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    La Zad

    Comment Macron a désamorcé la bombe de l’évacuation de NDDL

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    Youri Apreleff
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    Abandonner la construction de l’aéroport de Notre-Dame-Des-Landes devrait permettre aux forces de l’ordre d’évacuer la Zad dans un contexte physique, politique et médiatique apaisé. Privés de leur argument central, les zadistes ne peuvent risquer de voir l’opinion et la classe politique se retourner contre eux.

    La Zad de Notre-Dame-Des-Landes (NDDL) sera évacuée au printemps. Pour le gouvernement, la présence des zadistes est d'autant moins justifiable que le projet controversé d'aéroport est abandonné. Voyant leurs arguments se réduire comme une peau de chagrin, les activistes ne devraient pas opposer la résistance farouche que redoutaient le gouvernement et les forces de l'ordre, allant jusqu'à parler de possibles «morts» dans une note interne en cas d'intervention à NDDL. Tout le monde a gardé en tête l'échec retentissant de «l'opération César» à l'automne 2012, lorsque 40.000 personnes venues en soutien aux opposants présents sur place et évacuées par les gendarmes mobiles avaient en totalité réinvesti les lieux, sous les regards des caméras.

    Les gendarmes positionnés en début de semaine autour de NDDL ont également gardé en tête les «ratés» de l'opération d'évacuation de la Zad de Sivens, dans le Tarn, durant laquelle un jeune militant écologiste de 21 ans avait été tué par une grenade offensive de la gendarmerie le 26 octobre 2014. Un drame médiatisé qui avait fait basculer l'opinion en faveur des militants.

    Cette guerre de l'image qui s'annonçait aurait été un enjeu crucial pour les forces de l'ordre, qui aurait forcément été exploité par les opposants en cas d'annonce de construction de l'aéroport. Dans un contexte de tensions globales entre les policiers et militaires d'une part et une partie de la jeunesse française d'autre part, en particulier celle qui a défilée lors des manifestations contre la loi travail, toute intervention musclée des forces de l'ordre n'aurait fait qu'attiser les antagonismes.

    La décision du gouvernement étouffe donc dans l'œuf ces scénarios-catastrophe envisagés par les gendarmes mobiles. En effet, malgré l'insistance de certains opposants refusant de quitter la zone, et le communiqué publié par les opposants à l'aéroport suite à l'abandon du projet affirmant refuser «toute expulsion de celles et ceux qui sont venus habiter ces dernières années dans le bocage pour le défendre et qui souhaitent continuer à y vivre ainsi qu'à en prendre en soin», une opposition sérieuse à l'évacuation semble compromise.

    Les opposants ont jusqu'à présent bénéficié de la sympathie de près de la moitié de l'opinion publique, se sentant concernée par les problèmes écologiques. Or, la décision du gouvernement brosse les Français dans le sens du poil: 74% des Français approuvant la décision du gouvernement, selon un sondage Elabe. Elle ferait donc perdre toute crédibilité à ceux qui chercheraient encore à squatter illégalement la Zad. D'autant que les agriculteurs encore présents peuvent parfaitement installer légalement les personnes souhaitant rester sur leurs propres parcelles de terre, l'évacuation prévue au printemps ne concernant que celles rachetées par l'État en vue du projet, qui seront remises en vente.

    Enfin, il ne faut pas oublier que NDDL, qui a été la Zad de loin la plus médiatisée, n'est pas le seul projet faisant actuellement l'objet d'une vive contestation sur le même modèle: occupation, résistance et sabotage. La carte de paris-lutte.info à ce sujet permet de voir que plus d'une dizaine de lieux sont aussi considérés comme des Zad en France. Cela serait une erreur terrible pour les militants que de refuser l'évacuation de NDDL suite à une décision du gouvernement allant dans leur sens, car tous leurs arguments seraient alors réduits à de simples prétextes et non à des convictions profondes.

    En plus de permettre aux forces de l'ordre une intervention bien moins risquée qu'en cas de construction de l'aéroport, le gouvernement leur permet aussi de se prévaloir de toute attaque politique.

    En effet, dès l'annonce du Premier ministre Edouard Philippe au sujet de l'aéroport, Laurent Wauquiez, le nouveau Président des républicains, a fustigé le gouvernement en annonçant que «les zadistes ont gagné» sur BFMTV, avec Jean Jacques Bourdin. Cela redonne, du moins provisoirement, un souffle à une opposition à droite plutôt inaudible depuis le début du quinquennat d'Emmanuel Macron. Provisoirement, car le timing du Président a été parfaitement calculé. 24 heures avant l'annonce de la décision sur l'aéroport, Emmanuel Macron était en effet à Calais, où il a annoncé qu'en «aucun cas nous ne laisserons ici se reconstituer une "jungle"». Le gouvernement affiche, avec sa loi sur l'immigration, une fermeté qui devrait contenter l'électorat de droite et, semble-t-il, la majorité des Français (66% considérant que les lois actuelles sont trop laxistes, selon un sondage Elabe de janvier). Bref, Emmanuel Macron entend bien refermer rapidement la «fenêtre de tir» qui s'offrait aux Républicains de Laurent Wauquiez pour critiquer le gouvernement.

    Toujours sur le thème de la sécurité, il est presque certain que les forces de l'ordre ne risquent aucune critique de l'opposition de droite, étant donné qu'elle ne cesse de réclamer un État plus fort faisant régner la loi. Le discours d'Edouard Philippe annonçant «mettre fin à cette zone [Zad de NDDL, NDLR] de non-droit» donne une garantie pour les gendarmes mobiles de ne pas souffrir de critiques de ce côté-ci du paysage politique.

    À l'inverse, cette décision permet au gouvernement de conforter dans un premier temps son aile gauche au sein de l'hémicycle, qui déclarait dès septembre, par le biais de l'ex-socialiste Brigitte Bourguignon, «mettre simplement en garde contre le risque d'un déséquilibre», pour un Président taxé d'être trop à droite.

    Il est nécessaire de rappeler que le dossier Notre-Dame-Des-Landes a vécu un tournant au début du quinquennat de François Hollande, lors de la nomination de Jean-Marc Ayrault au poste de Premier ministre, qui en tant qu'ancien maire de Nantes et partisan farouche au projet, en a profité pour organiser une évacuation de la Zad et enfin mettre fin à une résistance datant de 1974, la fameuse Opération César.

    Cet échec n'a pas été oublié par une partie des anciens députés PS, aujourd'hui membres de la majorité La République En Marche. Car l'aile gauche du paysage politique a fait campagne sur le thème de l'écologie, bien plus que la droite. Cette décision du gouvernement est incontestablement une victoire politique pour cette aile, qui clôt un dossier la clivant depuis 50 ans.

    Cela devrait donc réduire les critiques politiques qui émaneront de la gauche du spectre politique. Seul le mouvement des Insoumis, par le biais de son président Jean-Luc Mélenchon, s'oppose fermement à une expulsion des opposants malgré l'abandon du projet en déclarant sur LCI le 18 janvier qu'«expulser des gens d'un terrain dont personne ne veut, puisque c'est devenu une propriété collective» n'aurait aucun sens.

    À n'en pas douter, l'intervention des gendarmes mobiles sur le site au printemps devrait se dérouler sans affrontements trop sévères. L'avenir des autres Zad et de l'image même renvoyées par les militants les occupant en dépend.

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    Tags:
    aéroport, manifestation, Emmanuel Macron, Notre-Dame-des-Landes
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