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    La Wallonie résiste encore et toujours au CETA

    La Wallonie résiste encore et toujours au CETA

    © REUTERS / Francois Lenoir
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    Maxime Perrotin
    Accord de libre-échange entre l'UE et le Canada (CETA) (33)
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    «Un tel ultimatum n’est pas compatible avec le processus démocratique». Paul Magnette, chef du gouvernement Wallon n’entend pas céder aux pressions de Bruxelles pour faire passer au forceps le CETA. Des pressions dont les instances européennes ne sont que trop coutumières.

    « Nous sommes en 2016 après Jésus-Christ. Toute l'Europe est occupée par les libre-échangistes. Toute? Non! Un petit village d'irréductibles Belges (francophones) résiste encore et toujours à l'envahisseur. Et la vie n'est pas facile pour les garnisons de Commissionum, Commercum, Transatlanticum et Libéralum. »

    Jeudi dernier, le gouvernement de Wallonie a annoncé qu'il n'autoriserait pas le Premier ministre belge — Charles Michel — à poser sa patte au nom de la Belgique sur le traité de libre-échange entre l'UE et le Canada, plus connu sous le nom de CETA.

    Catastrophe! Ce jeudi devait se tenir à Bruxelles un sommet Union européenne — Canada, en présence de Justin Trudeau, le Premier ministre canadien, pour la signature en grande pompe dudit traité… et jusque-là les 27 autres pays-membres de l'UE étaient d'accord. Bref, les Belges gâchent la fête. Pourtant le 14 octobre ces mêmes Wallons avaient déjà montré leur désaccord vis-à-vis du texte actuel du CETA.

    Et rien n'y fait. Samedi, Martin Schulz, le président du Parlement européen a tenté en vain une ultime médiation. Dimanche, la Commission a transmis de nouvelles propositions à Paul Magnette, des « propositions » que l'intéressé a considérées comme — je cite — « un document décevant ».

    CETA
    © AP Photo / Markus Schreiber
    Une attitude d'une institution et de personnel politique démocratiquement élus qui a visiblement déplu à Donald Tusk, le Président du Conseil européen qui a lancé dimanche un ultimatum au Premier ministre belge Charles Michel, qui pour le coup est favorable à l'accord: Le Royaume a jusqu'à lundi soir pour faire connaître sa position définitive.

    « J'espère que la Belgique prouvera une fois encore qu'elle est une vraie championne en matière de compromis » a déclaré Donald Tusk en marge d'un sommet européen jeudi 20 octobre, rapporte l'agence de presse belge Belga. Pour le Président du Conseil, un échec pourrait signifier la fin des accords de libre-échange négociés par l'UE. Une ligne reprise par la ministre canadienne du Commerce international, Chrystia Freeland, qui, visiblement très émue, déclarait vendredi 21 octobre à la télévision belge « il semble évident pour moi, pour le Canada, que l'Union européenne n'est pas capable maintenant d'avoir un accord international même avec un pays qui a des valeurs si européennes comme le Canada » alors que les Wallons demandent simplement plus de temps pour amender le texte.

    D'ailleurs, la Roumanie et la Bulgarie, dissimulées derrière le refus des Wallons, en profitent pour exiger du Canada qu'il exempte ses citoyens de visas. Une requête totalement opportuniste, le CETA n'abordant pas du tout ces questions.

    « Nous espérons maintenant que la Belgique va parvenir à conclure cette affaire avec succès » à tweeté de son côté Cecilia Malmström, la Commissaire européenne au Commerce, qui avait — avant Donald Tusk — déjà fixé à la Belgique une deadline jusqu'à vendredi 21 pour trouver une solution avec la Wallonie et donner son feu vert au traité.

    Cecilia Malmström, vous savez, celle-là même qui alors qu'elle était en charge des négociations sur le TAFTA, avait répondu froidement aux 3,2 millions de signataires de la pétition appelant à la fin de ces négociations, que, je cite « son mandat ne provient pas du peuple européen ».

    Des pressions qui n'ont pas été du goût des principaux intéressés, « Cet ultimatum n'est pas compatible avec le processus démocratique » a déclaré le ministre-président Paul Magnette, à la tête du gouvernement socialiste de Wallonie, opposé au traité et qui s'indigne de l'incongruité du choix qu'on lui laisse, « On ne peut pas nous dire "ce traité est parfait, vous avez le choix entre oui et oui" » s'est-il indigné jeudi 20, dans les colonnes du Monde.

    Et si le Parti Socialiste, dont est issu le gouvernement wallon déclare le 14 octobre dans un communiqué « Nous ne sommes pas isolés: la société civile nous soutient », les faits semblent leur donner raison. Dimanche, sur la chaîne RTBF Auvio, 73 % des auditeurs ont répondu « oui » à la question « La Wallonie a-t-elle eu raison de rejeter le CETA? », contre 20 % de « non »…

    Mais reste à savoir si les Wallons tiendront bon face aux diverses pressions, mais aussi si les instances européennes s'embarrasseront de ce type de décisions démocratiques. En effet, ces dernières années les exemples de pieds de nez de Bruxelles à ses citoyens se sont multipliés.

    En août, alors que l'Allemagne constatait l'échec des négociations sur le TAFTA, la France demandant également leur arrêt, Jean-Claude Juncker: avait annoncé que Bruxelles « continuera de négocier » avec les États-Unis, déclarant que « le mandat de la Commission européenne pour négocier ce traité reste pleinement valable. » Pour faire passer un traité « aux effets positifs » pour l'économie et l'emploi.

    Les Belges pourtant, refusent aujourd'hui le CETA pour les mêmes raisons: les négociations secrètes et les tribunaux arbitraux: ces tribunaux jugés favorables aux multinationales et dont l'économiste Thomas Porcher résumait ainsi l'effet ce matin au micro de RTL: « Chaque fois que l'État voudra légiférer, il aura une épée de Damoclès au-dessus de la tête parce qu'il pourra, justement, être attaqué par une multinationale et payer des dommages, payés par le contribuable. »

    Cette année, toujours, au mois d'avril, les Néerlandais rejetaient l'accord d'association entre l'Union européenne et l'Ukraine. Pourtant Bruxelles n'avait pas attendu ce possible « non » et avait fait ratifier l'accord par les 27 autres pays de l'Union, afin de le faire entrer en vigueur de manière « provisoire » dès le 1er janvier 2016.

    En janvier 2015, alors que la grogne montait dans une Grèce en crise et qu'Alexis Tsipras était porté au pouvoir, Jean-Claude Juncker affirmait dans une interview accordée au Figaro « qu'il ne peut y avoir de choix démocratique contre les traités européens. »

    Autre illustration de cette tendance devenue une habitude: Alors qu'en 2005, Français et Hollandais refusaient la constitution européenne, le texte fut réadapté à l'occasion du traité de Lisbonne en 2008, cette fois-ci ratifié par les seuls parlements (excepté en Irlande ou un nouveau vote fut organisé un an plus tard). Une méthode héritée d'un référendum plus ancien, le traité de Nice: en 2001 le texte était rejeté par les irlandais à 54%, seize mois plus tard les irlandais seront rappelés aux urnes pour un vote plus concluant.

    Une tendance lourde qu'illustrent les propos de Viktor Orban à l'occasion des célébrations du 60e anniversaire du début de l'insurrection de Budapest:

    « Nous devons sauver Bruxelles de la soviétisation, de ces gens qui veulent nous dire comment nous devons vivre dans nos pays. »

    Pour en revenir aux Belges, Jules César lui-même, dans ses « Commentaires sur la guerre des Gaules », écrivait: « De tous les peuples de la Gaule, les Belges sont les plus braves. » La négociation sur le CETA semble lui donner raison, à 2 066 ans de distance.

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    CETA/AECG, Donald Tusk, Charles Michel, Cecilia Malmström, Viktor Orban, Wallonie, Belgique
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