Points de vue
URL courte
Par
Jungle de Calais (30)
1147
S'abonner

Fuyant le Soudan où sa vie était menacée, Haitham, 35 ans, mène un périple de deux mois qui le conduit jusque dans la jungle de Calais. Pourtant, son but n’était pas l’Angleterre. Il a donc accepté sans difficulté une place en CAO et espère maintenant faire sa vie en France. Portrait.

Contrairement à bien d'autres habitants de la jungle, son but n'était pas l'Angleterre. Aussi, quand l'État décide d'en finir avec le plus grand bidonville d'Europe, Haitham est l'un des premiers à partir. La veille encore, il tourne en rond dans le bidonville à la recherche « d'informations concrètes ». Derrière lui, quelques amis soudanais le suivent. Fort de son niveau d'anglais, son rôle, dans leur inséparable groupe, est celui de messager et d'éclaireur: « les règles de la Jungle, on les connaissait. On savait que si on était seul, on allait se faire attaquer… aucun doute là dessus. »

C'est donc la même bande que l'on retrouve au Centre d'Orientation et d'Accueil de Lunéville, à l'est de Nancy en Lorraine. Ils vivent dans un appartement pour quatre personnes, qui reçoit de temps en temps la visite d'un travailleur social. Quand on a vécu dans la Jungle, « on peut vivre n'importe où après », répète Haitham, qui a quitté le Soudan le 13 juin 2016: « C'était un lundi. Je n'ai pas décidé de quitter le Soudan, mais plutôt de m'enfuir. » Marié et père de deux enfants, il part seul. À Khartoum, la police l'arrête régulièrement et il craint pour sa vie: « La dernière fois qu'on m'a mis en prison, j'ai été torture plusieurs fois. Plusieurs fois… Le gouvernement peut vous arrêter à n'importe quel moment, sans aucune raison, juste comme ça. Même votre famille ne sait pas où vous êtes. Et la police dit "on ne connaît pas ce type" […] À toi, ils n'arrêtent pas de dire "on va te tuer, on va tuer ta famille" ».

Awad, Yosif et Haitham dans leur appartement de Lunéville, près de Nancy.
© Sputnik
Awad, Yosif et Haitham dans leur appartement de Lunéville, près de Nancy.

Il quitte Khartoum en juin 2016, direction l'Égypte, d'où il compte traverser la Méditerranée. Il passe en tout douze jours sur le bateau, dont plusieurs a simplement attendre que les 300 « places » soient toutes occupées: « On a aussi beaucoup souffert sur le bateau en Égypte. La police nous a attaqués le matin, quand il faisait encore très sombre. Ils ont commencé à tirer en l'air en direction du bateau. Beaucoup de gens parmi nous se sont fait arrêter. » Une fois l'embarcation lancée, c'est une tout autre peur: la nuit, la mer est forte et Haitham se revoit encore « entre la vie et la mort ».

En Italie, l'exode continue à pied ou en voiture. Le souvenir qu'il garde de l'Italie l'a poussé à choisir l'est de la France quand, le jour de l'évacuation de la Jungle, on lui propose deux destinations de CAO. « En Italie, on a tous été témoins de violences policières. Ils nous frappaient à coup de poing, de matraque, ou de taser. » Haitham se demande même s'il y a « une différence entre l'Italie et le Soudan ». Alors, il choisit la ville de France la moins au sud de la carte: Nancy.

Haitham « n’aime pas ne rien faire » : il écrit un scénario dans l’optique de faire un film sur son histoire.
© Sputnik
Haitham « n’aime pas ne rien faire » : il écrit un scénario dans l’optique de faire un film sur son histoire.

Et pour son avenir? Haitham veut rester en France: « je peux m'intégrer beaucoup plus facilement qu'en Angleterre ». Dans son CAO de Lunéville, il attend le prof de français, car il veut reprendre ses études en pharmacologie, arrêtées en quatrième année. Mais surtout, Haitham a « un rêve », celui de « raconter [son] histoire » à travers un film: « Ca commencerait au Soudan. Les raisons pour lesquelles j'ai dû quitter ma maison, ma famille. Après le Soudan, les endroits où je suis allé. Mon parcours jusqu'à la France, pays de l'espoir. [..] J'ai beaucoup de choses à raconter sur la vie dans la Jungle: que deviennent les souvenirs, qu'en est-il de l'amour, de la peur la nuit. Après la Jungle, je veux intégrer la communauté, être quelqu'un. Donner un sens à ma vie. »

Les opinions exprimées dans cet article n'engagent que la responsabilité de son auteur. Elles ne reflètent pas nécessairement la position de la rédaction de Sputnik.

Dossier:
Jungle de Calais (30)

Lire aussi:

Réfugiés en France: «il manque un dispositif d'accueil d'urgence»
Calais: opération humanitaire ou chasse à l’homme?
De la Jungle de Calais à la fac pour 80 migrants
Le Royaume-Uni accueille des enfants migrants de Calais
Tags:
Jungle de Calais, crise migratoire, migrants, Soudan, France
Règles de conduiteDiscussion
Commenter via SputnikCommenter via Facebook