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    «Sanctions de l'enfer» ou sanctions antirusses: les analystes US désignent le vainqueur

    «Sanctions de l'enfer» ou sanctions antirusses: les analystes US désignent le vainqueur

    © REUTERS / Brian Snyder
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    Ivan Danilov
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    Comme tout élément de la politique spectacle américaine, les sanctions antirusses devaient tôt ou tard recevoir leur propre marque reconnaissable.

    Si un phénomène politique n'a pas de marque, c'est comme s'il n'existait pas dans la conscience sociale. Par exemple, Trump est une marque en soi, et cette marque a même un slogan: «Rendons sa grandeur à l'Amérique».

    Une marque a été inventée pour les sanctions antirusses, baptisées les «sanctions de l'enfer» par Lindsay Graham, sénateur républicain de Caroline du Sud. Les médias américains, qui ont eu accès au texte du bill sur les sanctions avant sa publication officielle, affirment que ce dernier mérite parfaitement son nom officieux. Les analystes de Barclays ont même souligné le caractère «radical» des propositions les plus dures du projet de loi, notamment les restrictions financières visant les banques publiques russes.

    «La version la plus radicale des sanctions, qui frapperaient les transactions avec toutes les banques publiques russes, aurait de graves conséquences pour toute l'économie russe. Ce qui pourrait être plus douloureux que les sanctions contre la dette publique souveraine russe», a déclaré à l'agence Bloomberg Lisa Ermolenko, économiste de Barclays Capital à Londres.

    La note analytique de Barclays souligne que le «projet de loi montre clairement la détermination à aller plus loin qu'auparavant dans l'aspiration à nuire à la Russie». Mais personne ne doutait déjà plus de la détermination des sénateurs russophobes à nuire à Moscou. La question était seulement de savoir dans quelle mesure les représentants rationnels de l'élite américaine pouvaient ralentir les initiatives de sanctions destructives et nuisibles pour les USA-mêmes de ceux qui sont prêts à tout pour assouvir leur haine envers la Russie et Donald Trump.

    Certains ne parviennent pas à croire à la destructivité des sanctions pour les USA eux-mêmes, car la logique directe est simple: plus les sanctions sont dures, pire c'est pour la Russie et moins cette dernière peut nuire à l'Amérique. Par conséquent, les sanctions sont le meilleur instrument pour faire pression sur la Russie. Et ceux qui pensent autrement sont dans le camp de la «propagande du Kremlin». Le problème étant qu'en partant de cette interprétation des capacités des USA et des conséquences des sanctions, il faudrait inscrire dans les rangs de la propagande du Kremlin, entre autres, l'ex-secrétaire d'État au Trésor Jack Lew qui, alors qu'il était encore ministre lors du second mandat de Barack Obama, expliquait aux sénateurs russophobes exigeant de «punir fermement la Russie pour la Crimée et la Syrie» qu'il ne fallait pas trop jouer avec les sanctions. En citant des raisons très pragmatiques:

    «Notre rôle central (dans le système financier mondial) ne doit pas être considéré comme allant de soi. Si les juridictions et les compagnies étrangères sentaient que nous étions susceptibles de recourir aux sanctions, notamment secondaires, sans fondements suffisants et pour des raisons impertinentes, nous ne devrions pas nous étonner qu'ils cherchent alors à éviter les transactions aux USA ou en dollars. Et plus nous associerons l'usage du dollar ou de notre système financier à la soumission à la politique étrangère américaine, plus sera élevé le risque de migration au profit d'autres monnaies et systèmes financiers. Cette issue n'est pas dans l'intérêt des États-Unis et nous devons essayer de l'éviter.»

    Ce n'est pas la propagande du Kremlin qui dit que les sanctions nuiront aux USA eux-mêmes: ce sont les thèses du principal conseiller financier de Barack Obama. D'un homme qui a réussi à en persuader en 2016 les politiciens hystériques après la claque criméenne. L'argument ne perd pas de sa valeur si l'on s'interroge sur le fait que son successeur Stephen Mnuchin puisse être aussi persuasif, ni si Washington voulait effectivement, par un à-coup puissant, pousser à la dédollarisation l'un des plus importants exportateurs de pétrole et de gaz sur la planète, sachant que les complications pour le système financier russe seraient éphémères (ou à moyen terme, dans le pire des cas), alors que le préjudice pour le système du dollar serait définitif.

    Il faut mentionner à part la question des sanctions dites secondaires — c'est-à-dire la menace de décréter des sanctions contre les compagnies européennes, chinoises et les autres entreprises non-américaines qui continuent de mener leurs affaires avec les compagnies russes après les sanctions.

    Et nous verrons la situation iranienne, où Washington place son principal espoir dans les sanctions secondaires. Malgré certains succès, les pays européens ont organisé aux USA une véritable fête de désobéissance. Par exemple, l'agence Reuters rapporte que l'«Allemagne continuera de fournir des garanties d'exportation et d'investissement pour les projets iraniens en dépit de la pression des USA».

    Des informations encore plus intéressantes sont relayées par le fleuron de la presse d'affaires, le Wall Street Journal: «Les gouvernements de la France, du Royaume-Uni et de l'Allemagne ont annoncé à l'Iran qu'ils étudiaient l'activation des comptes de la Banque centrale iranienne dans les banques centrales de leur pays pour ouvrir le canal financier afin de soutenir l'accord nucléaire iranien.»

    Dans le cas présent, les Européens en font une question de principe — sachant que dans la situation de l'Iran il n'est pas question des intérêts vitaux de l'UE, mais plutôt de la volonté de protéger leurs investissements iraniens et montrer à Washington qu'il ne peut pas dicter la politique étrangère européenne. De plus, NBC et la BBC disent qu'au niveau officiel, l'UE menace déjà de décréter des sanctions contre les compagnies européennes qui respecteront les sanctions des USA.

    Dans ces conditions, les chances que l'UE accepte de participer à l'isolement financier de la Russie (avec le risque de geler l'hiver, par exemple) juste pour satisfaire les ambitions russophobes d'un groupe de sénateurs américains sont insignifiantes. D'autant qu'une partie des politiciens européens anti-américains, comme Jean-Claude Juncker, pourrait prendre la possibilité de dédollarisation totale des flux financiers euro-russes comme un cadeau du ciel. Et comme un bon moyen de saper le moral de Washington.

    Les «sanctions infernales» sont indéniablement une marque politique très efficace, mais leur efficacité réelle vis-à-vis de Moscou peut être mise en doute. Même les analystes occidentaux n'y croient pas vraiment.

    Comme l'a déclaré à Bloomberg une analyste de l'agence de notation Moody's: «La Russie est prête à amortir le coup des nouvelles sanctions américaines. Les mesures pour réduire les investissements dans les obligations américaines et diminuer la dépendance envers le dollar ont rendu l'économie moins vulnérable aux restrictions américaines plus fortes.»

    Dans ce cas précis, il est difficile de ne pas être d'accord avec l'avis de l'agence de notation américaine.

    Les opinions exprimées dans ce contenu n'engagent que la responsabilité de l'auteur.

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    expert, sanctions antirusses, médias, sanctions, Donald Trump, États-Unis, Russie
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