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    Manif nocturne de policiers sur les Champs-ÉlyséesManif nocturne de policiers sur les Champs-Élysées

    Manif nocturne de policiers sur les Champs-Élysées

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    Mouvement policier en France (automne 2016) (21)
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    3 à 500 policiers ont manifesté cette nuit sur les Champs-Élysées et devant l’Arc de Triomphe. L’embuscade au cocktail Molotov qui a failli coûter la vie à l’un d’entre eux est la goutte d’eau qui fait déborder le vase. Ils risquent maintenant des poursuites pour cette manif non autorisée.

    Badauds, touristes et fêtards qui tardaient hier soir sur les champs Élysée ont certainement assisté à un spectacle « inédit » dans le folklore Parisien: une manifestation de nuit — pas d'activistes de « Nuit debout » —, mais de fonctionnaires de Police.

    Ils étaient entre 300 et 500 à se rassembler sur le rond-point de l'Arc de Triomphe, autour duquel ils avaient garé leurs voitures, banalisées ou non, gyrophares allumés. Brassard « police » au bras, après une minute d'applaudissements, ils ont entonné la Marseillaise avant de scander un nom — Vincent — et de finalement se disperser.

    Une manifestation bien éphémère, à haute valeur symbolique, débutée à peine une heure plus tôt, lorsque peu avant minuit ils s'étaient rassemblés en tenue civile devant l'hôpital Saint-Louis dans le dixième arrondissement de la capitale. L'Hôpital St-Louis où est hospitalisé leur collègue de 28 ans, Vincent, très grièvement brûlé après une embuscade au cocktail Molotov tendue le 8 octobre à Viry-Châtillon dans l'Essonne.

    Après une demi-heure et une Marseillaise, les policiers forment un cortège et partent en direction des Champs-Élysées. Une manifestation qui se veut « a-syndicale », d'après plusieurs sources policières reprises dans les médias ce matin. Une spontanéité à laquelle ne croit pas trop Anthony Caillé, à la tête de la Fédération parisienne de la CGT Police. S'il tient à réfuter l'idée que tout mouvement de protestation nécessite forcément l'appui d'un syndicat, difficile néanmoins de se passer d'un minimum d'organisation:

    « On imagine mal un mouvement de cette ampleur complètement spontané. La mobilisation d'une certaine catégorie socioprofessionnelle ce n'est jamais spontané. Il y a toujours eu un élément déclencheur. »

    Une opération nocturne, trente minutes, montre en main, trente minutes durant lesquelles les quelques automobilistes circulant sur la plus belle avenue du monde ont été ralentis, mais pas bloqués… Trente minutes de trop pour Jean Marc Falcone, le Directeur général de la Police nationale (DGPN) qui a qualifié ce matin la manifestation « d'inacceptable », estimant que « les manquements individuels aux règles statutaires » de certains fragilisaient l'institution Policière.

    Hier déjà, alors que des SMS — émanant de policiers de l'Essonne — appelant à manifester circulaient, relayés par de nombreux policiers en Ile-de-France, le patron de la police avait dans une note interne rappelé ses subalternes à leur devoir de réserve. Furieux, il a annoncé que l'IGPN — la police des polices — allait enquêter sur « les manquements individuels aux règles statutaires ».

    Une perspective contre laquelle s'insurge Anthony Caillé. Pour lui, dans le cas présent, on est loin de précédents appels à manifester en tenue et armés contre des décisions de Justice:

    « Il va réprimer quoi? Il va réprimer un mouvement de salariés qui critiquent une politique de l'État, ça serait purement scandaleux! […] qu'est-ce qu'on peut reprocher à ces fonctionnaires? D'en avoir ras le bol de travailler dans ces conditions? On paupérise la police depuis 15 ans! »

    D'autant plus que les policiers, malgré les idées reçues, ont bien le droit de manifester. Ils n'ont en revanche pas le droit de faire grève, afin de garantir le maintien de l'ordre sur l'ensemble du territoire national. Un cas de figure qui concerne également les magistrats judiciaires, le personnel de l'administration pénitentiaire ainsi que ceux des transmissions du ministère de l'Intérieur, les CRS et les militaires.

    Des rassemblements témoignent en tout cas d'un ras-le-bol dans la maison police qui se généralise depuis plusieurs mois: souvenez-vous à la même période en 2015, ils avaient été des milliers à se rassembler place Vendôme sous les fenêtres de la ministre de la Justice de l'époque, Christiane Taubira, après qu'un policier eut été grièvement blessé dans une fusillade en Seine-Saint-Denis par un malfaiteur en cavale et fiché.

    Des problématiques auxquels on ne leur donne pas les moyens matériels de répondre. Le Parisien rapportait les propos de l'un des gardiens de la paix ayant participé au rassemblement: « C'est un ras-le-bol général. Les policiers en ont marre de voir leur administration leur répondre que s'ils veulent s'équiper, ils doivent acheter eux-mêmes leur matériel ». Ils dénoncent aussi le manque de fermeté des politiques comme en témoignent les propos de cet autre policier, relayés par le quotidien d'Ile-de-France: « Vous avez entendu réagir les syndicats quand Cazeneuve a parlé de sauvageons? Des gens qui lancent un cocktail Molotov sur les policiers pour les tuer, ce ne sont pas des sauvageons, ce sont des criminels. »

    C'est donc également une défiance vis-à-vis de leur hiérarchie que les policiers exprimaient, une hiérarchie qu'ils jugent trop « carriériste » si on en croit le message diffusé ce matin par l'AFP, message dont elle a eu connaissance: « Suite à un énième événement tragique à Viry-Châtillon, le 8 octobre, l'actualité nous rappelle une fois de plus que nous sommes des cibles […]. Face à une hiérarchie carriériste, des élites syndicales enlisées dans leurs conflits, et une justice complètement désintéressée par notre sort, nous devons nous souder. Entre bleus ».

    Quant aux promesses politiques, elles paraissent bien éloignées de la réalité du terrain, si Manuel Valls a promis des véhicules blindés et des combinaisons ignifugées en réponse au drame de Viry-Châtillon, ce n'est visiblement pas ce que pourraient être en droit d'attendre les policiers, d'après Anthony Caillé:

    « Non, mais ça, ce sont des mesurettes! Monsieur Valls et Monsieur Cazeneuve ouvrent la petite supérette du coin pour les mesurettes! Des véhicules blindés… non, mais vous imaginez un peu le coût que cela représente un véhicule blindé? »

    D'autant plus que des tentatives de mettre en place des dispositifs de protection des agents bien moins ambitieux se sont déjà inexorablement heurtés aux restrictions budgétaires. Pour Anthony Caillé, avancer des « mesures aberrantes » dans un tel contexte, revient à annoncer « vouloir armer la police de bazookas », en référence à la proposition faite par un élu de la République.

    « Des vitres blindées — du moins anti-agressions — ont existé! Puis, un jour, on nous a dit de ne plus les envoyer au garage parce que ça coûtait trop cher. Il y a même des véhicules dans lesquels on ne peut plus mettre d'essence! […] il n'y a pas un seul syndicat qui ne dénonce pas depuis 15 ans le fait que le matériel est complètement obsolète dans la police nationale! »

    Pour le syndicat, les forces de l'ordre ont besoin d'une « feuille de route claire ». Elles souhaitent que l'on remédie à la fracture entre la police et la patrie sur laquelle elle est supposée veiller, si l'on en croit sa devise « pro patria vigilant ». Fracture qui concerne aussi bien la population que l'institution judiciaire ou le monde politique.

    Les opinions exprimées dans ce contenu n'engagent que la responsabilité de l'auteur.

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    manifestation, policier, police, Nuit Debout, Paris, France
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