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    L’Europe, l’Union européenne, et les échéances électorales

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    © Sputnik . Alexey Vitvitsky
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    La réalité de l’Europe est aujourd’hui d’être une réalité historique, d’ailleurs diverse, et surtout une réalité culturelle.

    Quand on va à Vladivostok en Russie, on est bien dans une ville européenne. Mais l'Europe a aujourd'hui mauvaise presse, et elle est rejetée par des pans de plus en plus importants des peuples européens. La faute en est à l'Union européenne. Cette institution abuse d'ailleurs du nom « d'Europe » alors qu'elle est loin de rassembler la totalité des pays de l'Europe.

    Pourquoi un rejet de l'UE

    Il faut alors réfléchir sur cette réaction de rejet, qui aujourd'hui s'amplifie dans de nombreux pays. L'Union européenne pose aujourd'hui un problème à la démocratie. On le voit depuis l'origine, c'est à dire le traité de Maastricht. Mais, c'est l'évolution de l'Union européenne depuis les années 2007-2009 qui pose véritablement un problème majeur. On en a un exemple avec la ratification du traité avec le Canada, ce que l'on appelle le CETA. Le problème de ce traité est qu'il fait la part belle aux intérêts des firmes multinationales, intérêts qui ne sont pas précisément ceux des consommateurs ni ceux des travailleurs. En fait, ce traité n'est pas ce que l'on appelle un traité de « libre-échange » mais un traité qui vise à imposer des normes aux divers parlements des pays membres de l'Union européenne. Si l'on avait voulu une démonstration de la nature profondément anti-démocratique de l'UE on ne se s'y serait pas pris autrement.

    Là, nous sommes incontestablement en présence d'une structure qui tend à se développer sans contrôle ni responsabilité. Les déclarations de Jean-Claude Juncker lors de l'élection grecque de janvier 2015 en témoignent (1), et il convient de les rappeler. Le comportement de l'UE et des institutions de la zone Euro appelle une réaction d'ensemble parce que ces institutions contestent cette liberté fondamentale qu'est la souveraineté (2). Rappelons ici cette citation de Monsieur Jean-Claude Juncker, le successeur de l'ineffable Barroso à la tête de la commission européenne: « Il ne peut y avoir de choix démocratique contre les traités européens ». Cette révélatrice déclaration date de l'élection grecque du 25 janvier 2015, qui justement vit la victoire de SYRIZA. En quelques mots, tout est dit. C'est l'affirmation tranquille et satisfaite de la supériorité d'institutions non élues sur le vote des électeurs, de la supériorité du principe technocratique sur le principe démocratique.

    L'Union européenne et la démocratie

    Les règles de base de la démocratie sont désormais systématiquement violées. Les britanniques ont pris conscience de cette réalité et ils en ont tiré les conclusions logiques avec le BREXIT et la décision de sortir de l'Union européenne. L'Union européenne est clairement devenue aujourd'hui une institution liberticide et un projet dangereux pour les divers peuples européens. Il est clair que les dirigeants européens reprennent, en le sachant ou non, le discours de l'Union soviétique par rapport aux pays de l'Est en 1968 lors de l'intervention du Pacte de Varsovie à Prague: la fameuse théorie de la souveraineté limitée. Ils affectent de considérer les pays membres de l'Union européenne comme des colonies, ou plus précisément des « dominion », dont la souveraineté était soumise à celle de la métropole (la Grande-Bretagne). Sauf qu'en l'occurrence, il n'y a pas de métropole. L'Union européenne serait donc un système colonial sans métropole. Et, peut-être, n'est-il qu'un colonialisme par procuration. Manuel Barroso, avant de partir émarger chez Goldman Sachs, avait même évoqué à propos de l'Union européenne un empire sans idéologie impériale (3)..

    L'Europe divisée par l'UE?

    Derrière la figure d'une Europe soi-disant unie, mais qui est aujourd'hui divisée par les institutions européennes, on discerne la figure des Etats-Unis, pays auquel Bruxelles ne cesse de céder. Mais, on voit bien aussi, dans ce projet européen, une logique de dépossession de la réalité démocratique au profit d'institutions technocratiques. C'est le principe « les règlements ont toujours raison ». La construction du règlement, ou de la loi, sans la possibilité de penser la question de la justesse de cette loi (ou de ce règlement) aboutit à un univers où la souveraineté populaire, et donc la base de la démocratie, a complètement disparu. En fait, l'obsession pour la rule by law (i.e. la légalité formelle) et la fidélité au texte tourne bien souvent à l'avantage des politiques gouvernementales quelles qu'elles soient. À plusieurs reprises, le politologue David Dyzenhaus évoque les analyses des perversions du système légal de l'Apartheid (4) en rappelant que cette jurisprudence avilissante tenait moins aux convictions racistes des juges sud-africains qu'à leur « positivisme» (5).

    Nous sommes, avec l'Union européenne, en présence d'un système qui unit le modèle l'État Législateur (le modèle de la démocratie légaliste) avec celui de l'Etat administratif, et qui aboutit de fait à nier la possibilité même de choix démocratique. Ce modèle s'oppose à l'État gouvernemental (celui du Souverain tout puissant). Mais, si l'on sait combattre le fascisme, nous sommes en réalité bien plus dépourvus face au système de l'Union européenne. C'est pourquoi les diverses échéances électorales de l'année 2017, que ce soit l'élection présidentielle en France, les élections législatives aux Pays-Bas, en Allemagne et peut-être en Italie, seront si importantes pour la définition du futur des peuples vivant en Europe, mais pas nécessairement sous la coupe de l'Union européenne.


    (1) Jean-Jacques Mevel in Le Figaro, le 29 janvier 2015, Jean-Claude Juncker: « la Grèce doit respecter l'Europe ». http://www.lefigaro.fr/international/2015/01/28/01003-20150128ARTFIG00490-jean-claude-juncker-la-grece-doit-respecter-l-europe.php Ses déclarations sont largement reprises dans l'hebdomadaire Politis, consultable en ligne: http://www.politis.fr/Juncker-dit-non-a-la-Grece-et,29890.html

    (2) Evans-Pritchards A., « European 'alliance of national liberation fronts' emerges to avenge Greek defeat », The Telegraph, 29 juillet 2015, http://www.telegraph.co.uk/finance/economics/11768134/European-allince-of-national-liberation-fronts-emerges-to-avenge-Greek-defeat.html

    (3) Barroso J-M., Speech by President Barroso: "Global Europe, from the Atlantic to the Pacific", Speech 14/352, discours prononcé à l'université de Stanford, 1er mai 2014

    (4) Dyzenhaus D, Hard Cases in Wicked Legal Systems. South African Law in the Perspective of Legal Philosophy, Oxford, Clarendon Press, 1991.

    (5) Dyzenhaus D., The Constitution of Law. Legality In a Time of Emergency, op.cit., p. 22.

    (6) Schmitt C., Légalité, Légitimité, traduit de l'allemand par W. Gueydan de Roussel, Librairie générale de Droit et Jurisprudence, Paris, 1936; édition allemande, 1932

    Les opinions exprimées dans ce contenu n'engagent que la responsabilité de l'auteur.

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    Tags:
    démocratie, traité de Maastricht, Goldman Sachs Group Inc, Union européenne (UE), José Manuel Barroso, Jean-Claude Juncker, Europe
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