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    Une manifestation du Front national à Paris

    Financement du FN à l’étranger: le renseignement US sur le coup ?

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    Maxime Perrotin
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    Le Front national est dans le collimateur de Washington. Déjà, en janvier dernier, la direction du renseignement américain se penchait sur la supposée « subversion » de Moscou auprès de partis politiques européens. Un intérêt relancé par une demande de prêt qu’aurait formulée le FN à une banque privée russe.

    L'occasion de revenir sur le financement de ce parti.

    30 millions de dollars (28,8 millions d'euros), c'est le montant du prêt qu'aurait demandé le FN en février dernier à une banque russe selon Le Canard enchaîné du 21 novembre. Démenti immédiat de l'entourage de Marine Le Pen. Nicolas Bay, Secrétaire général du Front national, qualifie « d'élucubrations » et « d'affirmations absolument folkloriques » l'information. Joint par téléphone, le Trésorier du Front national, Wallerand de Saint-Just « dément totalement les allégations du Canard »:

    « C'est absolument n'importe quoi, jamais nous n'avons demandé à cette époque-là ce chiffre-là. »

    Un somme qui coïncide avec les 27 millions d'euros que le FN annonce toujours rechercher pour ses campagnes électorales de 2 017. Le trésorier fustige par ailleurs le raccourci sémantique de l'hebdomadaire satirique, repris pour argent comptant par la plupart des médias:

    « Nous n'avons fait aucune demande à la Russie, comme disent d'une façon totalement idiote non seulement le Canard, mais aussi monsieur Turner: on ne demande pas des prêts à la Russie, on demande éventuellement un prêt à une banque russe! »

    « On aurait bien redemandé un prêt à notre banque russe, mais elle a déposé son bilan. » ajoute Wallerand de Saint-Just. En effet, la banque tchéco-russe FCRB (First Czech Russian Bank) à laquelle le Front national avait emprunté 9 millions de dollars en novembre 2014, avait été placée fin mars sous tutelle par la Banque de Russie. Celle-ci avait nommé une administration provisoire dans une tentative de sauvegarde de son activité, avant de finalement lui retirer sa licence. La FCRB a finalement été placée en faillite début juillet.

    Le Front national ne se cache pas de rechercher des fonds à l'étranger pour sa campagne, faute de se voir accorder des prêts de banques françaises. « Si on est obligé d'aller à l'étranger chercher des financements, c'est parce que les banques françaises ne jouent pas le jeu », déclarait encore ce mercredi 21 décembre Nicolas Bay, ajoutant « Nous cherchons auprès de l'ensemble des établissements bancaires français bien sûr, européens ensuite, et même partout dans le monde ». Des refus répétés des banques françaises, sur lequel revient Wallerand de Saint-Just, qui aurait déjà sollicité plus d'une quarantaine de banques dans l'hexagone.

    « Elles expliquent qu'elles refusent d'accorder quelques prêt que ce soit à quelque candidat que ce soit et à quelque parti politique que ce soit. Elles expliquent que cela serait une décision stratégique de l'ensemble des grandes banques françaises. »

    Discours convenu ou réelle politique des banques à l'égard du FN? En tout cas, il n'en a pas toujours été ainsi, comme le rappelle le trésorier du FN:

    « En 2012, il y avait eu un prêt d'une banque française de 4 millions d'euros à Madame Le Pen, sans aucun problème. »

    Des partis politiques français forcés de se financer à l'étranger, une problématique sur laquelle est revenu François Bayrou, lors de l'émission « Questions d'info » produite par LCP-Le Monde-AFP-France Info, du 21 décembre. Le Président du Modem propose la création d'une « banque civique » afin de financer les campagnes électorales des partis politiques et ainsi d'éviter que ceux-ci ne passent par des banques étrangères. Une déclaration sur laquelle revient Wallerand de Saint-Just:

    « Il dit que c'est un grand problème démocratique, il a raison […] et il appelle à la création d'une banque, d'un service bancaire civique. Je crois que les pouvoirs publics français devraient rapidement se pencher sur la question. »

    Emprunter à l'étranger est-il une pratique courante, ou en passe de le devenir, pour les partis politiques français si cette « stratégie » des grandes banques se confirme? Difficile à dire, comme le souligne Wallerand de Saint-Just, même si le Front national assume la démarche, à la vue des contraintes qu'il a toujours rencontrées auprès des établissements bancaires, la discrétion semble rester de mise:

    « On a toujours voulu faire ça dans la discrétion, jamais nous n'avons communiqué sur ces emprunts et notamment sur celui de septembre 2014, mais cela a été divulgué par des organes de presse. Pour les autres partis, je ne sais pas du tout. »

    Autre point évoqué par le Canard enchaîné et non moins intéressant, la demande d'enquête sur les relations entre Vladimir Poutine et Marine Le Pen formulée au Chef du renseignement américain, James Clapper, par le sénateur Mike Turner. Le sénateur républicain de l'Ohio, membre du Comité permanent sur le renseignement, rappelle la demande financement du FN aux banques russes et fait le parallèle avec le précédent prêt accordé en novembre 2014. Il enfonce le clou en citant les déclarations de Marine Le Pen en mai 2016 à la chaîne RT. « Je vois bien une hypothèse assez claire et peut-être assez crédible où la France pourrait reconnaître la Crimée, c'est celle où je serai le président de la République », expliquait la présidente du FN. Le Sénateur précise qu'« En cas de victoire, Marine Le Pen reconnaîtra la Crimée comme faisant partie du territoire de la Russie. »

    Wallerand de Saint-Just réfute l'argument américain, soulignant que Marine Le Pen, si elle est élue, entretiendra des relations « bonnes et équilibrées » avec l'ensemble des chefs d'État:

    « Ils peuvent toujours se renseigner sur cette question-là, mais leur problème c'est qu'ils sont toujours dans le fantasme… ils pensent que madame Le Pen peut être inféodée à Moscou. Ils pensent que contre la possibilité d'avoir un prêt auprès d'une banque, madame Le Pen va faire des déclarations politiques de telle ou telle nature… Tout ça, c'est du fantasme pur et simple! » Déclare Wallerand de Saint-Just, qui ajoute non sans humour « tout ce que j'espère, c'est que je ne serai pas emmené à Guantanamo par la CIA un jour. »

    Il faut souligner que l'intérêt de Washington pour le Front national n'a rien de nouveau. En janvier dernier, déjà, le quotidien britannique The Telegraph révélait que le Congrès américain avait mandaté ce même James Clapper — à la tête de la Communauté du Renseignement qui coordonne près de 17 services de renseignements (dont le FBI et la NSA) — afin d'enquêter sur une supposée infiltration des milieux politiques européens par Moscou en vue de « porter atteinte à la cohésion politique » de l'Union via des « financements clandestins ».

    Une action qui intervenait à la suite du référendum aux Pays-Bas sur le rapprochement entre l'Union européenne et l'Ukraine. Pour Washington, certains arguments développés en soutien à ce plébiscite « ressembleraient fort » à ceux retrouvés dans la « propagande russe ».

    De l'argent contre une ligne politique, une ligne que reprennent certains médias français. Pour appuyer cette « théorie », BFM, RTL, ont notamment interrogé l'universitaire spécialiste de la Russie, Cécile Vaissié, auteur du livre « Les réseaux du Kremlin en France ». Une spécialiste qui ne cache pas ses inimitiés pour le président russe et qui commente sur RTL « C'est la mentalité et les pratiques du KGB ».

    Les opinions exprimées dans ce contenu n'engagent que la responsabilité de l'auteur.

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    Tags:
    financement, Front national (FN), Wallerand de Saint-Just, Nicolas Bay, France
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