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    Un pilote d'un F/A-18

    Gros budget, gros problèmes: les troubles de santé que l'armée US ne réussit pas à traiter

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    Ekaterina Yanson
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    Confronté à toujours plus de cas de détérioration de la santé des soldats, le Pentagone semble impuissant. Les dépenses pour le secteur de Défense, y compris pour la santé des soldats, sont maintenues à un haut niveau, mais les piles croissantes de rapports ne font que mettre en évidence les problèmes, sans en déterminer les causes ni y remédier.

    Le problème № 1 pour l'US Navy concerne les «épisodes physiologiques» chez certains pilotes, selon le commandant des opérations navales, l'amiral John Richardson. Multiples ont été les cas d'hypoxie (diagnostic non avéré, mais privilégié) dans les cockpits des Lockheed Martin F-35 Lightning II, EA-18G Growler, T-45C Goshawk et F/A-18 Superhornet. Des pilotes navals ont été soudainement victimes de malaises en vol, possiblement dus à des changements de pression dans l'avion, à l'air contaminé ou à «d'autres facteurs dans l'environnement du vol». Le facteur humain n'est non plus exclu de la liste d'éventuelles causes.

    «Épisodes physiologiques»: un problème qui ne date pas d'hier

    Bien qu'on évoque une hausse importante de ces épisodes dernièrement, qui a même entraîné la suspension des vols, le problème s'avère être plus ancien qu'il n'y paraît. Des troubles similaires survenaient aussi il y a des décennies, sans que personne n'en parle.

    «Le pilote d'un chasseur, des années 80, est venu dire "J'ai eu un épisode physiologique, mais je n'aurais dit à personne que je l'avais vécu". Il était désorienté, son équipe entière l'a aidé à atterrir à l'époque et ils ne l'ont raconté à personne», a raconté la capitaine Sara Joyner, chef de l'Équipe d'action pour les épisodes physiologiques, nouvellement créée, de la Marine américaine.

    Les pilotes s'étant longtemps tus sur ces épisodes, la sensibilisation n'a commencé que récemment. En mai dernier, le commandant John Richardson a énuméré les points clés afin d'éviter et remédier au problème: parmi eux, «prévenir l'équipe», «faire passer le message» et apprendre les principaux concernés à se comporter dans une situation critique. Ce qui est survenu alors en pleine crise: les vols des F-35 depuis la base aérienne Luke en Arizona étaient alors suspendus après plusieurs épisodes aux mois de mai et juin, plusieurs morts de pilotes navals ont été classées par l'armée comme résultant des «épisodes physiologiques».

    Deux chausseurs F-35
    © REUTERS/ Australian Defence Force
    Deux chausseurs F-35

    La situation est également compliquée par le fait que, dans plusieurs cas, dans les T-45 à deux places, seul un des pilotes a ressenti un malaise. Les niveaux normaux d'oxygène et de pression de l'air font aussi considérer plus attentivement le facteur humain — qui ne suggère pourtant pas de réponse universelle.

    En chiffres bruts, dans les F/A-18 et EA-18, ainsi que dans les T-45, une flambée de tels cas a été enregistrée en 2016 (respectivement 125 et 30), puis une baisse jusqu'à 52 et 21 en 2017. Et si l'on prenait en compte tous les cas que des militaires ont préféré taire? Manifestement, les chiffres seraient plus importants que cela.

    Un F/A-18 lors de son atterrissage
    © AP Photo/ Kim Hong-Ji
    Un F/A-18 lors de son atterrissage

    Autres problèmes de santé

    Outre les blessures et maladies chroniques, les soldats américains souffrent de troubles de la santé mentale qui ont été diagnostiqués chez quelque 15% des soldats d'active (pour l'année 2015). Les diagnostics les plus répandus sont les troubles d'adaptation, de l'humeur et troubles anxieux.

    L'obésité s'est révélé un problème pour 13% des militaires, les troubles du sommeil pour 10%, l'abus d'alcool et d'autres drogues pour 2% des soldats. De plus, 16,7 soldats d'active sur 1.000 présentent une IST (chlamydia).

    Financement englouti

    La santé imparfaite des militaires coûte ni plus ni moins 50 milliards de dollars (2017) par an à l'État. Pour l'année 2018, l'administration a demandé d'allouer la bagatelle de 51 milliards de dollars pour les soins de santé des militaires. Dans son rapport, le Bureau du budget du Congrès américain met d'ailleurs en garde contre une hausse éventuelle de cette somme dans les années à venir — est-ce dû à la hausse des prix des prestations de santé et des médicaments ou à l'aggravation de la situation dans les rangs?

    Tandis que les défaillances mécaniques ne sont pas exclues de la liste de possibles raisons des cas d'«hypoxie» des pilotes, les dépenses dans les machines mêmes sont d'autant plus impressionnantes. Le pronostic pour les années 2017-2031 est celui de la production de 8.000 aéronefs navals pour un montant total de 508,3 milliards de dollars, dont chasseurs 54% pour les seuls chasseurs.

    Pour l'année 2018, les forces aériennes des États-Unis ont déjà demandé 10,3 milliards pour 70 chasseurs F-35, eux aussi impliqués dans plusieurs troubles physiologiques. Que donc leurs futurs pilotes n'aient pas à se plaindre de leur santé.

    Les opinions exprimées dans ce contenu n'engagent que la responsabilité de l'auteur.

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    Tags:
    santé mentale, état de santé, aviation embarquée, militaires américains, marine US, pilote, financement, problèmes, santé, défense, T-45C Goshawk, F/A-18 Super Hornet, F-35 Lightning II, États-Unis
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