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    Brexit

    Le BREXIT, les médias, et le pluralisme (ou pas…)

    © REUTERS/ Simon Dawson
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    Jacques Sapir
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    La petite musique, diffusée par mes chaînes de télévision (France2, TF1, etc.) insinue que les britanniques regretteraient leur choix de juin 2016. Le BREXIT n’aurait plus la côte outre-manche.

    Un bon exemple en est le sujet qui fut diffusé dans le journal de France2 le 22 décembre dernier (1). Une chaîne publique, comme France2 ne va pas nous mentir. Cela se saurait, non? C'était comme Colin Powell brandissant les « preuves » des armes de destruction massive détenues par Saddam Hussein en Conseil de Sécurité de l'ONU (2). Un Secrétaire d'Etat des Etats-Unis, cela ne ment pas, ou au mieux par omission…Bon, là, c'est loupé, car ces armes, nul ne les a trouvé et Colin Powell lui-même, dans une interview donnée à la chaîne ABC a reconnu que son discours devant le Conseil de Sécurité resterait comme une « tache » en raisons des mensonges qu'il avait été obligé de dire (3). Colin Powell avait une excuse: il avait lu un texte préparé par le secrétariat du Vice-Président, le sinistre Dick Cheney.

    Seulement, sur la question du BREXIT, France2 n'a aucune excuse. Explications.

    Les résultats du sondage YouGov

    Le sondage réalisé par l'institut YouGov du 13 au 19 décembre, et portant sur 1692 personnes au Royaume-Uni (4), montre que 48 % des personnes interrogées sont en faveur du BREXIT et seulement 39 % lui sont opposées (avec 13% d'indécis ou de sans opinion). En fait, les opinions de 7 pays, dont 6 de l'Union européenne, ont été sondées (Royaume-Uni, Allemagne, France, Danemark, Suède, Finlande et Norvège). La comparaison de ces opinions est en elle-même intéressante:

    Source: https://d25d2506sfb94s.cloudfront.net/cumulus_uploads/document/xnnrrb0gi9/Euro track_December.pdf, p.3.

    La France est donc le seul pays de l'UE a avoir une attitude relativement équilibrée sur le BREXIT. Les 4 autres pays de l'UE sont contre, et la Norvège, qui ne fait pas partie de l'UE, a une attitude relativement proche de la France.

    Mais, c'est bien entendu le cas du Royaume-Uni qui nous importe ici. Avec un écart de 9 points, les partisans du BREXIT sont toujours largement en tête. Rappelons, cependant, que ces résultats ne sont que ceux d'un sondage, et qu'il n'y a pas eu de campagne. On ne peut en déduire mécaniquement le sens d'un vote, si par hasard on voulait forcer les britanniques à revoter. Il reste que la nature de ce BREXIT est aussi un sujet important. Et de ce point de vue, le même sondage YouGov donne des résultats intéressants:

    Source: Idem tableau 1

    Une majorité se prononce pour un BREXIT « dans les règles »: mais, au Royaume-Uni, la proportion de ceux qui pensent que ces règles ne doivent pas être respectées et que le pays doit quitter l'UE immédiatement est particulièrement élevée, avec près d'un tiers des réponses.

    Une critique implicite du fédéralisme européen?

    Ces résultats traduisent un certain euroscepticisme en France (et en Norvège). Mais, en fait, la question est bien plus complexe. Les pays d'Europe du Nord, qui sont ceux qui désirent le plus que le Royaume-Uni reste dans l'UE, sont aussi ceux qui sont le plus opposés à l'idée d'une Europe fédérale. En fait le « regret » par rapport au fait que le Royaume-Uni quitte l'UE semble bien traduire le fait que ces pays craignent de perdre un allié qui, lui aussi, refuserait la marche vers l'Europe fédérale.

    Source: Idem tableau 1, p. 2.

    En fait, à l'exception de la France et de l'Allemagne, les trois autres pays de l'Europe du Nord (et bien évidemment la Grande-Bretagne) sont fortement opposés à l'idée d'une transformation de l'Union européenne en des « Etats-Unis d'Europe ». En fait, on peut se demander si ce projet, qui est une partie importante de l'imaginaire de Bruxelles et des institutions européennes, n'a pas joué un rôle au moins aussi important que la question de l'immigration dans le vote britannique en faveur du BREXIT. Quoi qu'il en soit, et connaissant par ailleurs les positions des pays de l'Europe Centrale et Danubienne (Pologne, Hongrie, Slovaquie, République tchèque et maintenant Autriche), on peut penser que les opposants à ce projet d'Europe fédérale sont largement majoritaires. C'est un fait que notre Président de la République, M. Emmanuel Macron, ferait bien de prendre en compte et le plus rapidement possible.

    Les Médias et le BREXIT

    Revenons sur la manière dont les médias comme France2 (ou TF1) traitent le BREXIT. Ce sondage ayant eu lieu du 13 au 19 décembre, il était peut-être déjà connu quand France2 a fait son sujet, outrageusement orienté « anti-BREXIT », le 22 décembre. A tout le moins, on aurait pu s'attendre, dans une chaîne normalement « pluraliste » à ce que ce sondage bénéficie de la même couverture dans un journal suivant. Il n'en a rien été, et cela porte condamnation des méthodes de traitement et de présentation de l'information dans ces médias.

    Le « loupé » de France2 attire néanmoins l'attention sur la nécessité de faire des émissions pluralistes et qui ne soient pas à charge, sur un sujet ou sur un autre, n'en déplaise aux grincheux et aux jaloux (5), si prompt à parler de « propagande » quand il s'agit des autres et si satisfaits d'eux-mêmes…


    Les opinions exprimées dans ce contenu n'engagent que la responsabilité de l'auteur.

    (1) https://mobile.francetvinfo.fr/monde/europe/la-grande-bretagne-et-l-ue/brexit-un-an-apres-le-doute-s-installe-chez-les-britanniques_2527547.html

    (2) http://www.heraldtribune.com/news/20030605/bush-team-didnt-level-with-us

    (3) Voir http://abcnews.go.com/2020/Politics/story?id=1105979&page=1

    (4) https://d25d2506sfb94s.cloudfront.net/cumulus_uploads/document/xnnrrb0gi9/Euro track_December.pdf Sondage réalisé sur: 1692 adultes britanniques, 2032 adultes allemands, 1002 adultes français, 1018 adultes danois, 1018 adultes suédois, 974 adultes finlandais, 402 adultes norvégiens

    (5) Voir https://francais.rt.com/france/46726-appel-interdire-chaine-rt-france-provoque-vive-levee-boucliers

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