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    Emmanuel Macron

    Le Président des apparences?

    © AFP 2019 Damien MEYER
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    Jacques Sapir
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    Il y a un point sur lequel notre Président, Emmanuel Macron, pourrait se révéler plus russe que les russes eux-mêmes. C’est sur la méthode. On peut se poser effectivement la question de savoir si cette présidence ne va pas s’avérer être l’égale des méthodes du Prince Potemkine ?

    On connaît l'anecdote historique. Le Prince Potemkine, amant de l'Impératrice Catherine II, aurait fait dresser des façades prospères au devant de villages misérables, lors du voyage que fit la Tsarine en Crimée. Cette anecdote est par ailleurs très probablement fausse, et les talents du Prince sont tout à fait avérés mais l'image est restée: Potemkine devint donc l'anticipateur de tous ces experts en communication qui s'emploient à faire du faux un vrai plus que véritable.

    Emmanuel Macron serait-t-il ainsi le Président de l'apparence? On peut en effet se le demander quand on voit comment il joue, use et abuse, des moyens du communicant que ce soit au sujet de l'Accord de Paris, dont les Etats-Unis viennent de décider de se retirer, ou de la trop fameuse « moralisation de la vie politique », bien battue en brèche par l'affaire Ferrand.

    L'imposture écologique d'Emmanuel Macron

    Commençons par la réaction d'Emmanuel Macron à l'annonce par Donald Trump du retrait des Etats-Unis de l'accord issu de la « COP-21 ». Le 1er juin, dans la soirée, Emmanuel Macron s'est donc posé en défenseur tout à la fois de l'écologie, du monde libre et même de la planète en reprenant, et détournant, le slogan de Donald Trump « Make the Planet Great Again ». En matière de communication, ce fut une réussite. Jamais un twitt d'une français n'avait été autant re-twitté. Mais, à y regarder de près, on voit que ceci n'est qu'une astuce de communicant. L'écologie, et c'est le moins que l'on puisse en dire, ne figurait pas en tête du programme présidentiel d'Emmanuel Macron. D'ailleurs, quand il faut le ministre de l'économie de François Hollande, les mesures qu'il avait prises, comme la promotion des autocars (polluant) contre les lignes de chemin de fer n'avait rien d'écologique.

    L'Accord de Paris, il faut l'ajouter, n'est qu'un accord de principe, nullement contraignant. Il ne constitue nullement l'avancée mémorable dans le domaine de l'écologie que l'on prétend, bien au contraire.. Faire de sa défense une volonté de sauver la planète, cela revient à tomber dans une emphase qui touche au ridicule. Non que la décision de Donald Trump ne soit par ailleurs critiquable. Les décisions américaines prises ces dernières semaines, qu'il s'agisse de relancer les forages par fracturation hydraulique ou de se dégager des diverses mesures de protection de l'environnement prises par la précédente administration, sont d'ailleurs bien plus significatives de l'attitude de Donald Trump sur la question de l'environnement. Mais, cela ne permet nullement à Emmanuel Macron, qui dans la formulation de son gouvernement a confondu transition énergétique et transition écologique, et dont le programme présidentiel était à des kilomètres de celui de Jean-Luc Mélenchon ou même de Marine le Pen, de vouloir se donner la stature d'un véritable défenseur de l'écologie. Sa soumission aux règles de l'Union européenne, qui a pourtant signé un très mauvais accord sur la question de l'écologie, le CETA, ou qui a pris un retard dramatique sur la question des perturbateurs endocriniens, montre bien que, décidément, ce n'est pas l'écologie qui le motive. Le 1er juin, Donald Trump a fait de la politique intérieure américaine en décidant de se retirer de l'Accord de Paris, et Emmanuel Macron à fait de la communication, comme avait été réputé le faire le Prince Potemkine il y a près de 300 ans.

    L'imposture moralisatrice d'Emmanuel Macron

    L'engagement sur la moralisation de la vie politique figurait de manière nettement plus importante que l'écologie dans le programme du candidat Emmanuel Macron. Et François Bayrou, nouveau ministre de la justice d'annoncer à son de trompes béarnaises le dépôt de deux lois et une modification de la Constitution. Tout cela est bien beau, mais la réalité est qu'un Ministre, Richard Ferrand, se débat dans une affaire où il semble bien avoir violé tant le code de la mutualité que les principes de décence qui veulent que l'on soit élu pour servir et non se servir, et que Marielle de Sarnez, une autre ministre, et proche de François Bayrou, se voit à son tour accusée de manquement graves à l'éthique. Cela fait désordre, cela fait scandale.

    Emmanuel Macron et Vladimir Poutine se serrent la main à Versailles
    © REUTERS / Alexander Zemlianichenko
    Le bâtonnier Alain Castel a fait une déclaration dans Le Parisien du lundi 29 mai où il parle d'un "enfumage" de la part du ministre. Il déclare, et cela a été prouvé, que, le 23 décembre 2010, "la promesse de vente du bien incriminé a été signée par Richard Ferrand et comportait une condition suspensive, liée à un bail à venir des Mutuelles de Bretagne et à la composition d'une SCI". Cela signifie que Richard Ferrand a acheté le bien à son précédent propriétaire, qui était dans l'obligation de s'en défaire pour payer les frais de justice dans un autre affaire, et que la SCI s'est alors substitué à Richard Ferrand, pour réaliser une juteuse affaire. Comme cette SCI appartient quasi entièrement à Madame Doucen, il y a là plus qu'un soupçon de conflit d'intérêt. C'est bien l'avis de l'ancien bâtonnier, Alain Castel, qui accuse frontalement dans l'article paru le 29 mai dans Le Parisien: "J'ai tout de suite compris la manœuvre (…). Richard Ferrand allait louer l'immeuble à la mutuelle et il allait s'enrichir avec tous les travaux à la charge de celle-ci. Il faut appeler un chat un chat."

    Sur cette question, aussi, on pourrait questionner les engagements de campagne d'Emmanuel Macron. Ici encore on voit que des démarches sont savamment mises en musique par les communicants de l'Elysée, et que cette communication a essentiellement pour but de construire et de maintenir l'image d'un Président, parangon de toutes les vertus. Ici encore l'apparence et le paraître ont pris le pas sur la substance.

    La vérité d'Emmanuel Macron

    Emmanuel Macron est-il donc le Président de l'apparence? En fait, toutes ces danses des sept voiles n'ont pour but que de faire oublier ce que prépare Emmanuel Macron et ses conseillers. Car, on aurait bien tort de réduire le Président à ces effets de communication, qu'ils soient réussis ou qu'ils soient calamiteux.

    En un sens, ces danses de l'apparence détournent l'attention du véritable Emmanuel Macron: un homme soumis aux règles européennes, qui entend prendre aux moins pauvres pour donner au plus pauvres. Mais, cette politique qui vise à déshabiller les uns pour habiller les autres ne remet nullement en question la question du chômage de masse (4,5 millions, plus 1,7 millions de quasi-chômeurs), et ne remet nullement en cause la montée des inégalités et de la pauvreté dans notre pays.

    Alors que s'approche le premier tour des élections législatives, il compte sur les apparences pour réussir ce tour de force d'avoir une majorité absolue de députés alors que son parti, La République en Marche, n'est crédité que de 30-32% des intentions de vote. Il continuera donc cette danse des apparences jusqu'au moment où il pourra engranger une majorité absolue de députés. D'où le fait qu'il ne l'ait pas, qu'il ne puisse pas l'avoir, prend tout son sens.

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    Tags:
    Accord de Paris sur le climat, Emmanuel Macron, Jean-Luc Mélenchon, Marine Le Pen, France
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