime et de toutes leurs copies, pour faire bonne mesure. Une demande qui n'a pas été du goût de la mairie, qui n'a pas tardé à faire part de son opposition. En réponse, Philippe Blanchetier, l'avocat de la municipalité a précisé dans Nice-Matin que la ville allait demander au procureur de la République la mise sous séquestre des images — je cite "afin de ne pas hypothéquer les éventuelles autres procédures qui pourraient voir le jour au-delà de l'enquête antiterroriste en cours".

Pour l'avocat, s'adresser au seul responsable du Centre de Supervision Urbain et prétexter l'article 53 pour requérir une destruction de preuves alors que ce même article est supposé assurer leur conservation sont autant de problèmes — de fonds comme de forme — qui doivent être soulignés:

​"Il y a une difficulté dans cette affaire, c'est que s'il y a une enquête antiterroriste en cours pour identification de l'auteur de l'attentat, de ses éventuels complices et des moyens humains et matériels dont il a pu disposer pour commettre cet acte épouvantable, un certain nombre de victimes ou de familles des victimes — directement ou par le biais d'associations — on fait connaitre leur désir leur souhait et leur intention, d'engager des procédures pénales ou civiles contre l'État et contre éventuellement la collectivité c'est-à-dire la ville de Nice. Et la ville de Nice qui n'entend pas se soustraire à la vérité, entend que tous les moyens puissent être préservés pour que ces victimes puissent exercer tous les recours qu'elles jugeraient utiles."

Afin de justifier cette demande d'effacer les enregistrements de pas moins de 140 caméras qui auraient pu filmer la scène de crime, le parquet de Paris évoque la volonté de vouloir éviter leur "diffusion non contrôlée". En clair, il souhaite éviter un risque de fuite des images et leur utilisation "malveillante", notamment par des sites djihadistes à des fins de propagande. Le tout étant motivé par le souci de préserver la dignité des victimes, précise-t-on à la Police judiciaire. Des arguments loin de convaincre l'avocat parisien:

"Il est avancé une thèse qui est fantaisiste: la fuite de ces images, il faut préciser que les seules personnes qui ont accès à ces images, ce sont les services de police et le personnel du Centre de Surveillance Urbain — qui est trié sur le volet — donc il n'y aucun risque de fuite. En tout cas certainement pas comme je l'ai lu ici où là dans la presse: un risque de fuite sur des réseaux djihadistes à des fins de propagande, don c'est une mauvaise explication."

Une demande des autorités qui peut paraître d'autant plus étonnante que cette même sous-direction de l'antiterrorisme a fait parvenir des serveurs au Centre de Supervision Urbain pour leur permettre de sauvegarder les quelque 30.000 heures d'enregistrement vidéo de la nuit de l'attentat.

"On a deux enquêtes qui sont parfaitement différentes: la sous-direction antiterroriste est là pour identifier l'auteur de l'attentat et ses éventuels complices. C'est une procédure qui est totalement distincte des procédures que pourraient engager les victimes en responsabilités contre l'État et la collectivité, c'est un procès en responsabilité, ce n'est pas un procès sur l'identification de l'auteur et de ses éventuels complices dans ces actes épouvantables."

Rappelons que sur la base de ces vidéos, depuis le 15 juillet, des élus de la ville de Nice accusent l'État de ne pas avoir assumé pleinement ses responsabilités, donnant naissance à plusieurs polémiques sur les moyens engagés pour sécuriser les festivités du 14 juillet. De plus, les victimes de l'attentat qui ont l'intention de porter plainte contre l'État pourraient utiliser ces enregistrements comme éléments de preuve. Ce sont ces éléments, qui au nom de la préservation de la dignité de ces victimes, sont menacés de disparition. 

Les opinions exprimées dans ce contenu n'engagent que la responsabilité de l'auteur.

Les opinions exprimées dans cet article n'engagent que la responsabilité de son auteur. Elles ne reflètent pas nécessairement la position de la rédaction de Sputnik.

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Tags:
enquête, attentat, police, Attentat de Nice (2016), Centre de Supervision Urbain (CSU), Service régional de police judiciaire (SRPJ) français, Nice, France
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