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    Donald Trump

    La Russie a-t-elle vraiment besoin d’une aide économique des USA?

    © REUTERS / Joshua Roberts
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    Ivan Danilov
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    Donald Trump a déclaré que la Russie «souhaitait recevoir une aide économique des États-Unis». Une nouvelle qui pourrait choquer dans le contexte actuel des tensions russo-américaines. Mais il y a ceux qui se soient empressés de voir dans cette déclaration la preuve de la capitulation géopolitique de Moscou.

    Trump a dressé aux Américains le portrait d'une Russie «impuissante» qui «souhaitait recevoir une aide économique des États-Unis». Ce n'est pas d'ailleurs la première fois — ni la dernière — que Donald Trump fait des déclarations qui contribuent à entretenir une perception positive du dirigeant par son noyau électoral mais qui n'auraient rien à voir avec la réalité. D'autant que les élections de mi-mandat l'attendent à la Chambre des représentants et au Sénat, et que les Républicains doivent à tout prix les remporter. Cela engendre les discours sur les prétendues demandes russes d'aide économique, mais également sur une victoire proche sur la Chine dans la guerre commerciale, la conquête de Mars et la production de gaz sur Jupiter.

    La Russie demandait effectivement une aide économique aux USA mais c'était il y a 20 ans. Le 29 septembre 1999, le ministre américain de l'Agriculture Dan Glickman a déclaré: «La Russie demande aux USA un peu de nourriture. Les USA ont reçu une requête officielle de la Russie de lui accorder cette année une aide alimentaire supplémentaire». Dan Glickman a souligné que la réaction du gouvernement américain à la demande d'aide alimentaire supplémentaire dépendrait de la réussite du programme actuel de fourniture de blé et de produits américains en Russie.

    Pendant un rassemblement de campagne dans l'Illinois, Donald Trump a déclaré: «Et n'oubliez pas que la Russie souhaite notre aide sur le plan économique. Nous avons atteint une telle richesse, et j'ai effectivement fait du bon travail: 11.700 milliards de dollars. La Russie souhaite notre aide, tout le monde souhaite notre aide.»

    Quelques précisions. La Russie (contrairement à de nombreux pays et aux USA) n'a pas accumulé une forte dette extérieure, et n'a donc pas besoin d'un refinancement de prêts du FMI, c'est-à-dire d'un outil par lequel Washington pourrait effectivement l'aider. Les échanges entre la Russie et les USA ne sont pas si élevés pour que l'on puisse supposer que Moscou veuille faire lever les taxes américaines. Enfin, il ne peut être question d'une aide alimentaire car, comme le reconnaissent les médias américains, les exportations de blé russe évincent actuellement les fournisseurs américains de leurs marchés traditionnels.

    Il est possible d'essayer de trouver dans cette phrase de Donald Trump une insinuation que le gouvernement russe voudrait faire lever les sanctions. Ce qui contredit la position russe qui a été exprimée à de nombreuses reprises et se résume à: «Vous les avez décrétées, c'est à vous de les annuler, nous ne négocions pas à ce sujet.»

    En tranchant la rhétorique du Président américain au rasoir d'Okham, deux conclusions se dessinent.

    Premièrement: Donald Trump cherche à persuader le public que tout va si bien avec l'économie américaine et qu'elle croît si vite que tout le monde, Vladimir Poutine y compris (avec qui il a dit avoir eu une «merveilleuse rencontre»), veut obtenir une aide économique des États-Unis.

    Deuxièmement: Donald Trump ment sur ses succès économiques. Les médias américains l'ont d'ailleurs déjà pris plusieurs fois en flagrant délit de mensonge sur l'incroyable croissance économique et l'augmentation fulgurante de la richesse des USA.

    Le Président lui-même (avant son élection) disait que l'économie américaine était «fausse» — or rien n'a vraiment changé depuis.

    Le PIB est reconnu comme un moyen universel permettant de mesurer la croissance économique. Mais ce n'est certainement pas ce dont parle Donald Trump, parce qu'en 2017 le PIB américain était de 19.390 milliards de dollars. Il était physiquement incapable de l'accroître de 50%, et cela est évident à partir de toutes les statistiques disponibles.

    De plus, en dépit de la réforme fiscale et de la création de barrières douanières pour les importateurs, les investissements étrangers directs aux USA sont devenus négatifs au deuxième trimestre 2018. Autrement dit, les investisseurs retirent leur argent de l'économie américaine.

    Il est possible que Donald Trump ait vu une augmentation de 11.000 milliards de dollars dans la capitalisation de la bourse américaine, que le Président-oligarque est enclin (par erreur) à associer à l'économie globale, mais cela pose aussi plusieurs problèmes. La bourse américaine chute, et en un mois ce déclin a effacé toute la croissance de 2018. Qui plus est, le Président américain a souligné lui-même à une époque que le marché était dans une situation de «bulle prête à exploser».

    Surtout, les déclarations du locataire de la Maison-Blanche selon lesquelles la croissance du marché boursier national «efface en quelque sorte» la dette publique sont une aberration, et les médias et les experts économiques américains en ont déjà beaucoup parlé.

    Ce n'est pas en Russie, mais aux USA que les experts financiers et les journalistes du Wall Street Journal paniquent quand il s'avère que les investisseurs étrangers ne veulent pas acheter autant d'obligations américaines qu'avant.

    Il suffit aussi de voir les avis des responsables américains concernant la situation de la dette. Par exemple, Dan Coats, directeur du renseignement national américain, a déclaré: «La dette publique représente une grave menace pour notre sécurité économique et nationale.» Ce dernier estime que la situation actuelle de la dette «ne peut plus durer».

    Dans ces conditions, ce sont plutôt les États-Unis qui devraient chercher une aide économique auprès d'autres pays. En fin de compte, le Président américain se plaint constamment sur Twitter des décisions de l'alliance Opep+Russie. C'est lui qui déplore sur Twitter l'impossibilité de redresser la balance commerciale du pays, qui ne sait plus fabriquer des produits compétitifs après 20 ans de délocalisations dans d'autres pays. C'est le Président américain qui se plaint que la principale menace pour l'Amérique est l'augmentation du taux directeur de la Banque centrale parce que les entreprises américaines sont surendettées et ne peuvent pas refinancer leurs dettes insurmontables.

    Mais le Président US n'a pas le droit de dire tout cela en pleine campagne électorale. Il ne lui reste plus qu'à se vanter de succès inexistants et de dire que le monde entier rêve de recevoir une aide de Washington et de toucher la nouvelle grandeur américaine. Si Washington n'est pas prêt à reconnaître la présence de problèmes, il ne sera certainement pas à même de les régler. Le reste du monde n'en serait que gagnant.

    Les opinions exprimées dans ce contenu n'engagent que la responsabilité de l'auteur.

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    Tags:
    aide financière, Donald Trump, Russie, États-Unis
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