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Le préfet d’Ile-de-France a annoncé l’ouverture de 79 centres d’hébergement en Île-de-France et se dit « prêt à passer outre l’avis des maires » pour leur implantation. Des propos tranchés qui ont suscité une levée de boucliers, tant à Paris qu’en île de France.

« Je vais installer des centres. Beaucoup gueulent (sic) pour la forme. Je m'en fous (sic) ».

Lors d'une conférence de presse, Jean-François Carenco, le Préfet de Paris et d'Île-de-France a fait preuve d'un avis sans nuance sur l'accueil des migrants en région parisienne. Des déclarations qui étaient jusque-là passées inaperçues et sur lesquelles la rédaction d'Actu78 lève le voile.

Interrogé sur la question de la répartition des 3 800 migrants évacués le 4 novembre du camp de Stalingrad, le plan du haut fonctionnaire serait d'évacuer les clandestins de Paris pour les transférer en province, avec une escale en grande couronne. À cet effet, la région comptera bientôt 79 camps d'hébergement, dont la liste ne sera pas communiquée:

« Je veux que cela se fasse dans la sérénité. Arrêtons d'attiser les haines. Je ne veux pas que tout le monde aille les photographier, les filmer. »

Des ouvertures de centre d'accueil qui ont fait des vagues dans les communes franciliennes concernées, comme à Louveciennes. Début octobre, le maire Les Républicains Pierre-François Viard et ses administrés s'étaient fortement mobilisés contre l'implantation d'un camp de migrants en bordure d'autoroute, ou encore dernièrement à Rocquencourt. Deux communes des Yvelines, département dans lequel cinq à six centres seraient prévus. Mais pour Jean-François Carenco, ces édiles « sont minoritaires ». Quant à tous les autres, qui ne voient pas d'un bon œil l'ouverture de centres à proximité de chez eux, il les place pêle-mêle dans le sac de « ceux qui disent n'importe quoi, groupes de pression et d'influence ». Le préfet s'est par ailleurs dit prêt à « passer outre l'avis des maires », étant donné que « les réunions qu'ils ont eues avec le préfet des Yvelines n'ayant pas abouti. »

Un florilège qui pour le coup n'a pas échappé à plusieurs collectifs opposés à l'ouverture de centres d'accueil à côté de chez eux. Plusieurs pétitions reprennent les dires de préfet, à commencer par celle s'opposant à l'arrivée des migrants à Rocquencourt. Autre pétition, moins signée pour l'heure, mais bien plus récente, celle du collectif Génération Identitaire, qui appelle à la démission du préfet. Pour mettre en œuvre son plan, ce dernier n'entend pas s'attarder sur la pédagogie:

« Je ne vais pas commencer à en parler six mois à l'avance. Je préviendrais trois mois à l'avance. Après ce sera à chaque préfet de communiquer ou pas. »

Des déclarations qui s'inscrivent en porte-à-faux avec celles d'Emmanuelle Cosse et de Bernard Cazeneuve — pourtant son ministre référent — qui, dans une lettre adressée aux maires de France pour présenter le « plan de répartition national » des migrants évacués de la Jungle de Calais, parlaient de dialogue entre édiles et préfets qui « engageront naturellement une concertation avec les élus locaux ».

Des propos que le maire Les Républicains de Rocquencourt, Jean-François Peumery, ne manque pas de rappeler dans un communiqué, avant de dresser son propre constat: « Parlons plutôt de contrainte et de fait accompli. » Mais la grogne ne touche pas que les communes de droite de la région parisienne:

Le 13 octobre, Gérard Dué, maire (PS) de Croisilles, bourg rural de 1 900 habitants dans le Pas-de — Calais, était sorti sous les huées d'un conseil municipal avalisant l'ouverture d'un Centre d'accueil et d'Orientation (CAO) qui accueille aujourd'hui 36 Soudanais âgés de 25 à 35 ans.

Pourtant, les habitants de ces communes souhaitent d'abord une chose: que leur inquiétude et soit prise en considération ou ne serait-ce qu'entendue. Par exemple à Pierrefeu dans le Var, où une secrétaire FO du comité hygiène et sécurité de l'hôpital Henri-Guérin s'inquiétait, début octobre de la promiscuité entre les 60 migrants fraîchement arrivés et les pensionnaires:

« Comment faire cohabiter ces hommes vivant seuls, sans famille à leur côté, avec les jeunes femmes qui séjournent à l'hôpital? » déclarait-elle à Nice Matin.

Ou encore à Pessat-Villeneuve, dans le Puy-de-Dôme, où le château local qui accueille depuis le 3 novembre une cinquantaine de migrants, pour la deuxième année consécutive, avait été racheté à grands frais par la commune de 500 habitants qui depuis le louait pour rembourser le prêt contracté.

Yannick Haury, le maire de saint-Brevin-l'Océan, en Loire Atlantique, s'inquiétait également de voir des « hommes célibataires » hébergés dans l'un des centres de vacances de cette commune. Il regrette que la préfecture soit restée évasive sur la durée de réquisition. Au-delà des questions de sécurité, tous s'inquiètent de savoir qui va régler la facture.

Mais ailleurs, la colère s'extériorise déjà. Comme à Arès en Gironde, où un centre de vacances d'EDF désigné pour devenir un CAO avait été incendié à la mi-octobre. À Arzon, dans le Morbihan, c'est l'entrée du centre d'accueil et d'orientation pour les mineurs isolés (CAOMI) de Port-Navalo qui a été endommagée lors d'une manifestation. Si beaucoup s'indignent de ces dégradations, rappelons que cette manifestation s'est déroulée sur fond d'agression sexuelle: celle d'une femme de 67 ans… par un soudanais de 16 ans, tout juste arrivé de Calais.

Jean-François Carenco, le préfet d'Île-de-France, quant à lui ne semble pas faire la même appréciation de la situation. Il semble tout particulièrement confiant dans la capacité d'adaptation et d'intégration des futurs pensionnaires de ses centres.

« Il s'agit de jeunes hommes plutôt en bonne santé. Ils apprennent vite et sont motivés » se laissant aller à des projections, bien au-delà des procédures d'asile, « beaucoup ont travaillé dans le bâtiment. Peut-être pourront-ils servir la construction du Grand Paris? »

Les opinions exprimées dans ce contenu n'engagent que la responsabilité de l'auteur.

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Tags:
hébergement, migrants, Paris
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