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    Raqqa, fief de Daech

    Et si Damas reprenait Raqqa?

    © AFP 2017 MOHAMMAD AL-HUSSEIN
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    Mikhail Gamandiy-Egorov
    Situation en Syrie (printemps 2017) (94)
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    Bachar al-Assad a annoncé que la libération de la ville de Raqqa serait désormais le prochain objectif prioritaire de l’armée syrienne. Elle poursuivra en parallèle la libération d’autres villes et localités de Syrie.

    « Après Alep et Palmyre, Raqqa est notre nouvel objectif. À ce jour, nous sommes proches de Raqqa. Nos forces ont atteint l'Euphrate (pour la première fois depuis quatre ans, ndlr) qui est très proche de Raqqa, fief de Daech. Pour autant, cela ne signifie pas que les autres villes ne sont pas prioritaires, cela pourrait se dérouler parallèlement », a déclaré Bachar al-Assad lors d'une interview accordée à la chaîne hongkongaise Phoenix.

    Parlons perspectives. Du point de vue stratégique, Raqqa représente peu. C'est une relativement petite ville dans un milieu désertique. Rien à avoir avec Alep, grande mégalopole et capitale économique de l'État syrien, ou encore Palmyre, la « Perle du désert », qui tout en étant peu peuplée, était et reste un grand symbole culturel pour la Syrie et pour toute l'humanité. Raqqa, elle, n'a de symbolique que son statut de « fief » de Daech, selon les déclarations mêmes du président Assad il y a quelques mois. Néanmoins, et au moment où les É.-U. et leurs alliés s'activent pour tenter de remporter au moins une victoire digne de ce nom sur le théâtre syrien, Damas démontre qu'elle est amplement en mesure de libérer cette ville elle-même, avec l'aide de ses alliés, à l'instar d'autres parties du territoire.

    Pour rappel, le gouvernement syrien contrôle les cinq plus grandes villes du pays: Damas, Alep, Homs, Lattaquié, Hama. D'autre part, et cela est tout aussi important, entre 70 et 80 % de la population de Syrie se trouve dans des territoires sous contrôle gouvernemental. Chiffres hautement symboliques lorsqu'on se souvient comment le mainstream médiatique et les élites politiques occidentales ont répété sur tous les tons que les civils fuyaient massivement « les troupes du régime »…

    D'ailleurs, quelle sera la réaction du mainstream et des élites politiques face à une éventuelle reprise de la « capitale » de Daech par les forces gouvernementales? Réponse: très probablement la même que celle lors de la libération d'Alep et de Palmyre, à savoir révolte ou au moins une simple déception. Quoi qu'il en soit, cette hypocrisie ne stoppera pas le gouvernement syrien dans la poursuite de la libération du territoire du pays de la présence terroriste. La déclaration d'Assad n'a fait que le confirmer.

    Mieux que cela, le leader syrien pense que le conflit qui déchire son pays depuis maintenant six ans pourrait être entièrement résolu cette année, tout en ajoutant que les forces étrangères présentes en Syrie sans invitation compliquent la situation. Par ces propos, il viserait clairement en premier lieu les É.-U., principaux instigateurs du chaos orchestré dans son pays, comme dans la région en général. La présence turque est également contestée, mais plus ou moins tolérée, car elle est coordonnée avec la Russie. Or, la Turquie continue de se rapprocher de la Russie à différents niveaux, la toute récente visite d'Erdogan à Moscou l'a bien confirmé. En Syrie, les deux capitales coordonnent leurs efforts diplomatiques avec le processus d'Astana et militaires en opérant des frappes conjointes contre Daech dans le nord de la Syrie, qui ont abouti à la libération d'Al-Bab. Dans ce contexte, il est raisonnable de penser que la présence de la Turquie en Syrie ne sera pas permanente, ni même un problème insurmontable.

    Plusieurs chefs de Daech fuient Raqqa
    © AFP 2017 DELIL SOULEIMAN
    Une fois encore, le problème majeur reste bien la politique étasunienne dans la région, celle qui consiste à diviser pour mieux régner, ou du moins pour mieux semer le chaos — l'élite US en est la championne absolue. Mais lorsqu'il s'agit d'en réparer les conséquences, le plus souvent catastrophiques, les É.-U. et ses « alliés » ouest-européens sont presque toujours aux abonnés absents. Simple constat de la réalité.

    Dernier point. L'armée syrienne reste en effet sur l'offensive, avec plusieurs objectifs stratégiques en vue: rompre l'encerclement des troupes d'élite syriennes à Deir ez-Zor et nettoyer la zone, avancer sur Raqqa, le fief de Daech, sans oublier évidemment Idlib, le fief de l'autre groupe takfiriste Hayat Tahrir al-Cham (ex al-Nosra et Fatah al-Cham, la filiale d'Al-Qaida en Syrie). Des efforts militaires qui s'ajoutent donc aux efforts diplomatiques d'Astana, lesquels reprendront dans les prochains jours, pour avancer vers la fin du conflit syrien, qui a été imposé par le néocolonialisme occidental s'appuyant une fois encore sur des extrémistes déclarés.

    Les opinions exprimées dans ce contenu n'engagent que la responsabilité de l'auteur.

    Dossier:
    Situation en Syrie (printemps 2017) (94)

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    Tags:
    Etat islamique, Bachar el-Assad, Raqqa, Syrie
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    Tous les commentaires

    • avatar
      josepha
      Que bachar al assad et ses troupes libèrent tout le pays et mette les envahisseurs américains dehors ! car ils n'auront plus rien à faire là ! déjà qu'ils n'y étaient pas invités !
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      petit jack
      enfin bachard el assad demande a demi mots aux occidentaux de degager ;;ca c'est une bonne idee ,mais attention ils sont capable de donner des armes aux terroristes par vengeance car ils aiment pas etre contraries!!!!!!!
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      rosebudhunter
      Quand nous prenons un peu de recul vu de notre pays galvaudé dans son conformisme, nous pouvons imaginer aisément la taille des enjeux qui sont derrière cette Barbarie et que le peuple syrien subit sur le terrain depuis 6 longues années.
      Nous n'avons qu'une hâte, c'est d'arriver à l'épilogue de cette Grande Victoire de la Syrie à la face du Monde.
      Croyez cher peuple syrien et chers combattants à nos meilleurs pensés.
    • ricardo
      Bachar est chez lui, et Raqqa est une ville Syrienne !!! Il invite qui il veut pour l'aider à chasser la nuée d'intrus terroristes.
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      Georwellen réponse àpetit jack(Afficher le commentaireCacher le commentaire)
      petit jack, La question est "veulent-ils dégager"? Assad n'a pas les moyens de les faire partir pour l'instant et il s'en accommode. Plus il y a de front contre isis et les autres, plus il a de chance de les vaincre, mais c'est un peu comme si il jouait avec des serpents, qui font semblant de ne pas s'entendre , mais dont le rôle est de piquer, le moment venu..... Et ça, je le crains. Je pense que la Russie est en train de mesurer toute la détermination de ses adversaire à "piquer" jusqu'au dernier moment, car ils considèrent leurs plans comme indépassables !
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      michel.louis.loncin
      Soyons certains que les Etats-Unis et l'OTAN feront TOUT pour empêcher ce qui serait un TRIOMPHE pour Bachar (et Poutine) !!!
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      CocoChannelen réponse àmichel.louis.loncin(Afficher le commentaireCacher le commentaire)
      michel.louis.loncin,
      Les US ont changé de président, et le nouveau a dit et répété que son objectif était de liquider les terroristes, quel que soit le pseudo.
      A moins que la CIA, qui se dispute avec le Pentagone depuis des mois, ne vienne encore envenimer la situation.
      C'est à Trump de montrer qui est le patron. Si c'est possible aux USA ?
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      Parousnik
      Il est essentiel que l armée légitime syrienne d'Assad libére Raqqa...même si ce n est pas une ville tres importante...Déjà elle est syrienne. .et puis il faut anéantir les ambitions criminelles us et européennes dans la région...car il n y a que la parole des armes que comprennent les pays colonisateurs et génocidaires. .
    • avatar
      michel.louis.loncinen réponse àCocoChannel(Afficher le commentaireCacher le commentaire)
      CocoChannel, sauf que la presse et les groupes de pression, aux mains de Soros, des Clinton et de groupes de pression démocrates font tout pour le déstabiliser ...
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