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    Alep : les djihadistes déposent les armes, pas les médias

    © AFP 2017 JM LOPEZ
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    Maxime Perrotin
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    La bataille d’Alep touche à sa fin après 4 ans de conflit. L’armée syrienne progresse dans les toutes dernières poches de résistances des quartiers Est de la ville qui pourraient être reprises dans les heures qui viennent. Un épilogue qui provoque un tollé général dans les médias français. Florilège.

    « La libération totale d'Alep est proche », c'est ce qu'annonçait une source militaire de Sputnik dès le 12 décembre au soir. Une libération qui pourrait être pleinement effective « d'ici 48 heures », si on en croit le témoignage de Pierre le Corf, français vivant à Alep Ouest où de nombreux habitants sont descendus dans les rues pour célébrer cette libération «imminente» et la fin des combats et des bombardements.

    Si 98 % de la ville est à présent aux mains de l'armée syrienne, les médias semblent, contrairement à de nombreux « combattants rebelles », ne pas déposer les armes. En effet, depuis ce matin, les médias français mainstream se livrent à une surenchère de titres tous plus alarmistes les uns que les autres, comme par exemple Courrier International : « Syrie. À Alep, les civils attendent la mort », ou Libération : « Bataille d'Alep: "C'est le jour du jugement dernier" »

    « Alep, une fin dans le sang et les flammes » pour France Inter, quant à Le Monde : « Alep, en passe de tomber aux mains du régime de Bachar Al-Assad » (rappelons qu'un million et demi de civils vivent actuellement à Alep en zone gouvernementale). D'autres médias titrent sur le spectre des massacres et autres « atrocités contre les civils », tel que RFI ou L'Express.

    La palme revient néanmoins à l'Obs, qui semble affectionner les comparaisons historiques, via Rue89, « Alep: "C'est Srebrenica qui parle. Impuissance" », quelques heures plus tard, autre article autre titre, « ALEP. Comme à Grozny, la stratégie russe est simple: c'est la destruction totale »

    Christian Harbulot, Directeur de l'École de Guerre Économique (EGE), voit dans la couverture médiatique de la libération d'Alep, une sorte de « danse de Saint-Guy » des journalistes français :

    « Nous assistons hélas à un concert de protestations qui relèvent plus de l'intention d'influencer l'opinion publique que le devoir d'informer l'opinion publique française. »

    « Pour un certain nombre d'acteurs dans le monde occidental, une victoire de l'armée syrienne appuyée par la Russie à Alep est une défaite en termes d'image. »

    Pour Christian Harbulot, la question d'Alep va au-delà d'un simple revers public des médias :

    Alep
    © Sputnik. Michael Alaeddin
    « Cela remet en cause toute une procédure diplomatique qui a été suivie depuis un certain nombre d'années, à laquelle la France a participé et qui consistait à mettre en priorité le renversement du régime d'Assad quitte à s'allier avec différentes forces qui hélas s'avèrent plus proches du terrorisme que démocratiques. »

    Mais au-delà des grands titres et de leurs biais informationnels, la couverture médiatique révèle l'influence de Twitter, et autres réseaux sociaux chez les journalistes, qui échangeaient visiblement avec des « sources » sur place via ces derniers. Des sources qui en deviennent d'autant plus difficilement vérifiables…

    Twitter, sur lequel revient LCI, qui titre un reportage « Terrifiés, les habitants d'Alep-Est font leurs adieux sur Twitter » ou encore le JDD « A Alep, la fin du monde en direct ». Car c'est bien connu, lorsqu'on est terrifié, pris entre deux feux et que l'on fuit des combats en tâchant de sauver sa peau… on tweete.

    On tweete sous les bombes, comme Bana, ou plutôt sa mère, professeur d'anglais, qui tweete le quotidien de cette fillette de 7 ans, non sans quelques agréments politiques, ne serait-ce dans ses interviews Skype à CNN et TF1. Bana, sur laquelle s'épandait hier Rue89 : « La mère de Bana, la fillette d'Alep "Nous sommes de vraies personnes" », dont le compte Twitter a été ouvert à quelques jours de l'offensive de l'armée régulière sur Alep Est. Coïncidence… 

    On tweete, ou on se contente d'envoyer de simples hurlements par téléphones interposés, comme ceux relatés par la reporter Laura-Maï Gaveriaux :

    ​Des tweets dont les informations n'ont encore pu être recoupées, mais qui donnent du grain à moudre à des journalistes visiblement bien plus préoccupés par l'aspect émotionnel, voire lyrique, qu'informationnel des infos…

    ​Twitter, où la situation à Alep donne une merveilleuse opportunité de mesurer l'influence de sources aussi controversées que l'OSDH ou les Casques Blancs, dont nous avons déjà parlé plusieurs fois : 

    ​Pour être précis, Ban Ki-moon ne confirme pas les atrocités, mais se dit « alarmé lundi par des informations faisant état d'atrocités commises contre un grand nombre de civils, dont des femmes et des enfants, ces dernières heures à Alep, en Syrie. »

    « Tout en soulignant que l'ONU n'est pas en mesure de vérifier ces informations de manière indépendante, le Secrétaire général exprime sa profonde préoccupation aux parties concernées », pour reprendre les termes exacts du communiqué de presse des Nations Unies.

    Des informations alors non recoupées mais relayées par des tweetos épris d'humanisme :

    ​Des tweets repris des milliers de fois par des lecteurs tant crédules que critiques, qui n'hésitent pas à mettre leurs auteurs faces à leurs contradictions… Des contradictions qui ne manquent pas, parfois même émanant de ceux dont ces tweetos au grand cœur souhaiteraient se faire les porte-voix. Tels que les pro-« rebelles » du média local Aleppo24 : « La nouvelle de l'exécution de personnels médicaux dans les environs de Kallasa est fausse. Le centre médical avait déjà été évacué. »

    ​Bref, à la « pluie d'obus », les médias semblent vouloir répondre par une pluie de rumeurs et de bruits alarmistes propres à émouvoir le chaland et à bloquer toute réflexion, tout recul sur le sujet. Un alarmisme, une réaction épidermique d'une presse appelant à l'action militaire, qui rappelle Timisoara en Roumanie, où les crimes de guerre présumés des Serbes au Kosovo (alors que les crimes, avérés, de l'UÇK étaient passés sous silence). Dernier exemple en date, dans la Lybie de Kadhafi, avec Benghazi, qui fut d'ailleurs, comme Alep, comparée à Srebrenica.

    Que dire en effet des accusations répétées dans les médias à l'encontre des autorités syriennes, mais également russes, dans le conflit en Syrie ? Un article de France Info, sobrement intitulé, « Syrie: la Russie et le régime de Bachar Al-Assad mènent "une guerre d'extermination" », pourrait l'illustrer. Lorsque mi-octobre, interviewé, Nicolas Tenzer, professeur à Sciences-Po, expliquait « Concrètement, chaque seconde, chaque minute, chaque mois qui passe, ce sont des milliers, voire des centaines de milliers de morts. » pour lui, la « seule solution » était d'intervenir afin non pas d'armer les rebelles mais d'empêcher les avions russes de porter assistance aux troupes syriennes « C'est d'empêcher qu'ils puissent décoller et, donc, prendre le risque d'une confrontation avec la Russie ».

    Pour Christian Harbulot, là où les médias « perdent la face », c'est lorsqu'ils condamnent les syriens, voire les russes, en omettant totalement les exactions commises pas la partie adverse. Une attitude d'autant plus incompréhensible et impardonnable lorsqu'on connaît les liens entre les djihadistes qui déchirent aujourd'hui le pays et les attentats commis en Europe ces deux dernières années.

    « Là je suis désolé, mais il y a deux poids — deux mesures, les médias français n'ont aucune leçon d'humanisme à donner à personne à partir du moment où ils s'avèrent totalement incapables de dénoncer comme il se doit la barbarie, que ce soit celle de l'État Islamique ou des groupes du type Al-Qaïda ou affiliés [Front Fatah al Cham, ex Front al Nosra, ndlr]. Il y a là quelque chose de profondément choquant, de profondément injuste et on est plus dans des luttes d'influences que dans de l'information digne de ce nom. »

    D'autant plus que si un hiatus existe entre les informations relayées et la réalité des faits, ces derniers sont têtus : Ces derniers jours des milliers de personnes ont été évacuées d'Alep Est. Hier déjà, le Centre russe pour la réconciliation annonçait qu'en 24 heures « 13 346 civils, dont 5 831 enfants, ont été évacués des quartiers qui restent toujours sous contrôle des combattants. »

    Des individus qui sont partis à Alep-Ouest en grande majorité. On est bien loin de l'image des civils fuyant les chars du régime, refusant de tomber dans le « piège » des couloirs humanitaires et préférant mourir plutôt que de tomber sous la coupe de Bachar que nous décrivent certains confrères.

    Quelques heures avant la fin des combats, c'est déjà la fin des bombardements, pour tous les habitants d'Alep, après 4 ans de conflit: alors pourquoi une telle posture des journalistes français?

    Une posture ou une imposture?

    Les opinions exprimées dans ce contenu n'engagent que la responsabilité de l'auteur.

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    Tags:
    armée, djihadisme, Alep, Syrie
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    • avatar
      jobenel
      Radio PARIS ment .
    • OAK
      Les médias Français sont tous discrédités, il y en n'a pas un pour rattraper l'autre. Cela explique, entre autre, la désaffection de plus en plus grande des gens envers ces "médias menteurs", au profit des médias alternatifs et d'internet.
    • avatar
      Marques rouges
      "Des tweets repris des milliers de fois par des lecteurs tant crédules que critiques"

      Ou plutôt par des Hasbara trolls ? Perso j'ai expérimenté ce genre de manège depuis mon adolescence - d'où mon attitude légèrement critique envers eux - alors qu'à cette époque je ne savais même pas qui étaient ces gens !
    • Article-35
      Il me semble pourtant qu'il y a une loi récente qui condamne la désinformation ? Cazevide est susceptible de poursuite ? pas chance ça ne marche que pour l'I V G
    • Article-35en réponse àMarques rouges(Afficher le commentaireCacher le commentaire)
      Marques rouges, Et Cazevide en à fait tout un plat durant son passage devant l'assemblée ? A croire que le Qatar ou la Saoudie le menace ?
    • Dolinduz
      Crévindiou, mais c'est bien sûr !
      Assad laisse partir les terroristes avec armes (légères) et famille pour mieux pouvoir massacrer les civils, qui étaient déjà massacrés par les terroristes !

      Euh... ça manque un peu de logique, là. Mais ça ne va pas affoler les médias européens, le manque de logique. Ça se saurait ^^
    • avatar
      josepha
      2016 sera une année terrible pour les journalistes qui habitués à imposer leurs idées n'ont pas vu venir le brexit, la victoire de donald trump le non au référendum italien..... et maintenant la victoire à Alep qui va montrer au monde entier que les russes et les yriens ont fait le boulot au grand bonheur des habitants !

      Ils se discréditent tous les jours un peu plus !
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      KIMIBOGATI
      Bah qu'ils gueulent c'est leur fin à Alep. Après cap sur Palmyre.
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      Athsadi
      Soyez indulgents envers cette presse française si professionnelle. Donnons lui le temps de digérer sa déception et faire le deuil. un peu d’empathie SVP. Mettez vous une petite seconde a sa place. Vous investissez des millions d’euros en propagande et un temps fou pour qu un scenario bien précis se réalise, par manque de chance, vous vous retrouvez avec l’exact contraire. Avouez que c’est pas facile pour n’importe qui. Pour exprimer notre pleine solidarité, je vous propose de cotiser tous ensemble pour offrir a tous ses acteurs une thérapie de groupe pour qu ils retrouvent au plus vite leurs santés morales et ainsi poursuivre leur noble mission de désinformation.
    • zroudia
      Les médias n'ont pas déposé les armes... Ils seraient plus modérés que les modérés.
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      Athsadi
      J ai oublier de préciser que pour vos dons, vous pouvez aussi utiliser vos bites coin
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      michel.louis.loncin
      Nous jubiler ions de plaisir à voir cette RAGE DÉSESPÉRÉE des MERDIAS et JOURNALOPES français *et belges !) si cette FUREUR MERDIA TIQUE n'entretenait pas la XÉNOPHOBIE ANTI Russe chez les influençables !!! RIEN DE PIRE que la CALOMNIE !!!
    • Skevin
      Tout cela prouve que le système politique occidental n'est pas capable de tirer les leçons de ses échecs. L'Afghanistan a démontré que si l'intervention américaine, depuis juillet 1979, a réussi à atteindre son but primaire: donner leur Vietnam aux russes, elle s'est faite au détriment de la faible lueur de démocratie qui régnait à l'époque dans le pays. En particulier en ce qui concerne les droits des femmes. Les deux guerre d'Irak ont tué des centaines de milliers de personnes et l'embargo intermédiaire 500000 enfants (mais ça en valait la peine disait Mme Allbright). L'intervention en Libye a été une catastrophe. Quant à la Syrie, ce qu'on y voit doit être attribué à 99% à ceux qui ont fourni massivement des armes et des financements aux terroristes. C'est qui? Pourtant, accroché à sa propagande, M. Hollande continue à répandre sa propagande à un moment où il devrait se réjouir de la chute des terroristes Alep et reconnaître la responsabilité de la "coalition" dans la reprise de Palmyre par les terroristes chez qui il persiste à rechercher les "bons" sans les trouver.
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      rosebudhunter
      Il n'y a rien de plus dangereux qu'un sanglier blessé !

      Nous allons assister en France au travers des politiques, des médias, de certaines associations humanitaires et autres pantins à une véritable démonstration de RUSSOPHOBIE sans précédant.

      Nous devrons bien observer tout ce qui va être dit contre la Russie et le Gouvernement du Président Syrien.

      La défaite des Occidentaux dans la manipulation de la Terreur en Syrie va être très dur à accepter pour l'intelligentsia socialio/républicaine française.

      Nous avons entendu hier soir à la télévision les propos de Monsieur Jacques Bérès, chirurgien français, cofondateur de Médecins sans frontières et cofondateur de Médecins du monde, Président de France-Syrie Démocratie.

      Je vous invite à réécouter de personnage sur :

      www.bfmtv.com/mediaplayer/video/alep-un-accord-conclu-pour-une-evacuation-des-civils-et-des-rebelles
    • avatar
      dadarabe
      Ils font exprès je pense. En effet ils savent très bien que tout ceci est lu et entendu dans les pays arabes. Ils entretiennent ainsi la haine de l'occident.
    • avatar
      josephaen réponse àmichel.louis.loncin(Afficher le commentaireCacher le commentaire)
      michel.louis.loncin,
      et dieu sait qu'il y en a des influençables incapables de réfléchir par eux mêmes ! ! ! ! et pas les moins diplomés !
      ils se sont fait avoir avec l'irak avec la Libye et maintenant ils remettent un jeton avec la syrie !
      c'est beau la confiance !
    • normandieniemen
      les merdias de l'axe anti assad sont capitalisés par les saoud les quataris et quelques milliardiaires philantropes alors ...
    • luciole
      C'est une défaite pour les terroristes et ceux qui les ont armés et soutenus.
      A ceux qui hurlent leur colère, on reconnait les commanditaires.
    • lucioleen réponse àSkevin(Afficher le commentaireCacher le commentaire)
      Skevin, Oui, tu as raison, Allbright, Clinton, Obama, hollande, Fabius, Sarkozy, des criminels de guerre à juger pour crime contre l'humanité.
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