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    Nikola Mirkovic: «je vais leur montrer la conséquence du Maïdan»

    © AFP 2018 Dmitry Serebryakov
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    Edouard Chanot
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    L’association Ouest-Est agit pour sensibiliser l’opinion publique et les dirigeants français à la réalité du conflit ukrainien. Son fondateur, Nikola Mirkovic, était à Paris pour une conférence avec des victimes de la guerre. Reportage et analyse.

    Colloque de l'association Ouest-Est sur le Donbass, 7/04/2017, Paris.
    Colloque de l'association Ouest-Est sur le Donbass, 7/04/2017, Paris.
    « Faites pression sur vos dirigeants pour qu'ils cessent de donner l'argent à Porochenko, l'argent qui sert à nous bombarder ». Le ton est las et n'a rien d'une supplique. Invitée à Paris par l'Association Ouest-Est, Anna Gorlovka est venue du Donbass avec son fils Andreï, en fauteuil roulant depuis un bombardement des troupes de Kiev sur la cour dans laquelle il jouait.

    L'action de Washington en Europe

    Nikola Mirkovic, fondateur de l'association, n'y va pas par quatre chemins : « je vais leur montrer la conséquence de la crise qu'ils ont créé. Je vais leur montrer la conséquence directe du Maïdan ». Rejetant l'accusation de misérabilisme, il affirme : « les médias dominants ne veulent pas voir les conséquences des actions de Bruxelles et de Washington ». Car pour lui, pas de doute : « nous avons assez d'informations qui nous permettent de pointer du doigt Washington qui a intérêt à ce qu'il y ait des guerres en Europe.  » Entre autres, l'affirmation de Victoria Nuland, ex-Secrétaire d'État adjointe américaine pour l'Europe et l'Eurasie, qui évoque les 5 milliards de dollars d'aide à l'Ukraine pour y « apporter la démocratie ».

    Or, selon Mirkovic, « c'est aux Européens de régler leurs problèmes entre eux. On a tout intérêt à faire travailler la diplomatie entre Européens ». Celui-ci n'en est pas à son coup d'essai : « à chaque fois qu'il y a une guerre, je veux être présent  ». Il était dans les années 90 en Yougoslavie et il est encore présent au Kosovo, « parce que les conséquences de ces guerres sont encore terrible aujourd'hui, nous sommes sur une cocotte-minute. »

    10 000 victimes et un silence médiatique assourdissant

    Dans la République Populaire de Donetsk, la situation est aussi dramatique : « il y a un blocus total sur la guerre dans le Donbass au niveau médiatique, pour une guerre où 10 000 personnes ont été tuées, soit trois Bataclan par mois depuis trois ans!  ». Aussi faut-il y ajouter les « 20 000 blessées et plus d'un million de réfugiés dont personne ne parle.  »

    Ecoutez l'entretien :


    L'Association Ouest-Est mène ainsi une action humanitaire et d'information : « notre premier objectif est de rappeler qu'il y a une guerre en Europe, qu'on veut tout faire pour y mettre fin en sensibilisant des personnes influentes et l'opinion » dit-il, avant de préciser : « et puis nous récupérons des fonds pour aider des personnes qui sont sur la ligne de front, pour leur apporter des besoins de première nécessité, des médicaments. »

    Aussi veut-il tordre le cou à certaines idées reçues : « j'ai été trois fois dans le Donbass. Je n'ai jamais vu l'armée russe sur place. [Washington et Bruxelles] sont gênés, car cette situation du Donbass est la conséquence directe de cette opération de manipulation qui était celle du Maïdan, œuvre ourdie à Washington et Bruxelles. »

    L'association n'hésite pas à dénoncer les conséquences de l'interventionnisme occidental : « ils ont soi-disant voulu remplacer un oligarque par le peuple, ils n'ont fait que remplacer un oligarque par d'autres oligarques. Le peuple souffre.  » Une opération de changement de régime masquée par des accusations à l'encontre de la Fédération de Russie : « au lieu d'assumer leurs responsabilités dans cette révolution de couleur pour mettre Kiev dans le camp atlantiste, ils accusent les Russes. C'est le principe du bouc émissaire ». Pourtant, précise-t-il : « ceux qui sont sur le terrain savent que ce n'est pas vrai. »

    L'anarchie ukrainienne

    Un jugement confirmé par Xavier Moreau, fondateur du think tank Stratpol : « l'Ukraine est un pays récent qui échoue à devenir une Nation à cause de ses dirigeants ». À cette « incompétence oligarchique » faut-il ajouter « les milices féodales » qui détiennent aujourd'hui le pouvoir ukrainien, exception faite de la ville de Kharkov, dirigée par Hennadiy Kernès, « plutôt stable ».

    Un véritable suicide selon l'expert : « le résultat pour l'Ukraine des nationalistes sera le même que pour l'Allemagne en 1945. Ils n'ont pas besoin de Poutine pour détruire l'Ukraine : ils le font très bien eux-mêmes ». Évoquant la volonté de Kiev de priver l'Ukraine de l'Est de la transmission de son patrimoine russophone, il ajoute : « il n'y a plus de vouloir vivre-ensemble (…) ce qui attend l'Ukraine est une longue période d'anarchie ».

    L'issue est en effet incertaine : « les accords de Minsk ont été vécus comme une défaite par la Rada. Kiev a signé à contrecœur et n'a aucune intention de tenir les accords [de paix]  ». Plus profondément, « certains ont intérêt à maintenir le conflit pour maintenir les sanctions. Le conflit est donc gelé jusqu'à ce que [l'Occident] trouve une solution qui ne favoriserait pas la Russie ». Pourtant, « on aurait pu les forcer, par exemple en conditionnant l'aide du FMI à l'Ukraine à l'application des accords » conclut-il avec regret.

    Les opinions exprimées dans ce contenu n'engagent que la responsabilité de l'auteur.

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    Tags:
    Maïdan, Ukraine
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