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    Donald Trump élu président des Etats-Unis

    La diplomatie française au tapis après la victoire de Trump

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    Maxime Perrotin
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    La victoire de Donald Trump a surpris tous les pronostiqueurs, mais pas seulement. L’ambassadeur de France a laissé parler ses émotions, réagissant avant même François Hollande. De plus, l’Élysée, tout comme le Quai d’Orsay, n’avait visiblement pas envisagé la victoire du candidat républicain.

    « […] Un monde s'effondre devant nos yeux. Un vertige », « c'est la fin d'une époque, celle du néolibéralisme. Reste à savoir ce qui lui succédera ». Quelle mouche a bien pu piquer Gérard Araud, l'ambassadeur de France aux États-Unis ? Tôt ce matin, alors que la victoire de Donald Trump se précise, le représentant de la France aux États-Unis s'est fendu de deux tweets peu en accord avec l'orthodoxie diplomatique et le protocole présidentiel.

    ​Deux gazouillis rapidement supprimés, mais qui ne sont pas passés inaperçus, aussi bien en France qu'aux États-Unis, suscitant de nombreuses réactions indignées. Une vague d'indignation qui n'a pas tardé à gagner l'opposition, laquelle a distribué un carton rouge au diplomate, à l'instar de l'eurodéputé Louis Aliot, vice-président du Front national :

    « C'est son monde à lui, celui qu'il a défendu, qu'il a promu, qui s'est effondré cette nuit […] il faut que la France le rappelle à Paris, car manifestement cet homme n'a pas les qualités nécessaires de la diplomatie pour représenter la France dans un grand pays comme les États-Unis. »

    Une nouvelle « inconséquence » de François Hollande et de son équipe pour le député Les Républicains Guy Geoffroy :

    « Elle est tout à fait stupéfiante, c'est aux autorités françaises et au président de la République de s'exprimer en premier […] qu'un diplomate nous représentant se soit permis de formuler un jugement de surcroît très tranché, en terre américaine, contre ce que vient de décider souverainement le peuple américain, c'est au mieux étrange. »

    Pourtant, on ne peut pas dire que Gérard Araud soit un novice en matière de diplomatie. Diplômé de l'X et de l'ENA, en 1987 il évoluait déjà comme conseiller dans les coulisses de l'ambassade de France à Washington. Il fut pendant cinq ans le représentant permanent de la France aux Nations Unies (2009-2014) avant d'être nommé ambassadeur de France aux États-Unis.

    Pourtant, son Excellence n'en est pas à son premier coup de canif dans le droit de réserve. En octobre déjà, dans des tweets depuis supprimés, Gérard Araud a laissé transparaître son inimitié à l'égard du candidat républicain, qu'il traitait d'extrémiste de droite. Une attitude d'un représentant de la France que dénonçait déjà Eric Anceau, Délégué national à Debout la France (DLF) :

    ​Quelques jours plus tôt, tout aussi subtilement, l'ambassadeur avait retweeté le résultat d'une étude d'opinion du Pew Research Center. Une étude qui indiquait que 71 % des Français interrogés considéraient qu'Hillary Clinton était plus à même de faire les bons choix en matière de relations internationales contre 9 % en faveur de Donald Trump. Un retweet affublé du commentaire « les Français, pleins de bon sens, comme d'habitude. » 

    ​Des « inquiétudes » de Jean-Marc Ayrault à l'« incertitude » de François Hollande

    Invité mercredi matin sur France 2, Jean-Marc Ayrault a réagi à la victoire de Donald Trump, soulignant que « ce qu'il avait dit jusqu'à présent soulevait bien des inquiétudes ». Le ministre des Affaires étrangères s'est montré particulièrement inquiet des positions de Donald Trump sur la Cop21.

    Si le chef du Quai d'Orsay semble en attente de clarifications de la part de la future administration américaine, peut-être aurait-il fallu penser à prendre contact avec l'équipe de Trump, comme cela avait été le cas avec l'équipe de son opposante.

    En effet, comme le souligne RTL, en fin de semaine dernière le conseiller diplomatique de François Hollande a rencontré Susan Rice, la conseillère à la sécurité nationale américaine. Il n'avait cependant pas jugé bon de rencontrer quelqu'un de l'entourage de Donald Trump. Si l'exécutif semble considérer que l'équipe du candidat Républicain n'est pas complètement constituée, tout le monde connaissait les soutiens politiques majeurs de Trump, ne serait-ce son colistier, Mike Pence, ou l'ancien maire de New York, Rudy Giuliani, qui l'a conseillé durant toute sa campagne. Autre conseiller de Trump qu'aurait pu rencontrer l'Élysée, le Lieutenant-Général Michael Flynn, pressenti pour le poste de secrétaire d'État à la Défense ou à la Sécurité nationale.

    François Hollande, à la sortie du Conseil des ministres, a froidement félicité le nouveau président américain, déclarant que « cette élection américaine ouvre une période d'incertitude » et n'a pas manqué d'avoir « une pensée pour Hillary Clinton ». Le principal intéressé appréciera certainement ces propos du locataire de l'Élysée. À se demander si François Hollande ne parviendra pas à nous fâcher, également, avec les États-Unis d'ici la fin de son mandat…

    Élysée : aucune lettre de félicitations préparée pour Trump

    Parfaite illustration de l'impréparation de l'exécutif socialiste à la victoire du candidat Républicain, RTL relevait ce 9 novembre au matin que la cellule diplomatique de l'Élysée, responsable de la préparation des lettres de félicitations, n'avait préparé qu'un unique exemplaire… destiné à Hillary Clinton.

    À ce sujet, Guy Geoffroy, ne mâche pas ses mots et présente François Hollande et son équipe comme

    « Totalement annihilés par leur idéologie. Pour eux, seule la Gauche bobo, identifiée aux États-Unis par Hillary Clinton, pouvait l'emporter et le reste était totalement impensable, il ne fallait surtout pas envisager d'y penser. Une inconséquence de plus d'un pouvoir qui devrait diriger, mais qui ne dirige pas, la France depuis plus de 4 ans. »

    Si nous nous gardons d'avis aussi tranchés, force est de constater que ni l'Élysée ni le Quai d'Orsay n'ont été à la hauteur de l'événement. Espérons que cela ne restera pas comme une tache durable, comme la réaction maladroite de François Mitterrand face à la réunification allemande l'avait été en son temps.

    Les opinions exprimées dans ce contenu n'engagent que la responsabilité de l'auteur.

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    Tags:
    diplomatie, François Hollande, Donald Trump, France, États-Unis
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