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    Michel Onfray: «je suis excessivement terre-à-terre»

    © AFP 2017 CHARLY TRIBALLEAU
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    Edouard Chanot
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    Polémiste et polémique, critique féroce de la religion chrétienne, Michel Onfray a répondu à Sputnik et nous dévoile son analyse de l’écroulement actuel de la civilisation.

    Sommes-nous finis ? Sommes-nous les derniers hommes ? Notre société est-elle décadente ? En d'autres termes, est-elle au bout du rouleau ?

    Les crises semblent se succéder les unes aux autres en ce début de siècle et le constat du déclin est souvent partagé. Pourtant, les thuriféraires de cette thèse se voient souvent écarter d'un revers de main méprisant par la caste politico-médiatique actuelle et se voient accusés de « déclinisme ».

    Mais pour aller au fond des choses, nous vous proposons de suspendre un instant notre jugement et d'accueillir un intellectuel qui assume pleinement cet argument.

    Et je ne bouderai pas mon petit plaisir, car pour une fois, je n'aurais pas à jouer l'avocat du diable face à un invité. Cette fois, je jouerais l'avocat de Dieu. Car en effet, notre invité est l'intellectuel athée n°1, Michel Onfray.

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    © AFP 2017 Stephane de Sakutin
    Son dernier essai est donc titré Décadence. C'est un ouvrage ambitieux, avançant l'argument selon lequel toutes les civilisations obéissent au schéma du vivant : qui croît avant de parvenir à maturité, avant évidemment de décroître et naturellement de pourrir.

    Au-delà de cet argument premier, l'essai attire à son auteur bien des inimitiés. C'est avant tout une critique au vitriol du judéo-christianisme, mais aussi de l'islam, de la révolution française, du marxisme, du fascisme et pour conclure de notre société contemporaine. Nous disons bien « avant tout contre le christianisme » car ce dernier est le fil conducteur de son analyse.

    Regardez l'intégralité de l'entretien :

    Extraits :

    Tragiques et illusionnistes

    « Je défends cette cohérence du judéo-christianisme. Nous sommes un produit du judéo-christianisme et surtout pas de l'Hellénisme. Je ne crois pas qu'il y ait des anciens et des modernes, il y a juste des tragiques et de l'autre côté des illusionnistes et ceux-ci sont chacun leur tour des optimistes ou des pessimistes. Je ne suis pas un optimiste, je ne crois pas que le meilleur sera au rendez-vous, et je ne suis pas un pessimiste, je ne crois pas que le pire sera au rendez-vous. Je laisse ces gens-là dans un même monde. J'essaie d'être tragique, de voir le réel tel qu'il est. Pour le coup c'est une analyse franchement nietzschéenne que je propose. »

    Accusation d'antisémitisme chrétien

    « Je dis très précisément, en tant qu'il est judéo-christianisme, se distingue du judaïsme en devenant antisémite. Saint Paul nous dit très précisément la vraie circoncision n'est pas la circoncision du prépus, qui est l'occasion de dire que vous faites partie de l'alliance (…) mais la vraie circoncision du cœur, de l'âme, de l'esprit. On devient quelque chose de tout à fait différent. Le judéo-christianisme se constitue sur cette haine des juifs. Jésus est un juif mais c'est un juif condamné par les juifs. Ces derniers sont présentés comme le peuple déicide. (…) Jusqu'au bout de l'antisémitisme, y compris en passant par le IIIème Reich : Saint Jean Chrysostome, qui a été extrêmement antisémitisme, est un héros de la pensée nazie. Pie XII était franchement en faveur du troisième Reich. Je ne dis pas que le christianisme est obligatoirement fasciste, je dis juste dans l'histoire du christianisme, de l'antisémitisme des origines de Saint Jean Chrysostome à Adolf Hitler qui nous dit que finalement Jésus est plutôt sympathique — je renvoie à Mein Kampf — il y a une collusion entre le christianisme, le national-socialisme, Pie XII et le totalitarisme national-socialiste de l'époque. »

    Excessivement terre-à-terre

    « J'espère bien que je suis excessivement terre-à-terre, si je ne l'étais pas, ça voudrait que je suis un idéaliste, un spiritualiste, un chrétien, un raëlien, un vendeur d'arrières-mondes, un personnage qui nous dit qu'il nous faut prendre une soucoupe volante pour être sauvé. Plus je serai excessivement terre-à-terre mieux je serai, parce que j'estime, c'est ce que disais Nietzche: contente-toi du monde donné, il n'y a que ce monde, et explorer la vérité de ce monde, c'est déjà une tâche considérable pour un philosophe. »

    La révolution jacobine

    « Non, je demande le droit d'inventaire. J'estime que la révolution française dans sa partie "Droits de l'homme" est défendable, je dis juste qu'à un moment donné — je suis girondin, quand on a le triomphe du jacobinisme, on a effectivement la naissance de le triomphe de notre modernité, puisqu'on a encore aujourd'hui des candidats à l'élection présidentielle qui se réclament de Robespierre. La totalité du logiciel français s'est constitué sur le marxisme qui estimait lui qu'il n'y avait de bonne révolution française que celle de 1793. (…) Il n'y avait pas de menace étrangère pour justifier la Terreur (…) [et] jamais les Vendéens n'ont voulu renverser la République. Ils voulaient juste qu'on leur laisse la tranquillité dans leur pays. (…) A partir du moment où elle devient jacobine, cette révolution française c'est effectivement la matrice de tous les totalitarismes du XXème siècle. »

    Néo-épicurisme matérialiste

    « Il y a un moment donné dans l'histoire de notre judéo-christianisme où on découvre Lucrèce (…) on découvre un manuscrit original. 1417, c'est le moment où on dégoupille la grenade. On découvre une pensée matérialiste, sensualiste, atomiste, anti-chrétienne. Quand vous dites que le corps du Christ est présent dans une hostie, ça marche quand vous êtes aristotélicien ou thomiste, quand vous êtes épicurien ça ne marche pas : dans une hostie, il y a juste ce qui permet de constituer l'objet en tant que tel. La transsubstantiation, tout cela, ça ne marche pas. Il faut du temps [pour qu'une civilisation s'écroule] entre 1417 et le moment où on peut se retrouver aujourd'hui avec la campagne présidentielle qui est la nôtre. »

    Après moi le déluge ?

    « Je ne propose pas une civilisation, je ne propose pas un texte religieux, un texte sacré. J'arrive juste avec cette prétention mais elle me paraît nettement plus modeste : nous sommes sur un bateau qui est en train de couler. On ne va pas trouver une rustine suffisante pour colmater la brèche du Titanic. Il y a vingt mètres d'ouverture. Je dis juste: ce n'est pas la peine, ça va couler. Maintenant qu'est-ce qu'on fait sur le pont ? Un peu de champagne, un peu de musique, un peu d'amitié, un peu de courtoisie, un peu d'élégance : mourrons debout ! Ma proposition elle est là : le bateau coule, comment mourir élégamment ?  »

    Les opinions exprimées dans ce contenu n'engagent que la responsabilité de l'auteur.

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    Tags:
    judaïsme, civilisation, philosophie, religion, christianisme, Michel Onfray, France
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